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janvier 2020 / Histoire

Les bons comptes du Panier fleuri

par Janine Mossuz-Lavau

Quand notre arrondissement pouvait compter (sur ?) ses maisons de tolérance, en règle, archives à l’appui.

Coup de fil, un matin. Une femme que je ne connais pas me dit qu’elle m’a entendue à la radio parler de prostitution. Elle détient des documents dont elle ne sait que faire et qui pourraient m’intéresser. Le surlendemain, elle arrive chez moi et me remet deux cahiers (genre carnets à spirale, mais sans marque de fabrique) et deux carnets de bulletins de salaire. Ce sont les archives du Panier Fleuri, maison de tolérance autrefois sise au 8 boulevard de la Chapelle, courant de 1940 à 1946. Le premier cahier porte sur sa couverture, bien calligraphié à la plume : Cahier de Recettes, Passes et Boissons, appartenant à madame Adèle Poutier, établissement : Panier Fleuri, classé maison de tolérance. Le second est consacré aux « Assurances sociales » et il est complété par les doubles des bulletins de salaire.

Comment ces documents se trouvent-ils en la possession de la personne qui les étale devant moi ? Cette personne, appelons-la Christine, a dû vider, après décès, l’appartement de son père. Or ce monsieur, très généreux, avait hébergé un temps la fille d’un de ses amis, une lycéenne en classe scientifique. Comme elle avait peu d’argent et besoin de beaucoup de papier pour ses exercices de maths quotidiens, elle en cherchait dans les poubelles. C’est ainsi qu’elle trouva un jour ces cahiers, comportant encore, à la fin, pas mal de pages blanches. Sur lesquelles elle commence à écrire ses formules, à la suite des informations soigneusement rédigées concernant le personnel du Panier Fleuri. Puis, pour on ne sait quelle raison, elle a délaissé ces cahiers et les a même abandonnés quand elle a quitté le domicile du généreux monsieur. Ce qu’on ignore : qui a mis ces documents dans la poubelle où ils ont été récupérés par la lycéenne ? Les descendants de la tenancière, peu soucieux, après le décès de celle-ci, de conserver des « preuves » de son activité ? Des brocanteurs sollicités pour débarrasser la maison ? Ou de tout autres auteurs ?

Toujours est-il que, quasi miraculeusement, ces archives sont arrivées chez moi qui ai publié deux livres sur la prostitution1. Je vais donc vous en dire un peu plus sur ce qu’elles contiennent.

Des comptes bien tenus

Je rappelle d’abord que, dans ces années de la Seconde Guerre mondiale, les maisons de tolérance (ou bordels, ou maisons closes, etc.) sont légales. Elles seront interdites (quoique pas toutes fermées) après l’adoption le 13 avril 1946 de la loi dite Marthe Richard. Émouvant de feuilleter le premier cahier...

Photo : Thierry Nectoux

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n° 282

mai 2020