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avril 2020 / Montmartre

Le merveilleux destin du « Chapotelet » [Article complet]

par Claire Rosemberg

Lancé par un résident du 18e pour végétaliser la ville, le « chapotelet », concept à la fois pratique et poétique, prend racine petit à petit dans les rues de Montmartre en espérant par la suite conquérir tout Paris.

Prenez un des potelets, parmi les centaines de milliers qui bordent les trottoirs de Paris, coiffez-le d’un pot de fleurs, d’un cendrier, d’une mangeoire à oiseaux, d’un hôtel à insectes, et voici le chapotelet. Cette invention simple et géniale qui égaie quelques-unes de nos rues a germé dans la tête d’un quinqua touche-à-tout, un autodidacte à la fois rêveur et prosaïque qui tient un petit bistrot dans le bas de Montmartre.

« Je veux remettre de la poésie au cœur des villes, du végétal dans la rue » dit Stéphane Cachelin, dont l’aventure, qui a débuté devant sa propre porte il y a quelques années, vient de faire un grand bond en avant. En janvier, en effet, le géant du mobilier urbain JCDecaux pose 80 chapotelets vivement colorés rue La Vieuville, partant de la très visitée place des Abbesses. L’installation, qui comprend pots de fleurs et cendriers, est la plus importante à ce jour. Puis, un mois plus tard, l’inventeur se voit délivrer pour sa trouvaille un brevet européen.

Des fleurs pour mieux respirer

Le doux rêveur invariablement vêtu d’une salopette serait-il en route vers gloire et richesse ? Après avoir touché au sport, au cinéma, à l’événementiel et plus, il lui vient un jour cette idée en toute simplicité dans son restaurant La Midinette. Le petit rade de la rue Robert Planquette, repris en 2005, donne sur un mur terne, des voitures mal garées, un concert de klaxons. De son côté, il met des pots de fleurs pour embellir, de l’autre la mairie installe des potelets pour empêcher les véhicules de stationner. « Les potelets, ça faisait un peu cimetière militaire, je me suis dit qu’on pourrait mettre des fleurs. »

Il imagine une fixation, une bague en plastique qui maintient une vasque ou plateforme en métal adaptable sur n’importe quel potelet de voirie. Il en parle autour de lui, aux clients du bistrot, trouve ici un ingénieur, là un fabricant. « Je n’avais pas de structure, pas de machines-outils, rien. J’ai tout trouvé grâce à des connaissances, de fil en aiguille. » Son premier client est un prothésiste dentaire de la rue, d’autres suivent. Il aime raconter comment une vieille voisine qui ne sortait plus s’est remise à faire ses propres courses pour le plaisir de voir sa rue fleurie.

Joindre l’utile à l’agréable

« Alors j’ai pensé au concours Lépine, tout en me disant qu’on serait peut-être ridicule  ». Au contraire, les visiteurs affluent, et Stéphane, à sa grande surprise, remporte en 2016 la médaille de la Ville de Paris et la médaille d’or du Concours Lepine dans la catégorie Nature et art de vivre. « Je me suis dit, là, il y a quelque chose qui se passe, il faut que j’industrialise. »

Micro-entrepreneur, l’homme au regard clair et au sourire facile fait produire les chapotelets par petits lots de 50, remisant le stock dans son appartement. Il en vend quelques-uns à des commerçants du quartier, deux au chef cuisinier Anne-Sophie Pic, en envoie au Mexique et en fournit une dizaine à la Mairie de Paris. C’est d’ailleurs Anne Hidalgo, particulièrement intéressée par son chapotelet-cendrier coccinelle de 2019 qui permet de récolter et recycler les mégots (chacun peut en contenir 4 000), qui l’a présenté à Jean-Claude Decaux. Celui-ci suit de près l’installation « expérimentale » de la rue La Vieuville où les commerçants ont été chacun équipés d’un arrosoir. Car, pour maintenir les plantes en vie, il faut que les riverains participent. •

Photo : Sandra Mignot

Dans le même numéro (avril 2020)