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juin 2020 / Culture

Les musées du 18e sortent du confinement

par Dominique Boutel

La Halle Saint-Pierre et le Musée de Montmartre ont réouvert leurs portes. Le Bal travaille encore aux adaptations nécessaires. Comment concilier leur géographie et leur situation économique avec les exigences sanitaires ?

La Halle Saint-Pierre, au pied de la Butte, est le haut lieu parisien de l’art brut. Comme l’explique sa directrice, Martine Lusardy : « Ce n’est pas un musée où le public se presse, même si nos expositions rencontrent un franc succès. » Outre les deux étages d’exposition, le rez-de-chaussée offre un espace librairie et un salon de thé, fréquentés non seulement par les visiteurs, mais aussi par les habitants du quartier. « On est une équipe de seize personnes, qui sont toutes là pratiquement depuis le début. La Halle est au cœur de nos vies, chacun se sent responsable. » Le projet du lieu est porté par tous, impliqués à tous les niveaux, permettant selon la directrice, de penser une réouverture assez facile.

La librairie, déjà rouverte, a été agrandie sur l’espace de restauration et un « expresso à emporter » est possible. Les horaires sont souples, « l’équipe est disponible pour le public, on peut même imaginer des rendez-vous à la carte pour ceux qui souhaitent visiter l’exposition en cours », Roger Ballen (lire notre numéro 277). L’exposition doit d’ailleurs être à nouveau accessible le 8 juin. Il y a bien sûr du gel à l’entrée, la protection des personnels est assurée, mais les masques ne sont pas obligatoires. « Nous avons une façon de travailler différente. Je ne crois pas au télétravail, poursuit Martine Lusardy, il n’y a pas de cadre et le contact humain est irremplaçable, il est de l’ordre de l’émotion, de l’affect. Notre corps intervient dans notre connaissance du monde. Nous sommes contents de rouvrir pour voir les gens, les laisser toucher des livres. »

Imaginer, trouver ses marques

A l’autre bout de l’arrondissement, pour Le Bal, espace d’exposition, de réflexion et de pédagogie dédié à l’image-document, la question de la réouverture est épineuse, car liée à la configuration du lieu. En effet, il a été conçu comme un tout, café, librairie et salles d’expositions intimement imbriqués spatialement et participant aux activités proposées autour des expositions, conférences, signatures de livres, concerts, cycles de réflexion… Sans oublier le programme pédagogique national, la Fabrique du regard, avec sa plateforme numérique d’éducation à l’image, Ersilia, qui a explosé durant le confinement. Elle propose en effet une formation en ligne qui permet aux enseignants de travailler autrement avec leurs élèves sur l’image. Elle était essentielle en cette période de fermeture des établissements scolaires. « Si le café reste fermé, ce sera sinistre, l’agencement du lieu fait que c’est compliqué », soupire Diane Dufour, directrice du Bal. "Le public doit aussi trouver ses marques, va-t-il se déplacer dans le nord de Paris, avec les questions de gardes d’enfants, de transport… ?

A la mi-mai, la librairie a rouvert partiellement, tous les samedis de 14 h à 17 h, uniquement pour les retraits de commandes en ligne ou sur rendez-vous préalable (contact : lauriola@le-bal.fr).

Le Bal en télétravail

Depuis le début du confinement, l’équipe de vingt personnes est en chômage partiel, télé-travaille mais ne chôme pas : elle envisage l’extension de la librairie sur le café pour la réouverture, espérée en juin. Elle gère la plateforme, poste une newsletter, portée par cinq des membres de l’équipe, devenue hebdomadaire au lieu de mensuelle et alimente la curiosité des curieux de la photographie.

« Nous avons à repenser l’adaptation de ce qui fait la nature profonde du Bal : nous n’annulons aucun évènement, nous reportons mais au delà de la gestion des gestes barrières, de l’accès, de la transformation du café, nous devons imaginer une présence éditoriale plus importante. Le Bal est une maison, très conviviale et nous avons l’appétit et la nécessité de rouvrir. »
L’exposition de Yasmina Benabderhamane, La Bête qui a commencé juste avant le confinement, se poursuivra jusqu’en août (lire notre numéro 279). Début septembre, Le Bal présentera l’exposition du photographe, peintre et vidéaste brésilien, Miguel Rio Branco.

Quant au Musée de Montmartre, il a rouvert partiellement le 30 mai. Seule l’exposition qui s’y tenait au moment du confinement, Otto Freundlich, est accessible. La circulation des visiteurs (obligatoirement masqués) a été réorganisée pour éviter les croisements.Visites en groupes et nocturnes sont suspendues. Les collections permanentes et le café restent fermés au public

Photo : © Musée de Pontoise

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n° 284

juillet-août 2020