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mai 2016 / Montmartre

Les anges gardiens de la place Blanche

par Janine Mossuz-Lavau

Les touristes s’y pressent pour photographier le Moulin rouge. Mais la place Blanche (et ses dépendances), c’est d’abord un village et ses anges gardiens.

Au centre du petit monde de la place, Sylviane, notre kiosquière dont l’éta­lage jouxte la sortie du métro. Fidèle au poste depuis 28 ans, elle est la mémoire du lieu et son présent, alimenté chaque jour par les histoires locales, les nouvelles de nos petites santés, les infos sur les ressources inépuisables du quartier. Un franc-parler qui n’épargne ni les radins ni les malpolis. Et qui rend hommage aux généreux, aux cultivés, sel de notre coin. Elle collectionne les ours en peluche : nous les avons récemment baptisé Adoration, Traviata (un ours violet), Chaperon (un minuscule, tout rouge). Pour nom­bre de marginaux, elle est « Ma­man ».
Une autre gloire, Pépone, règne sur plusieurs commerces des rues Lepic et Abbes­ses, comme la trattoria (Café Pépone) dont le gratin d’aubergines vous réconcilie avec la météo même les jours de pluie ou de grand froid. Surtout quand il est servi par les adorables Anna et Yaya. Partout aux manettes, Pépone peut aussi bien balayer le bout de trottoir que malaxer la pâte à pizza, discuter avec un client ou, portable à l’oreille, gérer ses affaires planté au coin de la rue. Né dans les Pouilles, au sein d’une famille pauvre et nombreuse (11 enfants) de petits paysans, il arrive à Paris à 13 ans, vend du persil à la criée, puis va tenter sa chance à Milan, tour à tour laveur de voitures, cireur de chaussures, etc.

Inventer chaque jour

À 20 ans, de retour chez nous, sans un sou et ne parlant pas français, il dort pendant un mois dans la station de métro. Redevenu vendeur à la criée, il se révèle si talentueux que le travail ne lui manquera jamais et qu’il parviendra à acheter des boutiques rue Lepic, à Saint-Ouen et à Clichy. Son credo : on peut tous arriver à être un champion à condition de ne pas craindre les années de transpiration. Il a un don : il compte plus vite que n’importe qui. Et chaque matin il se demande : qu’est-ce que je vais inventer aujourd’hui ?... (Lire la suite dans le numéro de mai 2016)


© Illustration réalisée d’après les photos de Jeanine Mossuz-Lavau

Dans le même numéro (mai 2016)

n° 284

juillet-août 2020