Yseult Delgeon, maraîchère de Seine-et-Marne qui fournit l’Amap de la Goutte d’Or
« Bien nourrir les gens de Paris, c’est mon métier, je ne veux pas d’une agriculture qui dégrade la santé et l’environnement. Il y a encore beaucoup de terres fertiles en Ile-de-France, à peine à une heure de Paris, si on les cultivait à nouveau on pourrait nourrir sainement beaucoup de gens, même si on ne peut le garantir à l’ensemble des habitants ! À l’inverse, il y a des cultures céréalières conventionnelles, souvent pour l’exportation, exploitées par des sociétés cotées en Bourse, c’est ce modèle agro-industriel qui dégrade la santé et l’environnement.
Élue de la Confédération paysanne en Île-de-France, je salue l’énorme mobilisation contre la loi Duplomb et les deux millions de personnes qui ont signé la pétition contre l’autorisation de l’acétamipride. Mais la victoire est incomplète car la décision du Conseil constitutionnel maintient d’autres dispositions nuisibles de cette loi. Par exemple les élevages intensifs et les méga bassines sont légalisés. Ces grosses concentrations d’animaux concernent en réalité trois ou quatre grandes entreprises, c’est une industrie.
La population du 18e a montré lors d’autres luttes qu’elle veut préserver l’environnement, au-delà de l’accès à une nourriture bio. Les Amap, comme celle de la Goutte d’Or, défendent une agriculture de proximité qui permet à des paysans de s’installer sans avoir de terres au départ car le prix du panier garantit leur revenu. Ils peuvent être autonomes, maintiennent des savoir-faire et les transmettent.
C’est ce modèle que la loi Duplomb veut tuer, elle veut conforter le modèle agro-industriel plus polluant, notamment pour l’eau : en Ile-de-France, la plupart des nappes phréatiques sont polluées. Les pesticides sont aussi un danger pour les cultures bio à proximité de champs conventionnels. En Île-de-France tout l’environnement peut être atteint.
Il faut créer un autre système, construire un contre-pouvoir face à la FNSEA qui ne permet aucun choix : il faut y adhérer pour bénéficier des services des chambres d’agriculture.Je milite pour l’extension des Amap, maillons de la chaîne alimentaire et qui facilitent l’accès à la terre. La Confédération paysanne d’Ile-de-France compte 70 adhérents, parmi lesquels de plus en plus de jeunes. Elle devrait rejoindre le mouvement du 10 septembre et sera présente à la Fête de l’Huma alors qu’elle en était absente depuis plusieurs années. »
Denis Royer, référent Paris des Ami.e.s de la Confédération paysanne
« Mon engagement en tant qu’amapien m’a aidé à comprendre qu’on pouvait aller plus loin pour soutenir l’agriculture paysanne : militer pour une alimentation saine et respectueuse du vivant, militer pour un revenu digne pour les paysannes et paysans. Savez-vous, par exemple, que sur 100 € dépensés en France dans l’alimentation, seulement 6€ reviennent au producteur ? Il est nécessaire d’informer le grand public sur le juste prix de notre alimentation et les dérives de l’agrobusiness encouragé par les pouvoirs publics.
Chaque année, 48 milliards d’euros de dépenses publiques sont allouées pour faire tourner notre agriculture et a minima 18 milliards de plus pour compenser les effets négatifs de l’industrie agro-alimentaire dont 12 milliards pour la santé (traitement de l’obésité, du diabète,...). Savez-vous combien de fermes disparaissent chaque semaine dans notre pays ? 200 ! Oui, 200, ça fait 10 000 par an. Ces fermes, qui disparaissent, deviennent soit des zones bétonnées soit elles sont rachetées par des grosses exploitations qui font de l’agro-business. Le Conseil constitutionnel a décidé de censurer partiellement le texte en excluant l’article 2 permettant la réautorisation de l’acétamipride. C’est une victoire en demi-teinte. Bien qu’il s’agisse d’une bonne nouvelle pour notre santé, pour la filière apicole et pour la biodiversité de manière générale, cela n’enlève en rien l’intention de ce texte d’accélérer la réalisation de futurs projets du type méga-bassines, par exemple, qui favorisent l’agro-business et la fuite en avant de l’agriculture vers un modèle toujours plus productiviste en favorisant la restructuration des fermes par leur concentration.
Pour moi, adhérer aux Ami.e.s de la Confédération paysanne c’est lutter contre la malbouffe et l’agro-business. C’est soutenir les valeurs de la Confédération paysanne, c’est travailler pour un avenir avec des fermes à taille humaine, des fermes qui nourrissent la population et qui produisent une alimentation de qualité, c’est agir pour la santé de nos enfants et de nos petits enfants. »

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