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décembre 2015 / Histoire

Le village de La Chapelle : des champs aux usines

par Stéphane Bardinet

Entre le VIe et le XXIe siècle, la minuscule bourgade est devenue un quartier très peuplé de la capitale sans perdre totalement son atmosphère villageoise.

Imaginez, il y a bien longtemps, un petit village au milieu des champs, des vignes, des prairies et une route. Peu de reliefs sur ce petit col qui sépare deux modestes collines qu’on aperçoit à l’est et à l’ouest. Un peu vague, direz-vous : notre beau pays compte des milliers de villages comme celui-ci. Imaginez maintenant, des immeubles en rangs serrés, des voies de chemin de fer, de la grisaille où il fait souvent bon vivre. Et bien, c’est le même ! Bienvenue au village de La Chapelle, autrefois appelé La Chapelle Saint Denys, sur la route qui relie Paris à Saint-Denis, tombeau des Rois de France et, à partir du XIXe siècle, quartier populaire et industriel qui a formé en 1860, avec le village de Montmartre, le 18e arrondissement de Paris.
La petite histoire de La Chapelle se fond avec celle de Paris et Saint-Denis, ses voisines et maîtresses depuis l’aube du royaume de France. Une histoire parisienne des marges. Car, eût égard à sa modestie, notre petit village peut s’enor­gueillir de quelques anecdotes et faits qui ont compté dans l’Histoire. Dans le temps long, il fût à la fois un village campagnard comme les autres, mais aussi étape de passage, lieu de commerce et d’approvisionnement pour les Parisiens, témoin au bord de la route de la geste des temps anciens, lieu de libations et de plaisirs et enfin banlieue puis arrondissement ouvrier du Paris de la Révolution industrielle.

Sur une voie romaine

L’origine du village de La Chapelle est liée à l’époque gallo-romaine. Sur l’Estrée, la route romaine, et auparavant gauloise, qui ouvre Lutèce sur le nord jusqu’au Vicus Catolacus – l’ancêtre de la ville de Saint-Denis – le petit hameau est situé sur le col entre les collines de Montmartre et de Belleville, d’où son nom premier de Pas de la Chapelle, étymologiquement « la passe ».
De fait, il va vu « passer » de grands événements. Après la chute de l’Empire romain et l’émergence du Moyen-Âge, Paris et Saint-Denis entament leur montée en puissance, l’une comme capitale des Rois de France, l’autre comme un grand centre économique, culturel et religieux de l’Occident chrétien et, surtout, comme nécropole des Rois de France. De tels voisins ne manquent pas d’attirer leur cortège de hauts-faits et de calamités.

Geneviève et Saint-Denis

À l’apogée politique de l’abbaye dyonisienne, les abbés magnifient le culte de saint Denis, très localisé jusqu’alors : pour asseoir leur influence, ils jouent sur le martyr de ce saint pour en faire le premier évêque de Paris. Construction essentiellement politique puisqu’on ne sait presque rien de ce personnage exécuté vers 250. Néanmoins, il semble que le martyr du saint ne se soit pas déroulé à Montmartre mais plutôt près de notre petit village.
Sainte Geneviève, patronne de Paris, fait édifier au VIe siècle, au bord de la route, une petite chapelle à sa gloire, alors que son culte connaît un véritable essor. C’est la naissance officielle du village. La petite chapelle a-t-elle accueilli quelque temps les reliques de Saint-Denis ? Les historiens peinent à trancher, mais l’histoire est belle, alors... (Lire la suite dans le numéro de décembre 2015)


Photo : © DR

Un immense remerciement à Gérard Jouhet, habitant et amoureux d’Histoire de
l’arrondissement qui nous a fourni les anciennes cartes postales.

Dans le même numéro (décembre 2015)

n° 285

septembre 2020