Lors de son inauguration le 1er août 2020, le centre d’hébergement d’urgence (CHU) du 70 boulevard Barbès devait rester ouvert seulement deux ans. Puis, par la suite, ce lieu – géré par l’association pour l’accompagnement, le mieux-être et le logement des isolés (Amli) – a vu son bail prolongé de trois ans, « sans qu’aucune information jamais n’ait été donnée aux familles y séjournant ni aux travailleurs sociaux y travaillant », révèle une enseignante d’une école du 18e arrondissement où sont scolarisés les enfants de certaines familles hébergées. Mais au printemps, une rumeur court : le CHU fermera avant la fin de l’année.
Rumeur confirmée au cours de l’été quand les familles ont appris que le lieu fermerait définitivement ses portes le 31 août, à la veille de la rentrée des classes. « Ce lieu avait une destination, celle de devenir la fameuse Maison des médias libres. C’est ce qu’on appelle l’intercalaire, ça devait durer le temps que les travaux soient lancés, rembobine Pierre-Yvain Arnaud, adjoint au Maire du 18e chargé des solidarités et de l’hébergement d’urgence. L’intercalaire a duré car le projet a continué à stagner et j’avoue qu’on était très contents de le faire durer le plus longtemps possible. »
Sauf que le projet de Maison des médias libres (voir notre n° 337) – dont les travaux doivent débuter début octobre, pour une livraison début 2027 – a été relancé entre fin 2024 et début 2025. « À partir de ce moment-là, on a réclamé auprès d’Amli et de l’État, qui a la gestion de l’hébergement d’urgence, de reconstituer les places qui allaient fermer, avance Pierre-Yvain Arnaud. D’autant plus qu’à chaque fois qu’ils nous ont dit qu’ils étaient en retard, des avenants ont été faits afin de décaler au fur et à mesure les travaux de la Maison des médias libres, ce que le porteur de projet, qui est quelqu’un de très raisonnable, a accepté. Mais avec une certaine nonchalance de la part des différents services de l’État et du gestionnaire qui ont fait traîner les choses malgré nos alertes. »
L’État mis en cause
Résultat, à l’heure où nous écrivons ces lignes et alors qu’un nouvel avenant a permis de repousser la fermeture des lieux au 19 septembre, il semblerait que seules trois familles sur 41 ont reçu une proposition de relogement. Ce qui inquiète la directrice du même établissement : « On a une quinzaine d’enfants dont les parents ne savent pas du tout de quoi demain sera fait, qui n’ont pas du tout de proposition de relogement et qui sont donc très inquiets. » Et ce qui agace Pierre-Yvain Arnaud : « Pour nous, tous les voyants étaient au rouge, en mode : il faut vraiment s’en préoccuper très vite. La réponse en face n’a pas été très adaptée. Amli nous dit elle, ce qu’on a vérifié dans d’autres contextes, que l’État reconstitue peu ou pas les places d’hébergement qui ferment. Mais on a aussi été assez alertés du fait que les hébergés étaient peu tenus au courant de la situation. »
En effet, selon l’enseignante interrogée, Amli ne serait pas exempt de tout reproche : « La décision de fermer le CHU ne vient pas d’eux mais, en termes d’accompagnement, ils ont quand même des responsabilités. » En attendant de savoir si la fermeture du CHU aura bien lieu le 19 septembre, un rendez-vous était prévu le 4 septembre entre les travailleurs sociaux d’Amli et les directeurs des écoles où sont scolarisés une grande partie des enfants hébergés au 70 boulevard Barbès.
Affaire à suivre.

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