« Anne ma sœur Anne, si j’te disais c’que j’vois venir. » C’est avec les paroles de cette chanson de Louis Chedid, inspirée par Le journal d’Anne Frank, que les enfants de deux classes de CM2 de l’école Ferdinand Flocon ont accueilli Micheline Wlos le 17 juin dernier. Ancienne comptable et militante communiste, celle qui fut une enfant juive cachée durant la Deuxième Guerre mondiale témoigne régulièrement dans les écoles et les collèges, avec d’autres membres de l’Association pour la mémoire des enfants juifs déportés du 18e (AMEJD 18) dont elle est présidente honoraire. Ce matin-là, elle était accompagnée de Gérard Ganvert, enseignant et musicologue, né, lui, après la guerre mais dont dix-neuf membres de la famille ont été déportés. Quelques parents d’élèves, silencieux, étaient également présents dans l’assistance, à l’invitation des professeurs.
Chaque année, l’Amejd 18 organise une dizaine de séances en milieu scolaire. « J’ai rencontré Micheline en dehors du cadre professionnel, explique Valérie Quiplier-Zimmermann, professeure des écoles à Ferdinand Flocon, qui organisait l’intervention ce jour-là. J’ai décidé de lui demander de venir témoigner devant nos élèves car la lutte contre le racisme et l’antisémitisme demeure malheureusement d’actualité. Et qu’à Paris vraiment beaucoup d’enfants juifs ont été déportés. » La Fondation pour la Shoah en a recensé 6 200 au départ de la capitale. Et l’Amejd 18 a répertorié 760 enfants juifs déportés ayant vécu dans l’arrondissement. « Nous recevons encore des informations depuis la province, souligne Micheline, donc nous arriverons bientôt à 800 noms. »
Une famille de la rue des Poissonniers
Micheline et sa sœur, elles, ont échappé aux rafles et à la déportation. Résidant rue des Poissonniers, leurs parents ont pu les confier, lors de la Rafle du Vel d’Hiv, à une voisine qui possédait une maison dans le Cher, à Saint-Amand-Montrond. « J’ai dû mentir pendant deux ans, raconte Micheline. On ne pouvait rien dire, pas utiliser nos vrais prénoms, et on se faisait passer pour les nièces de cette voisine. » Durant ces deux années – Micheline avait alors entre 8 et 10 ans – les deux enfants n’ont eu aucune nouvelle de leurs parents, demeurés à Paris. « Il fallait bien qu’ils travaillent, pour payer notre pension. » La maman, maroquinière, et le papa, ébéniste, était informés des rafles et avaient la possibilité de se cacher dans un café. « Quant à ma famille qui habitait rue Philippe de Girard, explique Gérard Ganvert, ils ont refusé de porter l’étoile. Et mon père, qui bénéficiait de faux papiers, a pu mettre à l’abri une partie de la famille. »
Pendant une bonne heure, la séance s’organise autour de questions que les enfants ont préparées au préalable et envoyées à Micheline. Ils rédigeront ensuite un petit compte-rendu de la rencontre. A-t elle eu peur ? Que mangeait-elle ? A-t-elle connu des résistants ? A -t-elle subi des bombardements ? « Vous savez, cela ne m’a pas traumatisé, précise Micheline. Mais ça nous a donné très jeunes le sens des responsabilités. Nous étions conscientes du risque encouru par nous et par ceux qui nous cachaient. »
Le tout s’inscrit dans le travail fait en classe au préalable, au fil de l’année. « Je propose des lectures aux enfants, une dizaine de livres parmi lesquels ils choisissent celui qu’ils veulent lire, puis on en parle en classe », résume Valérie Quiplier-Zimmermann. Des résumés de La Guerre de Catherine (Julia Billet), Otto (Tomi Ungerer), La nuit la plus courte (Bernard Solet) ou encore Grand Père de Gilles Rapaport sont d’ailleurs affichés tout autour de la salle d’activités dans laquelle se déroule la séance. « Au cours de l’année nous visitons également le Mémorial de la Shoah ou bien nous allons au musée de la Résistance à Champigny-sur-Marne » poursuit l’enseignante. « Cette année les enfants ont même assisté au dévoilement d’une plaque dans un square voisin en mémoire d’un résistant. »
« N’oubliez pas : ces choses peuvent se reproduire »
À l’issue de la matinée, un livre de la collection Je lis des histoires vraies est offert aux enfants racontant La Rafle du Vel d’Hiv. Bien qu’ils n’en soient pas les auteurs, à la grande surprise de Micheline et Gérard, nombre d’élèves se pressent autour d’eux pour leur réclamer une dédicace. Puis la matinée s’achève devant la plaque installée à l’entrée de l’école. Les enfants y lisent à haute voix les noms de ceux de Ferdinand Flocon qui ne sont jamais revenus.
Il est temps pour les deux témoins de partir, non sans quelques paroles de sagesse. « Je n’en veux pas aux Allemands, tient en effet à souligner Micheline. Je suis d’ailleurs partie en vacances à Berlin dès le début des années 1950. Mais il faut garder en mémoire que ces choses peuvent se reproduire. Ne l’oubliez pas quand vous serez en âge de voter. » Un âge certes bien lointain pour ces jeunes élèves, mais souhaitons que le conseil porte ses fruits, et que la « nazi-nostalgie » ne ressortent plus de sa tanière, comme le chantait Louis Chedid.

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