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juillet-août 2020 / Promenades d’été à deux pas de chez nous !

Des ilôts de verdure et de partage

par Jacky Libaud

L’été est là ! Et si vous en profitiez pour découvrir ou redécouvrir les jardins du quartier de la Goutte d’Or ?

Retrouvez-vous à la sortie du métro Château Rouge qui garde le souvenir d’une belle folie, construite à la fin du XVIIIe siècle rue de Clignancourt, transformée en bal célèbre sous Louis- Philippe, mais hélas détruite à la fin du XIXe.

Descendez le boulevard Barbès jusqu’au n° 34 et entrez dans le magasin de chaussures. Au bout du couloir, vous découvrirez le décor intact du cinéma Barbès Palace, ouvert en 1914 et fermé en 1988.

Ressortez par la porte donnant sur la rue des Poissonniers et traversez pour vous rendre au jardin partagé La Goutte verte, au 23 rue Richomme. Un premier jardin avait été créé en 2006 dans la rue Laghouat, par l’artiste suisse Rahel Haegnauer, alors en résidence dans le quartier. Après son départ, une association s’est constituée pour pérenniser le jardin qui a souvent déménagé : rue des Poissonniers, rue Cavé, rue Polonceau... Peut-être que des adhérents pourront vous accueillir lors de votre passage.

Redescendez ensuite la rue des Poissonniers pour découvrir la « friche » de l’association La Table ouverte, installée à la place d’une ancienne mosquée. En attendant une future attribution du site, les riverains peuvent profiter d’un espace de jeux, d’un poulailler et d’un potager, souvent accessibles en fin de journée.

Remontez ensuite la rue Polonceau, jusqu’au n° 41, où vous pourrez admirer la belle façade de la Villa Poissonnière, créée dans les années 1830 par un riche investisseur, le charcutier Véro ! Dans ce passage, treize petits immeubles de rapport, précédés de jardinets étaient vantés à l’époque comme « des cottages à l’anglaise » ! Le chanteur Alain Bashung a vécu les dernières années de sa vie ici.

Un peu plus loin à gauche, dans son écrin de plantes grimpantes, vous pourrez admirer la plus vieille maison de la Goutte d’Or, non alignée sur la rue Polonceau ! Elle appartenait sans doute aux frères Laforge, meuniers propriétaires de quatre des cinq moulins qui se côtoyaient au sommet de la Butte des Couronnes.

Derrière la grille du 37 rue Polonceau, se trouve en contrebas le jardin d’insertion L’Univert , créé en 2011 par Caroline Faletta, avec l’aide de l’association Halage. Sur cette parcelle appartenant à Paris Habitat, viennent jardiner des personnes en situation sociale précaire, en compagnie d’Anne, l’animatrice du lieu.

Un jardin sur le « démol »

Un peu plus loin, sur la gauche après la rue des Gardes, se trouve l’épicentre du quartier : le square Léon, aménagé dans les années 90, en lieu et place du « démol », une ancienne butte résultant probablement de l’accumulation de gravats lors du percement du boulevard Barbès en 1863. S’y ajoutaient les ruines de maisons détruites par une bombe américaine, tombée là par erreur en avril 1944 ! Trois belles fresques de Bernard Héloua dominent le square où se trouve aussi une fontaine « du Millénaire ».

Louise Michel et les sans-papiers

Toujours plus loin sur la droite, vous découvrirez sur un terrain de sport rarement accessible, une autre parcelle de l’association La Goutte verte, entièrement hors-sol, qui a hélas beaucoup souffert du manque d’eau durant le confinement. Contre le grillage subsiste un beau portail, créé par l’artiste Sara Renaud, à l’époque où le jardin était en pleine terre, à l’angle des rues Cavé et Stephenson.

Bifurquez ensuite à gauche dans la rue Saint-Luc, pour rejoindre le chevet de l’église Saint-Bernard, dont la construction a débuté en 1858, à l’époque où la Goutte d’Or faisait encore partie de la commune de La Chapelle qui, malgré ses 44 000 habitants, disparaîtra en 1860, écartelée entre Paris, Saint-Ouen, Saint-Denis et Aubervilliers !

Le long de l’église, qui garde le souvenir de Louise Michel durant la Commune et du Mouvement des sans-papiers de 1996, le collectif Magnolias fleurit les pieds de ces beaux arbres américains, à l’opulente floraison estivale et parfumée.

Après avoir dépassé la salle Saint-Bruno, site stratégique pour de nombreuses associations du quartier, traversez le square Saint-Bernard-Saïd Bouziri, à l’ambiance provinciale, pour rejoindre la rue Stephenson, dédiée à l’un des « pères fondateurs » du chemin de fer.

En redescendant la rue vers le sud, vous passerez devant Les Cognées (au 5 rue Stephenson) où l’on peut se défouler en lançant des haches sur des billots de bois, à moins que vous ne préfériez faire une petite pétanque en salle aux Mah-boules, 14 rue de Jessaint ! Jouxtant ce bar, entrez dans le square Alain Bashung, créé par des paysagistes de la Ville, et inauguré en 2012.

Mini-ferme et bergeronnettes

Fermé un certain temps parce qu’il était devenu le point de rencontre des « mineurs non accompagnés » qui terrorisaient le quartier, le jardin a rouvert l’an passé, augmenté d’une mini-ferme où se côtoient poules, lapins, chèvres et moutons, dorlotés par l’association Espoir CFDJ.

Les animatrices partagent leur bureau du 21 rue de Jessaint avec Graine de jardins, qui fédère tous les jardins partagés d’Ile-de-France et gère aussi une outilthèque, mise à disposition des habitants de la Goutte d’Or.

De l’autre côté du pont de Jessaint, vous pourrez découvrir le square du même nom, qui après avoir été lui aussi fermé un temps pour avoir servi de lieu de vie à de nombreux réfugiés, a été confié à l’association Emmaus Solidarité qui tient des permanences régulièrement. Profitant du confinement, des bergeronnettes des ruisseaux ont élevé quatre jeunes au printemps dans ce jardin, ce qui est assez exceptionnel. •

Photo : Jean-Claude N’Diaye

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n° 287

novembre 2020