Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

juillet-août 2016 / Hommage

Salut Hervé

par Marie-Odile Fargier

Hervé Baudry, notre ami, est mort d’une crise cardiaque le 4 juin dernier, trois jours après la parution de son dernier dessin en Une du 18e du mois. Il avait 54 ans. Il nous manque.

Ce jour-là, comme souvent, Anne et Christian vendaient Le 18e du mois aux Abbesses. Et c’est lui qui est allé vers eux. « – Bonjour. Je suis Hervé Baudry, dessinateur. Je souhaite participer au journal. – Mais… nous sommes tous bénévoles. — Ce n’est pas un problème. »
Voilà, ça a commencé comme ça avec Hervé. Sans chichi. Depuis, chaque mois, il proposait d’illustrer tel ou tel article, envoyait des dessins drôles et justes, même s’il était loin, même s’il devait les faire « à l’arrache » faute de temps. Sans ménager sa peine. Ainsi, pour le dossier sur les commerces préférés de nos lecteurs, il s’était rendu incognito dans les boutiques, croquant ensuite des portraits plus vrais que nature.
« Il y avait toujours des sentiments derrière ses collaborations, raconte sa femme Claudie, qui partageait sa vie depuis plus de 30 ans. Il était heureux de travailler pour ce journal qui aborde des sujets qui lui tiennent à cœur, fait le lien entre les quartiers ».
Car s’il habitait Montmartre, il aimait se promener dans le 18e, en particulier à la Goutte d’Or pour aller manger un couscous aux Trois Frères ou rendre visite à son ami Jocelyn le Bachelor, dans sa boutique de la rue de Panama, rendez-vous des sapeurs, ces Africains à l’élégance incomparable. Et chaque semaine Jocelyn lui prêtait une veste de couleurs vives comme il les aimait. Parmi tous les proches d’Hervé venus, dans Saint-Pierre-de-Montmartre bondé, dire sa bienveillance, sa passion pour le rock et le rhum, le cigare et Bashung, les mots bleu et les chapeaux… les sapeurs furent au premier rang, lui faisant, au rythme nostalgique des percussions, une haie sonore et colorée.
Car Hervé adorait les couleurs même si, pour notre journal imprimé en noir et blanc, il dessinait au trait. Sauf une fois, en décembre dernier après les attentats, le magnifique dessin qui représentait des habitants du 18e de toutes origines défiant ensemble la peur et la haine : « fuck terrorisme » avait-il écrit de sa main.
« Après Charlie, souligne Claudie, il était devenu boulimique de travail, dessinant de 7 h à 23 h. On ne nous fera pas taire, di­sait-il ». Ses dessins continuent de parler pour lui.


Illustration : © Noder

Dans le même numéro (juillet-août 2016)

n° 282

mai 2020