Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

février 2021 / Sorties de crise incertaines

Vaccins : ni les flacons, ni l’ivresse

par Annie Katz

Tous les acteurs de santé et leurs partenaires sont mobilisés pour accueillir les personnes souhaitant se faire vacciner contre le coronavirus. Il ne manque plus que les doses adéquates.

Dans la salle des fêtes de la mairie, la vaccination a bien commencé dès le lundi 18 janvier, pour les personnes de plus de 75 ans et celles atteintes de maladies graves. Elle est organisée par la communauté professionnelle territoriale de santé (CPTS) (voir nos n°281 et 283), avec le soutien de la Mairie de Paris, de celle du 18e, de l’ARS et de l’Assurance maladie.

« Nous vaccinons environ 120 personnes par jour mais nous serions en mesure d’aller jusqu’à presque 500 si nous avions les doses nécessaires » tient à préciser Denis Lemasson, médecin généraliste qui intervient deux demi-journées dans le centre. Le nombre de rendez-vous a volontairement été paramétré en fonction du nombre de vaccins disponibles et « les six doses du flacon Pfizer sont toutes utilisées », insiste le médecin.

Les patients sont accueillis par deux infirmiers qui vérifient le questionnaire qu’ils ont rempli et contrôlent notamment que le deuxième rendez-vous est calé. Puis, un des deux médecins de permanence interroge la personne sur son état de santé, ses pathologies, afin de valider l’indication de vaccination. Enfin, l’un des deux infirmiers présents dans le centre pratique l’injection. Dix médecins se relaient pour assurer des vacations de cinq heures (8 h-13 h et 13 h-18 h). Ils sont rémunérés par un forfait d’environ 100 €.

Aller vers les patients

Les personnes de plus de 75 ans sont plus nombreuses que celles atteintes de maladies graves (environ les 2/3) et certaines ont rencontré beaucoup de difficultés pour s’inscrire. « C’est la prime aux plus agiles sur Internet et aux plus rapides, insiste le docteur Lemasson, et du coup, une grosse pression pèse sur les généralistes, très sollicités par leurs patients. »

Pour le moment, rien n’est prévu pour ces personnes, lorsqu’elles ne se déplacent pas du tout. Il faudrait vacciner à domicile, grâce à des « cliniques mobiles » et/ou aux médecins libéraux. Pour Dalila Hemaidi, infirmière coordinatrice, il serait possible de « s’appuyer sur la Maison des aînés et des aidants de Bretonneau pour aller vers les patients en résidences autonomes, à condition de mettre en place une complémentarité ». Des équipes infirmières de la CPTS ont par exemple été envoyées à l’Ehpad Oasis, rue de Laghouat, pour préparer la vaccination et 70 % des résidents l’ont acceptée. La deuxième injection a commencé fin janvier et se poursuit actuellement. Les autres établissements ont reçu l’aide de la direction de l’action sociale (DASES).

S’adapter à vue

« Si nous avons davantage de doses et un produit plus facile à utiliser, nous saurons nous organiser. Mais le système est très centralisé et nous n’avons pas participé à la définition de la stratégie », rappelle Denis Lemasson qui ajoute que « de toute façon, il faut avancer, dans l’intérêt de la santé publique ». Pour Koré Mognon, médecin coordinateur de la vaccination, « la réflexion a commencé en novembre avec la Mairie, l’ARS et la Caisse primaire d’assurance maladie et nous étions prêts le moment voulu, donc si nous devons augmenter le rythme, il n’y aura pas de problème ».

Ayodele Ikuesan, adjointe chargée de la santé à la Mairie du 18e précise qu’une réduction du nombre de doses fournies « pourrait avoir un impact sur les personnes prioritaires qui n’ont pas encore reçu la première injection et rallonger le délai nécessaire pour les vacciner. Mais aucun décalage pour la deuxième injection, nous respecterons le protocole fixé. Si le nombre de doses augmente, l’équipe de soignants très mobilisés pourra vacciner davantage et nous pourrions ouvrir un deuxième centre, cité Traëger ».

