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avril 2021 / Patrimoine et cadre de vie : les habitants prennent l’initiative

10 bis rue Muller : Cyclope sacrifié sur l’autel de l’immobilier

par Brigitte Batonnier

Dans la cour, les jeux sont interdits, mais rien n’empêche d’y jouer à construire un immeuble de cinq appartements. Au mépris de l’architecture de la Butte et de la fragilité de ses sous-sols.

« Non à la bétonisation sauvage à Montmartre ! » Les flyers placardés ça et là dans le quartier expriment la mobilisation des riverains devant l’affichage, le 12 janvier dernier sur la façade du 10-10 bis rue Muller, d’un permis de construire. Le projet annoncé est de taille : la construction au profit d’un promoteur privé, la société G4CMU SAS, de cinq appartements-ateliers en duplex et triplex dans une cour intérieure sur laquelle donnent les rues Muller, Feutrier, Ramey et Chevalier de la Barre. Projet impactant onze immeubles et nécessitant la démolition d’un bâtiment historique, celui d’anciens bains-douches (créés en 1880) ayant fonctionné jusqu’en 1995.

La surprise est en effet entière lorsque l’on découvre dans cette cour un long bâtiment au carrelage style Art déco, desservant de droite et gauche d’anciennes cabines de bains. C’est dans cet espace où la verrière diffuse une belle lumière qu’est installé depuis 1998 le laboratoire Cyclope, l’un des derniers tireurs de photographies argentiques à Paris, qui devra plier boutique si le projet se fait. « Mais où trouver des locaux pouvant abriter des machines capables de tirer des laies de 3 x 1,80 m  », déplore son gérant, M. Gonzalo Castillo. De renommée internationale, Cyclope travaille avec des institutions telles que le Mucem à Marseille ou les Rencontres d’Arles. C’est sur cette surface – une fois les bains-douches démolis – et en place du petit immeuble perpendiculaire et d’une partie de la cour (soit une parcelle de 950 m2 au sol achetée en 2019) que devraient s’ériger les nouvelles constructions de cinq étages (R + 5).

Un espoir de concertation ?

Et c’est précisément contre cette démolition, contre la « surdensification  » de l’îlot très étroit, qu’un collectif d’une quarantaine de personnes se mobilise et interpelle les élus parisiens. Dans la pétition1 qui a recueilli au jour où nous publions plus de 2 000 signatures, le collectif alerte également sur la fragilité des sous-sols montmartrois, la menace d’affaissement des immeubles voisins, ainsi que sur la rupture architecturale à moins de 500 mètres du Sacré-Cœur.

Après un avis favorable avec réserve « du fait d’une densification importante en cœur d’îlot » donné par le Conseil d’arrondissement du 18e, la Ville de Paris octroie le 24 décembre dernier ledit permis de construire. Le vœu visant à la reprise de ce permis présenté en conseil d’arrondissement le 1er mars par des élus EELV et du Groupe indépendants et progressistes (GPI) fait l’objet d’un contre-vœu – adopté – de la part de la majorité municipale qui ne fait, selon le collectif, qu’édulcorer le projet. Mais le 11 mars dernier, le Conseil de Paris saisi de la question relative aux projets de densification dans le 18e (vœu qui touche aussi le projet du 46 rue des Trois-Frères) émet à l’unanimité le vœu que « la Ville de Paris mette en œuvre tous les moyens possibles pour que le promoteur revoie intégralement son projet, en concertation avec les habitants ». Vœu pieux ? Première victoire du collectif ? SOS Paris, Urgences patrimoine, Paris Art Deco Society soutiennent l’action
du collectif. Des recours gracieux visant à l’annulation du permis ont été introduits avant la date limite du 12 mars... dans l’attente d’une fructueuse concertation ? A suivre.

Photo : Thierry Nectoux

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n° 299

décembre 2021