Samedi, 18h, la nuit tombe, l’équipe de tournage rentre d’une séance sur le terrain à la porte de La Chapelle. Souleymane, 18 ans, est satisfait de la récolte d’images du jour : un entretien avec un résident du quartier depuis plus de cinquante ans qui a accepté de raconter devant la caméra ses transformations telles qu’il les a observées. Le jeune homme, en première année de licence de cinéma à Paris-8, a de l’expérience dans le tournage de clips musicaux et des références du côté du cinéma américain : John Ford, Steven Spielberg... Mais il découvre à présent le cinéma documentaire. « Ils sont forts », dit-il à propos de Charlie et Sylvain, ses mentors. « En deux séances, j’ai beaucoup appris ».
C’est Damien Denuet, gestionnaire de l’espace de vie sociale Lab’Chapelle dans le quartier Chapelle International, qui est à l’origine de ce projet. A la recherche d’activités collectives et créatives pour les jeunes du quartier, il rencontre une résidente, Charlie Blanchard, réalisatrice formée à l’école de Lussas, qui lui propose de monter un atelier de formation au documentaire. La RIVP (Régie immobilière de la Ville de Paris), principal bailleur social du quartier et gestionnaire du Lab’Chapelle, accepte de financer le projet. Deux autres documentaristes, Sylvain Arrivé et Bastien Magenties, également membres du collectif des Films de la Poire, rejoignent Charlie pour participer.
Les ateliers, ouverts aux jeunes âgés de 14 à 20 ans, démarrent en octobre 2025, à un rythme bihebdomadaire. Les trois camarades n’ont pas ménagé leurs efforts, d’abord pour monter le projet, trouver les financements (ceux de la RIVP et de l’ICF, bailleurs sociaux, sont complétés par des subventions de la Mairie et de la politique de la Ville) et des partenaires locaux ; puis pour attirer des jeunes vers ce projet, faisant du porte à porte dans le quartier pour le faire connaître. Si une quinzaine de jeunes a initialement manifesté son intérêt et le désir d’apprendre à utiliser du matériel de prise d’images, ils sont moins nombreux à avoir suivi les ateliers avec assiduité. Charlie et Sylvain ne s’en inquiètent pas, considérant qu’il leur faudra du temps pour démontrer leur présence régulière, se faire accepter. Certains des jeunes rencontrés ont manifesté une certaine méfiance vis-à-vis de cette proposition de documenter leur quotidien. Une rixe ayant éclaté dans le quartier, dans laquelle ont été impliqués certains participants, a également compliqué le démarrage du projet.
Libre choix des sujets
Le parti pris des animateurs est de laisser les participants choisir le thème sur lequel ils souhaitent travailler. Au cours des premières séances, ils ont commencé par regarder ensemble une carte du quartier, chacun devant proposer un lieu pour aller filmer. Ensuite, c’est au hasard des rencontres et des imprévus que se prennent les images. Celles-ci seront visionnées et discutées lors de la séance suivante. Pour Damien Denuet, ces ateliers peuvent faire naître des vocations, donner à des jeunes attirés par l’image une expérience concrète de réalisation et leur faire découvrir la diversité des métiers existant dans le domaine.
Les ateliers vont se poursuivre jusqu’au mois de mars. Ensuite, débutera la phase de montage qui aura lieu à l’école normale sociale Torcy, toujours avec les jeunes. L’objectif, pour cette première année, est de monter un premier film, et de trouver un lieu pour le projeter en plein air dans le quartier.
Rendez-vous au mois de juin, donc, pour une séance de cinéma du réel, du côté de la porte de La Chapelle.

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