Photo : Thierry Nectoux

Dans le même numéro (février 2021)

  • Le dossier du mois

    Sorties de crise incertaines

    Annie Katz, Danielle Fournier, Mehdi Bouttier
    C'est peu dire que la crise sanitaire n'a pas placé ce début d'année sous les meilleurs auspices ! Souffrance des étudiants précarisés et isolés, difficultés de la vaccination malgré l'engagement de tous les acteurs de santé. Pourtant un peu d'humour, grâce au regard acéré d'un artiste en herbe, à propos des gestes-barrières.
  • La vie du 18e

    La place du village se réinvente en ligne [Article complet]

    Florianne Finet
    Le confinement a donné un nouvel élan au groupe d’entraide entre voisins du 18e sur Facebook, qui compte désormais près de 12 000 membres.
  • La vie du 18e

    Des écoliers à la rencontre de l’art contemporain

    Dominique Boutel
    Dans le cadre du programme Une œuvre à l’école, le Fonds d’art contemporain-Paris Collection prête des œuvres aux établissements scolaires. Cette cohabitation n’est-elle pas la meilleure façon de sensibiliser les jeunes esprits à la création ?
  • La vie du 18e

    Lycée Rabelais : saison 4, le retour

    Danielle Fournier
    Le « rapatriement » d’une partie des élèves dans le 18e programmé pour le 1er mars aura-t-il lieu ? Cela dépendra de l’issue du bras de fer entre la Ville de Paris et la Région Ile-de-France.
  • Sorties de crise incertaines

    Etudiants, l’année de tous les risques

    Mehdi Bouttier
    Entre fermeture des universités, cours à distance, isolement, augmentation de la précarité, troubles psychologiques, les étudiants souffrent des mesures prises pour contrer la pandémie. Dans le 18e arrondissement, l’atmosphère est particulièrement tendue.
  • Sorties de crise incertaines

    Obtenir un rendez-vous : le parcours du combattant

    Marie-Odile Fargier
    Centres d’appel surchargés, liens Internet activés tardivement et surtout manque de doses : il faut être aussi chanceux qu’obstiné pour décrocher un rendez-vous à Paris.
  • Grandes carrières

    Une entreprise bien culottée

    Dominique Boutel
    « Osez être culottée », « Il est temps de changer les règles », telle est la communication d’une petite entreprise bien implantée depuis deux ans dans l’arrondissement et qui a le souci de préserver la santé aussi bien que la nature.
  • Montmartre

    Le vidéo-club de la Butte : un vrai cinéma de quartier

    Monique Loubeski
    Un vidéo-club est-il un commerce essentiel ? Les riverains de la rue Caulaincourt ont répondu un grand OUI à cette question. En créant et alimentant une cagnotte en ligne, ils ont permis à ce petit bout de Paris malmené par la crise de ne pas sombrer.
  • Simplon

    Feu vert pâle du Conseil de Paris à un projet controversé

    Dominique Gaucher
    Le réaménagement du centre de remisage et de maintenance des bus de la RATP, certes nécessaire pour accueillir dès 2025 des véhicules propres, est aussi l’occasion de bâtir au-dessus d’une dalle de recouvrement jusqu’à neuf étages de logements sociaux, résidence en coliving, commerces, etc.
  • Histoire

    Les demoiselles du téléphone du central Marcadet

    Annick Amar
    Avant l’automatisation définitive du réseau français, des centraux téléphoniques hébergeaient de nombreux employés. Ce personnel qualifié était essentiellement constitué des « demoiselles du téléphone », jeunes filles célibataires corvéables à merci.
  • Les Gens

    « On est là pour le frisson »

    Dominique Boutel
    Implantés dans le quartier de la Goutte d’Or depuis plus de trente ans, Patrick et Louise Marty donnent le goût de la musique et du spectacle vivant en mettant le plaisir en première ligne.

n° 293

mai 2021