Peser sa poubelle de déchets alimentaires pendant un an ? En voilà une idée ! Votre serviteur l’a fait pour les lecteurs du 18e du mois. Dans quel but ? Pour en savoir plus sur la valorisation de ces déchets de cuisine.
Tout commence fin 2024 avec l’apparition des bacs au pied de mon immeuble. L’idée me séduit. Car je cuisine presque tout ce qui se consomme chez moi : entrées, soupes, plats carnés, salades, légumes crus ou cuits, terrines. Quasiment jamais de plats préparés ni de surgelés et donc beaucoup de déchets humides qui alourdissent la poubelle verte et dégagent des odeurs. Deux personnes habitent le foyer, auxquelles j’ajoute une demi-part pour les nombreux amis de passage et les invités d’un soir. Résultat : 75 kilogrammes en un an !
Éviter de se boucher le nez
Disons-le, le frein principal à l’adoption d’une poubelle à déchets alimentaires demeure la crainte des odeurs et l’apparition de mouches. Habituellement, on place une petite poubelle fourrée d’un sac biodégradable avec un couvercle dans la cuisine et l’on descend rapidement et régulièrement le sac avant que la dégradation ne soit trop prononcée. Notre choix s’est porté sur un bidon à vis de cinq litres étanche, utilisé dans les sports nautiques. Ainsi, aucune odeur ne pouvait s’échapper. En un an, ce bidon de cinq litres a été vidé 40 fois, soit une fois tous les neuf jours.
L’intérêt de la méthanisation par rapport au compostage est qu’elle traite tous les types de déchets comme la viande, le poisson ou encore les agrumes. Lorsque le bidon est plein, il faut aller le vider à la borne. Descendre jusqu’au gros cube vert avec son écoutille n’exige pas grand peine ; sans quoi, mon civisme aurait peut-être flanché.
Réflexion personnelle, neuf jours en moyenne, deux kilos de déchets, c’est peut-être trop. Parce que si aucune odeur n’est jamais venue nous incommoder, il faut avouer, notamment l’été, qu’à l’ouverture notre bidon pouvait nous rappeler fermement que le temps de la vidange était venu… Toutefois, après un nettoyage du bidon et un trempage à la javel, l’odeur disparaît.
Et maintenant quelques chiffres
Et si l’on généralisait cette expérience à tous les habitants du 18e ? Pour éviter les calculs trop compliqués, nous avons repris les ordres de grandeur fournis par l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (ADEME) et les avons appliqués à notre propre « production ». Selon l’agence, il faut 15 000 tonnes de matière à méthaniser pour chauffer 500 maisons pendant un an, soit 30 tonnes pour un logement ou encore 82 kilogrammes par jour, un résultat proche de la production de 75 kg. Et donc, on peut conclure que nos déchets auront permis de chauffer un logement pendant presque une journée.
Poussons ce jeu de l’esprit à l’échelle de notre arrondissement. Le 18e compte 185 000 habitants. Nous poserons un objectif de 15 kg par habitant et par an, la moitié de mes 30 kg, et moins de 20 % de la production annuelle moyenne d’un habitant (82 kg), selon une estimation de l’ADEME. Les résultats ne sont pas négligeables. Posons 185 000 x 15 = 2 275 tonnes, nous pourrions donc chauffer 75 foyers. Et pour Paris, on grimperait à 1 000 foyers. Le calcul est grossier mais l’idée est là. Selon le Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères de l’agglomération parisienne (SYCTOM), l’usine en construction dans le port de Gennevilliers aura une capacité de traitement de 50 000 tonnes de déchets alimentaires par an, de quoi alimenter quelque 5 000 foyers. Alors oui, ce n’est pas énorme. Néanmoins le calcul reste gagnant pour la collectivité car, nous rappelle l’ADEME, le coût de traitement de ce type de déchets est deux fois moindre que par enfouissement ou incinération.
En conclusion, se livrer à ce jeu de la pesée et aux petits calculs permet de se dire qu’on agit concrètement et à son niveau pour améliorer les choses, un cas pratique d’écologie urbaine qui permet de relier de grands chiffres avec une action individuelle. Les candidats aux municipales des 15 et 22 mars aborderont-ils ce thème pendant la campagne ? A l’heure des ambitions écologiques et des économies, ils auraient tout à y gagner.

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