Pourquoi avoir monté ce collectif ?
Nous étions trois mamans des 11e, 12e et 18e qui discutions de ce qui se passait dans nos écoles respectives. Nous pensions que les cas de violence étaient isolés, mais dès les premiers témoignages, nous avons compris qu’il y avait un problème systémique. Toutes les affaires étaient différentes mais toutes se ressemblaient. Tout le monde décrivait le périscolaire de la même manière : « c’est opaque », « on ne sait pas qui s’occupe de nos enfants », ni comment signaler quand il y a un problème. Les autorités ont tenté de minimiser mais nous nous sommes rapidement positionnées en tant que lanceuses d’alerte et nous avons monté le collectif SOS périscolaire afin de pouvoir diffuser les témoignages que nous recevions.
De quel type de violence parlons-nous ?
Il y a tout un spectre de violences dites « éducatives ». Cela va des hurlements, des tapes derrière la tête à de l’intimidation voire de la terreur, et jusqu’aux agressions sexuelles. A l’école, et en maternelle en particulier, il y a plusieurs moments où l’enfant est vulnérable. Ces moments concentrent les violences. Pendant le change, ce sont les agressions sexuelles. A la cantine, les enfants peuvent subir toute une série d’humiliations, ils peuvent être isolés pour les repas systématiquement par exemple. La sieste, ce sera davantage la gestion par la terreur, dire « si tu ne dors pas, tes parents ne viendront pas te chercher » ou « on va prendre ton doudou ». L’enfant finit par intérioriser cette violence. Il pense que c’est normal, que c’est le mode de fonctionnement de l’école.
Les problèmes se focalisent-ils sur le périscolaire ?
L’animation n’est plus un métier. Ce sont les animateurs eux-mêmes qui nous le disent !
Avant, c’était de l’éducation populaire, il y avait des formations. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Ils sont en grève régulièrement pour leurs conditions de travail… On reçoit des témoignages d’agents qui sont à bout.
A Paris, tout est parti de la réforme des rythmes scolaires, il a fallu beaucoup embaucher mais il n’y avait pas le vivier suffisant. Les politiques ont pensé que les étudiants seraient intéressés. Mais ils préfèrent bosser dans des fast-foods que passer deux heures avec trente enfants qui seront finalement soixante parce qu’il manque du monde, pour être payés trois francs six sous. Les candidats sont sans expérience, sans diplôme, les profils inadaptés. Pour faire une balle au prisonnier avec des enfants de huit ans, ça passe, mais pour rassurer un enfant de deux ans et demi qui a fait pipi dans sa culotte, c’est différent !
Qu’en est-il dans le 18e ?
Ce n’est pas l’arrondissement le plus problématique. Bien sûr, il y a des dysfonctionnements liés au manque de personnel et à leur gestion. La chaîne des alertes n’est pas toujours respectée. Mais pas de scandales d’ordre sexuel, à ma connaissance, ni d’affaire judiciaire. Mais on ne peut pas compter sur la chance pour que ça se passe bien. On ne peut pas juste embaucher quelqu’un, fermer les yeux et prier. Il faut professionnaliser l’animation et mettre des critères de recrutement, de management des équipes, des process. Comme dans n’importe quel métier. Et en cas de faute, appliquer une sanction, pas simplement changer la personne d’école. Le 18e est indemne de gros scandales mais les enfants parlent tard et les équipes dysfonctionnelles peuvent se protéger : une affaire peut être révélée du jour au lendemain. Il est important de parler avec son enfant, poser des questions, et réagir.
Les candidats aux municipales sont-ils mobilisés sur ce sujet ?`
Le moment est opportun. Cela fait des années que nous espérons voir le sujet émerger enfin. Personne ne nous a beaucoup entendus jusqu’ici. Pourtant, nous avons rencontré des politiques, des syndicats. Nous avons listé les mesures d’urgence à mettre en place dès 2021, comme faire une réunion de rentrée pour présenter l’équipe périscolaire et partager avec les parents un trombinoscope. Elles n’ont absolument pas été appliquées. La Mairie de Paris ressort nos mesures d’urgence actuellement dans son plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants dans les écoles, avec la création d’un défenseur des enfants. Mais surtout il faut des formations, des contrôles et une professionnalisation des process. On se réjouit que les candidats aient mis cette problématique sur leur liste de préoccupations.

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