Arrivée en France en 1979 de son Maroc natal, la jeune Zoubida fait valider ses diplômes : une maîtrise en psychologie et un diplôme d’Etat de Direction de Maison des Jeunes. Elle s’installe à Paris, d’abord dans « les beaux quartiers ». Grâce à des connaissances, elle trouve un emploi dans une famille touchée par la maladie : elle y soutient et accompagne un jeune myopathe. « Il vit encore ! se réjouit-elle. J’ai fêté ses 20 ans avec lui il y a quelques années. Il a vécu plus longtemps que tous les pronostics du corps médical. »
Après une année d’études de mode, elle occupe rapidement diverses fonctions dans ce secteur : perleuse, acheteuse pour une entreprise, chargée des ventes de presse… Son application et sa fiabilité font d’elle une associée remarquée. Ses compétences s’enrichissent : « Le travail venait vers moi ! Je n’ai jamais déposé de CV, je n’en ai même jamais fait », raconte-t-elle. Employée par de grandes marques de la mode, elle arrête ses activités à la naissance de sa fille, pour en reprendre certaines à mi-temps quand celle-ci sera plus grande.
« Zou », comme la surnomment ses proches, tombe sous le charme du 18e à l’occasion d’un dîner chez des amis qui lui disent : « on va t’amener au bled ! » Elle y apprécie l’atmosphère de village et veut y vivre. En 1986, elle s’installe rue des Abbesses, découvrant des vies qu’elle n’imaginait pas, se mêlant aux gens, fréquentant un fameux café où Michou avait ses habitudes. Elle devient membre d’un groupe d’amis hétéroclite, découvre « une certaine détresse, de nombreuses femmes seules ». Elle côtoie travestis et prostituées : « tout le monde se connaissait, on était ensemble ».
Le partage
Lucie Driss, une consœur de sa vie ultérieure de bénévole et une amie, qui vit aussi dans le quartier depuis 1990, témoigne : « la vie dans le quartier faisait village, on y trouvait beaucoup d’entraide. » Elle loue aussi son application à « aider beaucoup de gens, les orienter et relier les personnes entre elles. Et elle est très efficace ! », précise-t-elle.
Petite fille déjà, ses parents la laissaient courir chez les voisins et la famille, où un rien l’enchantait. Elle savait se rendre utile, tout en restant espiègle, parfois ! Elle évoque son enfance comme « une vie magnifique » dont elle a mille souvenirs précis. Se sachant privilégiée, elle va à la rencontre vers toutes et tous autour d’elle. « Le bonheur n’est pas donné en argent », explique-t-elle. Elle transporte cette conviction où qu’elle soit, et n’aime rien plus que « le sourire des gens ».
Installée ensuite avec son mari rue de Caulaincourt où elle donne naissance à sa fille, elle s’active à relier les gens entre eux. A l’école, elle remarque que les parents d’élèves ne se parlent presque pas. Pire, elle observe une séparation nette entre « ceux de l’avenue Junot et les autres ». Bénévolement – et c’est son premier engagement –, elle agit alors auprès des parents d’élèves. Elle suggère de monter un carnaval où jeunes et parents déambuleraient dans les alentours. Plus qu’un succès, c’est un triomphe ! La parade mêle enfants ravis et parents qui « ont joué le jeu ». Des commerçants accueillent les participants sur le parcours et des parents hébergent même un dîner impromptu pour tous les participants. Par la suite, lors des confinements liés au Covid 19, Zoubida répond à un appel pour soutenir les distributions alimentaires et l’aide aux plus isolés.
Un cœur dévoué
Appelée par Claudine Bouygues, alors élue au conseil du 18e arrondissement et au Conseil de Paris, Zoubida entame sa vie bénévole de « Madame lien social ». Ce qui la motive : « rendre possible des choses impossibles ». Engagée au centre d’action sociale de la Ville de Paris (CASVP) pour l’accès au droit, l’aide alimentaire, et le loisir, elle participe aussi au Secours Populaire. Elle est membre fondatrice et trésorière du centre social et culturel la Maison-Bleue* qui propose des aides juridiques et administratives, des activités pour tous les âges, des ateliers, des sorties...
Elle trouve le temps de publier un livre sur les commerçants de la porte Montmartre, puis co-fonde, avec Sylvie Dupic, Image & Lien, qui crée des rencontres notamment à travers des activités photographiques. Celle-ci ne tarit pas d’éloges sur Zou : « Rien ne l’arrête, elle est impressionnante ! On démarre sans aucune certitude, on y va quand même et ça marche ! Je n’aurais jamais fait tous ces projets sans elle. »
Imane Kasmi, rencontrée il y a quelques années, va dans le même sens : « J’ai confiance en elle. Elle est là, c’est très important pour moi ».
Et Zou ne ralentit pas la cadence : « Tant que je peux faire les choses, je les fais ».

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