Le démarrage a été poussif, l’obligation était fixée au 1er janvier 2024, mais la Ville de Paris est aujourd’hui en conformité avec la loi anti-gaspillage et économie circulaire, dite AGEC. Car l’incinération des déchets alimentaires, contenant 80 % d’eau, est un non-sens et engendre des surcoûts pour les incinérateurs. En récupérant ces déchets, l’objectif est d’en faire une ressource que l’on valorise sous forme de gaz et de substrat nutritif pour l’agri-
culture.
Une source à la Mairie reconnaît que le démarrage a été lent, mais une gigantesque usine de méthanisation est en construction dans le port de Gennevilliers et devrait entrer en production en 2027. Confiée au Syndicat mixte central de traitement des ordures ménagères de l’agglomération parisienne (SYCTOM), l’usine annonce une capacité de traitement de 50 000 tonnes par an. Sylvie Mariaud, vice-présidente à la Région Île-de-France à l’Économie sociale et solidaire, brosse les étapes à venir. « Le SYCTOM gère toutes les poubelles à Paris, vertes, grises, jaunes ; les déchets ménagers sont une nouveauté. La collecte se développe bien grâce aux bacs de collecte mais il faudra attendre 2027 et la mise en production de notre usine de méthanisation pour que la filière soit complète. En attendant, nous avons confié cette mission à trois entreprises locales qui assurent ce service pour Paris. » Pour le 18e, c’est l’entreprise Moulinot, dont le siège est à Stains en Seine-Saint-Denis, qui assure la collecte tous les deux jours et la dépose dans les méthaniseurs agricoles partenaires situés alentour.
Au bout d’un an, sans résultats définitifs sur les volumes traités par la nouvelle filière, l’optimisme est de mise avec 20 000 tonnes de déchets collectés en 2025, selon le SYCTOM. Un volume néanmoins modeste comparé à près d’un million de tonnes de biodéchets produits chaque année en Île-de-France.
Mise en route disparate
En définitive, le 18e s’en sort bien par rapport à certaines régions du pays, voire à d’autres arrondissements parisiens, qui sont en retard. C’est ce que regrette l’association Zéro Waste France : « La situation est disparate, même à Paris, car il revient aux arrondissements de déployer le réseau de collecte. Si l’on peut dire que tous les arrondissements à l’est sont très bien dotés, ceux de l’ouest comptent encore très peu de points, c’est une décision politique », précise Mélisande Seyzeriat, de Zero Waste Paris.
Cette association active localement et au niveau national appelle à intensifier les efforts mais est plutôt satisfaite du système mis en place dans la capitale. « Nous prônons plutôt le compostage de proximité, sans camions, avec une action locale, cela enrichit les sols. Mais, dans les grandes agglomérations, la méthanisation reste la meilleure solution », poursuit Mélisande Seyzeriat. « Cependant, nous soutenons la collecte en porte-à-porte. Certaines expérimentations dans le 2e, le 12e et le 19e ont montré un taux de collecte supérieur, mais cela revient plus cher que les points d’apport volontaire (PAV). »
Arrêtée depuis septembre 2024 dans deux arrondissements, cette stratégie restait insatisfaisante : « faute de place ou de locaux adaptés, de nombreux immeubles n’ont pas pu être équipés en bacs, et avec environ 3kg collectés par an et par habitant en moyenne, le potentiel est encore trop éloigné », témoigne ainsi la Mairie du 12e.

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