Journal d’informations locales

Le 18e du mois

janvier 2026 / Vivent nos librairies indépendantes

Vendredi, librairie en sursis

par Danielle Fournier

Organisé en SCIC, un collectif d’habitants soutient le tandem José et Camille dans un projet fou : faire renaître de ses cendres la librairie Vendredi, riche de plus d’un siècle d’histoire.

Quelle triste mine ! Une vitrine brisée barrée par un gros scotch et derrière, depuis plusieurs mois, des rayons vides. La « carriole » qui proposait sur le trottoir des « déjà lus » a, elle aussi, disparu. La vie semble s’être échappée du lieu. Est-ce la fin de l’aventure de cette librairie ? José Ameur, employé de la boutique jusqu’à fin 2024, Camille Boisaubert et tout un groupe de lecteurs et d’habitants attachés au lieu ont créé une société en SCIC, dont le but est « la sauvegarde de la librairie ».

Une librairie centenaire

C’est une « librairie de quartier », un lieu à part, dont l’esprit particulier a été façonné au fil du temps par les lecteurs mais aussi celles et ceux qui l’ont dirigée et marquée. Une librairie n’est pas un lieu anodin, et celle-ci en est l’exemple absolu ! Selon le collectif, « sa présence continue à travers plusieurs décennies lui vaut une place particulière dans le cœur des habitants de Pigalle » et justifie l’énergie mise pour sa reprise.

En France, chaque année, une cinquantaine de fermetures et une centaine d’inaugurations redessinent la carte des librairies. Depuis sa création en 1917, « Vendredi est un point fixe dans ce paysage ». Tout commence à la fin du XIXe siècle quand le père Soulié, ancien lutteur de foire, tient une boutique de matelas et de bric-à-brac rue des Martyrs, en face du cirque Médrano. Au milieu d’objets hétéroclites, il accumule des toiles sans valeur que les peintres achètent pour les gratter et les repeindre.

Un certain Picard, papetier-libraire, prend le relais et vend le commerce à Théodore Bosman en janvier 1917. C’est alors une entreprise prospère. Difficile d’imaginer que cinq personnes aient pu travailler dans un espace aussi réduit mais la vente s’effectue au comptoir : les clients ne circulent pas dans la librairie. En 1958, Virgil Vassiliu, employé de la librairie, la rachète à ses patrons. Pendant
20 ans, il poursuit l’activité : papeterie, livres scolaires et classiques occupent l’essentiel des rayons. À partir de 1978 Gilberte de Poncheville rachète la librairie qu’elle anime jusqu’en 2015 où elle est reprise par Julien Viteau, un lecteur. C’est elle qui va marquer durablement et fortement le lieu ! Las, le dernier épisode aura duré une dizaine d’années.

« Vendredi » demain

Si la boutique est en déshérence depuis plusieurs mois, la société constituée relève le défi « d’inaugurer une librairie vieille de plus de cent ans ». En effet, la reprise simple ne pouvait se faire, ce sera donc une re-création à laquelle travaillent le tandem José et Camille et tous les membres de la SCIC. José se dit d’ailleurs « impressionné par ce beau projet collectif » et affiche un bel optimisme pour sauver « cette petite enclave », un lieu à nul autre pareil, avec une identité forte et distincte. En effet, la librairie « revendique une sélection singulière qui fait la part belle au patrimoine, aux ouvrages rares et au travail remarquable réalisé, dans l’ombre des grands groupes, par des maisons plus confidentielles ». Et l’entreprise de sauvegarde est audacieuse, elle mise sur l’ouverture de nouveaux rayons, livres en anglais, BD et romans graphiques, entre autres. Elle est soutenue par une pétition locale pour appuyer le projet qui pourrait se développer dès 2026.

Meilleurs vœux, c’est de saison !

Dans le même numéro (janvier 2026)

  • Au sommaire

    LONGUE VIE À NOS LIBRAIRIES !

    Dans notre 18e, la vie de nos librairies y est foisonnante, comme en a témoigné, le mois dernier, une fréquentation intense à l’approche des fêtes. Pour bien commencer cette année, nous avons choisi de leur consacrer notre dossier, car de nouvelles menaces pèsent sur ces établissements parfois fragiles financièrement. Ces lieux sont pourtant plébiscités par les habitants qui s’y retrouvent, y débattent et y accèdent à la culture. Détour dans trois d’entre elles. À l’approche des municipales, d’autres sujets brûlants occupent le débat public : violences dans le périscolaire, lancement de la troisième cuisine collective pour les écoles, éclairage public, futur de l’ENS… Quelques bonnes nouvelles également à découvrir dans ce numéro : les lieux de vie emblématiques de Prévert et Vian seront préservés, les directeurs d’école voient leur avenir s’éclaircir et de nouvelles personnalités de notre quartier à découvrir : musiciens, cinéastes, sportifs. Que de talents !
  • Vivent nos librairies indépendantes

    Attaques en série sur les librairies

    Camille Goff, Violaine Colmet Daâge
    Fin décembre, quarante librairies indépendantes ont finalement obtenu une subvention destinée à rendre leurs locaux plus attractifs, à la suite de vives polémiques.
  • Vivent nos librairies indépendantes

    Des pistes pour résister et durer

    Annie Katz
    Face aux attaques répétées visant leur modèle et leurs choix éditoriaux, les librairies indépendantes doivent mettre en place de nouvelles stratégies.
  • La vie du 18e

    Alerter sur le périscolaire

    Violaine Colmet Daâge
    Monté en 2021, le collectif SOS périscolaire a publié sur sa page Instagram une centaine de témoignages de parents, animateurs ou enseignants, révélant des violences subies par des enfants franciliens. Cofondatrice du collectif et habitante du 18e, Anne revient sur les problèmes systémiques rencontrés dans le périscolaire, alors qu’en 2025, la Mairie a suspendu trente animateurs, dont seize pour suspicions de faits à caractère sexuel.
  • La vie du 18e

    nouvelle recette pour les cantines de la butte

    Dominique Boutel
    La troisième cuisine scolaire est entrée en activité, à Montmartre. L’occasion de mettre à l’honneur les producteurs locaux pour éveiller les papilles des écoliers au bien manger.
  • Chapelle international

    à l’école du documentaire, au pied des tours

    Joachim Jarreau
    Depuis septembre, des ateliers de cinéma documentaire sont ouverts aux apprentis réalisateurs au centre Paris-Anim Jean-Michel Martial.
  • Histoire

    Dans le petit coin, la place du Calvaire

    Béatrice Dunner
    De Henri IV au mime Marceau, en passant par Gazi le Tatar, la plus petite place de Paris, accolée à l’imposante place du Tertre, recèle quelques jolis fragments d’histoire.
  • Culture

    Expo : des jeunes de la Goutte d’Or pour défendre les récifs coralliens

    Léa Simond-Côte
    Depuis dix ans, le programme Canon Young People permet à des jeunes de s’exprimer en image sur les enjeux écologiques. Il débouche sur une exposition actuellement au FGO Barbara.
  • Les Gens

    Clément Cotentin, raconteur d’histoires singulières

    Vivien Boyibanga
    Journaliste, monteur, réalisateur et scénariste, le petit frère d'Orelsan s'est fait connaître par sa créativité multifacette. Au-delà de son travail, c’est un habitant du 18e originaire de Normandie, au parcours inspirant et qui a toujours su croire en ses projets.

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N° 350 - juillet-août 2026

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