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juillet-août 2014 / Goutte d’Or - Château Rouge

Un film, des films sur la Goutte d’Or

par Chantal Bizzini

Un matin, une équipe de tournage se prépare, au carrefour de la rue Myrha et de la rue des Poisson­niers… un film sur le quartier ? Oui, c’est une fiction. Clayton Burckhart, metteur en scène américain qui vit à Paris, travaille depuis sept années à ce film : Le château de ma mère. Voici l’occasion de se souvenir de films naguère tournés sur la Goutte d’Or.

Quartier de cinéma du réel

La Goutte d’Or est notre quartier, celui où nous allons, parfois en somnambules, rêvant, et dont les rues entrecroisées font le tissu de nos jours. Que nous les parcourions en tous sens, dirigés vers un but, ou portés par le désir, obéissant à l’appel d’une ombre, à l’invite d’un sourire ou d’une volée de marches, nous avançons sur le bruit de fond de la vie qui s’y mène. Le cinéma a su quelquefois montrer la déambulation dans la grande ville. (1)
La Goutte d’Or est ce quartier où, peut-être plus qu’ailleurs, nous savons que le temps, c’est de l’or, cet or nécessaire à notre survie immédiate. « Je ne peux pas travailler comme ça, moi ! Vous avez de l’argent, donnez ! », échange cruel entre le chauffeur de taxi de Taxi Wala (2) et la jeune immigrée ne reconnaissant pas la rue ni l’immeuble où elle habite, lui demande de faire encore une fois le tour du quartier, et de perdre un temps précieux pour lui.
Ainsi, depuis l’invention du cinéma, avons-nous deux mémoires, puisque la mémoire consciente qu’est cet arrangement d’images en mouvement dans le film redouble notre mémoire inconsciente. Les scénarios cartographient une infinité de Gouttes d’Or imaginaires, différentes et parfois contradictoires, qui emberlificotent le vrai lieu, notre quartier, où nous sommes enclos. La « Zone » apparaît bien, dans Enfants des courants d’air (3), la limite au-delà de laquelle on trouve une autre ville : celle que ceux qui ne sont pas admis dans Paris ont construite de leurs mains : le bidonville, vrai labyrinthe, réseau de relations, d’entraide, entre les exilés de partout qui y vivent forcément ensemble. « Attendez-moi, attendez-moi », crie, en pleurs, à ses copains, l’enfant orphelin du grand-père qu’il vient, avec eux, de conduire, mourant, à l’hôpital Bichat.... (Lire la suite dans le numéro de juillet-août)


1. Voir les déambulations modernes de ces deux films : Mona et moi, de Patrick Grandperret, fiction, 1989, couleur, 90 min, et Louise (Take 2), de Siegfried, fiction, 1998, couleur, 1h 15 min.
2. Film de Lola Frederich, fiction, 2007, couleur, 17 min.
3. Film de Edouard Luntz, fiction, 1959, noir et blanc, 24 min.


Photo : © DR - « Quand la ville mord », de Dominique Cabrera (2009)

Dans le même numéro (juillet-août 2014)

n° 287

novembre 2020