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juillet-août 2014 / Grandes Carrières

La femme qui murmure à l’oreille des tissus

par Colette Friedlander

Il y a une dizaine d’années, installée depuis peu dans le 18e, j’explorais l’arrondissement. J’avais poussé ce jour-là jusqu’à la rue Carpeaux. Une petite boutique après le square, en face de la caserne de pompiers, et dans la vitrine une pancarte : MAέTRE TEINTURIER. Enfin ! Depuis des années, je cherchais en vain à faire nettoyer un petit tapis fabriqué par les Indiens de Colombie auquel aucun pressing ne voulait toucher : « ce sont des teintures végétales, on risque de vous l’abîmer… Il vous faudrait un maître teinturier ». Mais personne n’avait su m’indiquer ladite perle rare, que je venais de découvrir au fond des Grandes Carrières.
Suzanne Uzon, a accepté sans hésiter de s’occuper du petit tapis et me l’a rendu tout propre, les couleurs ravivées. Je suis devenue une habituée : soieries fragiles héritées de ma mère, nappes brodées affligées de taches apparemment indélébiles… Souvent pessimiste au départ, elle obtenait finalement un résultat supérieur à ses prévisions. Elle m’explique : « Il faut savoir recevoir le travail : bien regarder, prévenir les gens. C’est comme un médecin : ça, on ne peut pas le guérir, ça, on peut essayer. Je préfère dire “peut-être”. Donc souvent la cliente a une bonne surprise : tiens, c’est parti ! »


Photo : © Françoise Hamers

Dans le même numéro (juillet-août 2014)

n° 286

octobre 2020