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décembre 2021 / Musique, Maestro !

La musique contemporaine prend ses quartiers

par Dominique Boutel

La Maison de la musique contemporaine s’installe dans le 18e. Son objectif : faire connaître la plus mal aimée des musiques dites savantes et la partager avec le plus grand public.

C’est au cœur d’un quartier qui se transforme, celui de la porte Montmartre, à la frontière avec Saint-Ouen et le Grand Paris, que la toute jeune Maison de la musique contemporaine a installé ses pénates cet été, au 10-12 rue Maurice Grimaud. L’immeuble abrite déjà Radio Nova, Les Inrocks et d’autres structures culturelles. Au rez-de-chaussée, la Maison de la conversation (lire notre n° 296). Ce contexte dynamique, socialement mélangé, riche en possibles, a fortement influencé le choix de venir s’ancrer dans le 18e de la directrice de la Maison de la musique contemporaine (MMC), Estelle Lowry : « On était très heureux de s’installer dans un quartier avec lequel politiquement on est plutôt en phase et où on pouvait créer du lien avec les populations par l’intermédiaire des structures existantes. C’est aussi un quartier très artistique, multiculturel et, dernier point important, il y a une école en bas de chez nous où l’on va pouvoir expérimenter ! » L’espace lui-même a aussi été déterminant : un large plateau à aménager qui abrite maintenant les bureaux de l’équipe de 14 personnes (bientôt 15).

Secteur de la musique en général assez méconnu, car peu diffusé par les médias ou les organisateurs de concerts, ce que l’on nomme « la musique contemporaine » est celle qui s’écrit aujourd’hui. Le terme de contemporain désigne en effet les compositions musicales, en gros depuis Pierre Boulez (juste après-guerre) qui marquent une écriture en rupture avec le répertoire plus moderne du début du XXe siècle. Mais cette musique n’est pas « une », elle reflète actuellement des styles, des formes extrêmement variés : la jeune génération de compositeurs(trices) écrit aussi bien pour des formes instrumentales classiques, comme l’orchestre ou les ensembles de chambre ou la voix, que pour des dispositifs plus complexes incluant l’électronique, ou des instruments moins traditionnels : guitare électrique, accordéon, ordinateur... Comme cela a été le cas tout au long de l’histoire de la musique, ils questionnent également des formes plus anciennes en revisitant les classiques et sont souvent sollicités pour l’écriture de musiques de films ou de scène.

Mais pourquoi une MMC ? En juillet 2020, à l’initiative du ministère de la Culture et de la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique (SACEM), qui régit les droits d’auteurs, les trois associations existantes concernées par la création musicale contemporaine – Musique nouvelle en liberté, le Centre de documentation de la musique contemporaine et Musique française d’aujourd’hui – ont été fusionnées pour mutualiser leurs actions au service de la création. La nouvelle structure a trois grandes missions : la promotion et la valorisation de la musique contemporaine, l’accompagnement des professionnels au moyen de dispositifs d’aides financières et autres et, enfin, la médiation et le développement des publics.

Les grands chantiers

Héritière du fonds du Centre de documentation de la musique contemporaine, qui comprend 280 mètres linéaires d’ouvrages désormais installés à la bibliothèque Hector Berlioz du Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris (CNSMDP), la MMC s’est donné comme mission de simplifier ce fonds, de l’organiser afin d’ouvrir son accès au public, interprètes, chercheurs, auteurs, élèves et de le rendre également plus mobile.

L’un des autres grands enjeux, c’est de créer des synergies entre les acteurs de la création et les structures non spécialisées, comme les théâtres, les orchestres, afin qu’ils prennent l’habitude de programmer la musique qui s’écrit aujourd’hui.

Faire connaÎtre musiques et artistes

La création porte en elle sa devise : inventer, c’est se projeter dans l’avenir. C’est pourquoi l’un des ADN de la structure est la transmission, le partage. C’est l’objectif du Grand Prix lycéen des compositeurs, initié il y a maintenant vingt-et-un ans. Il offre la possibilité à des classes de lycéens et depuis l’année dernière de collégiens (3 000 élèves en moyenne) dans toute la France, de voter chaque année pour la compositrice ou le compositeur de musique contemporaine de leur choix. Et de questionner, lors d’un grand rassemblement annuel, les créateurs en personne sur leur activité.

La MMC entend poursuivre la sensibilisation de tous à des formes musicales souvent difficile d’accès pour le grand public. Dans cette optique, 2021 a vu la naissance de l’Académie de médiation, que pilote Simon Bernard, chef du pôle : « La médiation pour la musique contemporaine, ce n’est pas simplement un avant-concert, il faut inventer d’autres modalités d’échanges avec les publics », explique Estelle Lowry, « et réfléchir à comment rendre cette musique sexy ! ».

La MMC prend contact depuis son arrivée avec les structures existantes dans l’arrondissement (conservatoires, centres d’animation, associations) pour se faire connaître et construire ensemble des projets. Pour Simon Bernard : « Nous y allons pas à pas. Il faut partir des besoins, des attentes et ne pas parachuter des projets qui ne correspondraient pas à la réalité du territoire. »

Sortir la musique contemporaine de l’isolement

Souvent la mal aimée des musiques savantes, la musique qui s’écrit aujourd’hui est variée, polymorphe, elle s’associe souvent à d’autres formes d’expressions scéniques et surtout elle entretient des rapports de plus en plus étroits avec les musiques actuelles. « On a une convention de partenariat avec Les Inrocks et Radio Nova et on va faire entendre de la musique contemporaine sur les ondes !  », s’enthousiasme Estelle Lowry : « Leurs publics écoutent déjà des musiques expérimentales, qui demandent autant d’exigence et de largeur d’esprit pour les appréhender que la musique contemporaine. »

Eveiller sans prescrire, c’est l’une des philosophies de la Maison de la musique contemporaine et gageons que son implantation dans l’arrondissement sera source de surprises, de rencontres et de métissages artistiques. A suivre. •

Photo : Pixabay

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n° 305

juin 2022