lieu atypique mêlant activités classiques de restauration, agriculture urbaine et sensibilisation à l’écologie, la Recyclerie est en redressement judiciaire depuis le 17 mars dernier.
À la tête de la société Sinny & Okko qui a, à son actif, la création de plusieurs lieux (La Cité fertile à Pantin, Le Pavillon des canaux sur le canal de l’Ourcq, la Machine du Moulin-Rouge place Blanche, etc.), Stéphane Vatinel ne se remet pas, en cette mi-juillet, de la dégringolade de la Recyclerie. « En 33 ans dans ce métier, se confie-t-il, je ne suis jamais allé devant un tribunal de commerce ». Alors que ce dernier devait statuer sur le sort de la Recyclerie le 28 août, celui-ci se prononcera finalement le 9 septembre.
Nuisances multiples
Dans l’histoire de ce lieu emblématique né en 2014, qui a cristallisé tant de polémiques, notamment sur son identité écologiste, il y a un avant et un après Covid. Pour résumer, avant 2020, la Recyclerie tournait à plein régime, l’intense fréquentation du bar et du restaurant toute la semaine finançant une programmation riche autour des thématiques du développement durable.
Et puis après « plusieurs raisons se sont combinées pour aboutir à une réduction de notre activité, analyse Stéphane Vatinel. Selon lui, « l’arrivée des vendeurs de cigarettes qui se trouvent devant l’entrée de la Recyclerie a suscité un sentiment d’insécurité chez certains de nos clients, notamment chez des jeunes femmes. » Il évoque aussi les bagarres qui éclatent régulièrement, les vitrines cassées et les deux morts survenues sur cette place. Une situation qui a alourdi les coûts de gardiennage du lieu. « En août 2020, nous embauchions un professionnel de sécurité les vendredis et samedis soir. En 2025, nous prenons un agent tous les soirs à partir de 18 h et le week-end toute la journée », comptabilise le responsable.
Covid, métro, Académie du climat...
Ensuite, la porte de Clignancourt a été handicapée pendant de longs mois avant les JOP par la fermeture de la ligne 4 le soir et certains dimanches. Des habitués ont alors renoncé à venir à la Recyclerie, ne pouvant rentrer tardivement.
D’autre part, Stéphane Vatinel constate que le Covid s’est traduit par de fortes restrictions pour les restaurants, et des changements dans la consommation. « Il faut savoir que depuis le Covid, un milliard d’euros est passé de la restauration à la boulangerie », analyse-t-il. Et puis, le coup de grâce – et ce n’est pas le moindre des paradoxes de cette histoire – serait venu de la Mairie de Paris qui a créé en 2021 l’Académie du climat dans le 4e arrondissement. « Je me félicite qu’un tel lieu de sensibilisation se soit ouvert, mais sa localisation centrale avec de nombreuses lignes de métro et de bus, crée une concurrence totalement déséquilibrée avec la Recyclerie », déplore-t-il. En clair, de nombreux habitués de la porte de Clignancourt, habitant dans le centre de la capitale, auraient renoncé à venir, préférant un lieu plus accessible et plus sécurisé.
Le résultat de ce faisceau de raisons se résume en chiffres : « Nous sommes passés d’un chiffre d’affaires annuel de 3 millions à 1,7 million d’euros », explique Stéphane Vatinel qui parle d’un déficit annuel compris entre 300 000 et 400 000 €.
Maintenir l’esprit du lieu
Le privé, en l’occurrence Veolia qui accompagne la Recyclerie depuis ses débuts, ne pourrait-il prendre le relais ? « Précisons que Veolia n’a jamais interféré dans notre programmation, explique Stéphane Vatinel, un peu agacé par les procès d’intention. Mais de toute façon, son apport reste résiduel, bien inférieur à 10 % de nos ressources. » Conséquence : les effectifs salariés ont été ramenés depuis quelques années à une trentaine de personnes (contre cinquante dans les périodes fastes). Le volet animation qui employait une vingtaine de salariés (notamment pour la production des événements) a connu une sérieuse cure d’amaigrissement.
« Depuis des mois, j’alerte Anne Hidalgo et Eric Lejoindre pour trouver une solution afin de sauver ce lieu. La Mairie ne m’a rien proposé », regrette-t-il, amer. Et maintenant, que va-t-il se passer ? « Nous nous sommes battus pour que l’administration judiciaire ne liquide pas les lieux et pour éviter des candidatures du type McDo », explique Stéphane Vatinel, qui espère que l’esprit de la Recyclerie continuera à souffler dans cette ancienne gare de la Petite Ceinture. C’est en tout cas le projet d’un repreneur, avec qui a été signé fin juillet un protocole d’accord, sous conditions suspensives. « Le repreneur dit qu’il s’engage dans toutes les démarches afin qu’il ait réussi à racheter les murs et le fonds de commerce d’ici la fin de l’année. Les conditions suspensives, c’est qu’il y ait une continuité sur l’obtention d’une concession sur les quais et qu’on arrive à obtenir un chiffre d’affaires suffisant afin qu’ils n’arrivent pas dans un projet où il y a trop d’hémorragies. » La suite au prochain épisode.

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