Journal d’informations locales

Le 18e du mois

novembre 2025 / La vie du 18e

Une start-up installée CHEZ NOS aînés

par Camille Goff

Quand un Ehpad du 18e accueille une entreprise extérieure, une nouvelle dynamique se met en marche.

Des bureaux multigénérationnels au pied du Sacré-Cœur. C’est le projet porté par les Jardins de Montmartre, un Ehpad installé dans ce quartier depuis plus de vingt ans. Géré par le groupe associatif Univi, cet établissement accueille 98 résidents répartis sur six étages. Se détendre dans le jardin de la résidence ou admirer la vue sur la basilique depuis le dernier étage, tel est le quotidien des résidents et du personnel qui en prend soin.

Un quotidien partagé par la start-up Zenior, depuis huit mois maintenant. Du lundi au mercredi, les dix salariés de la société occupent dans l’Ehpad un espace de travail dédié. Cet environnement lui est familier, puisqu’elle accompagne déjà les familles dans la recherche de la solution la plus appropriée pour leurs aînés, via sa plateforme numérique.

Une cohabitation enrichissante

Lorsqu’on entre dans la salle à manger décorée de bois de la résidence, on découvre à la fois la fresque murale de deux danseuses du Moulin Rouge et les salariés concentrés sur leurs écrans. Deux salles, deux ambiances séparées par une porte vitrée transparente et perméable à l’échange. Cassandre Flattin-Richard, directrice de l’établissement depuis six ans, explique qu’au départ son souhait était de faire de cet espace une salle de formation. Un projet porté par Arbitryum, laboratoire d’innovation en gérontologie. C’est lors d’une rencontre avec Alix Zeitlin, co-fondatrice de Zenior, que l’idée de la transformer en espace de travail s’est concrétisée.

En contrepartie, les salariés participent et organisent des activités mensuelles tels que des ateliers cuisine ou des jeux de mémoire. Un contrat où les deux parties semblent gagnantes et qui est cosigné par les familles et les salariés, devant lesquels l’entreprise s’est présentée avant de s’installer.

Pour 500 € par mois, la start-up bénéficie d’une salle pouvant accueillir dix postes de travail et d’espaces communs partagés avec les résidents, en plein cœur de Montmartre.

Au-delà de l’aspect financier, cette opportunité permet à Zenior d’être au plus près de ses clients : les résidents, leurs familles et la structure encadrante. L’entreprise vit et évolue pour et avec « ses vieux » comme les appelle affectueusement Alix. « Le rapport qualité/prix est imbattable et l’expérience humaine incroyable », résume-t-elle. La start-up est d’ailleurs passée de quatre à dix salariés et va bientôt devoir déménager par manque de place. L’appel à candidature est lancé et la directrice de l’Ehpad souhaite « une start-up qui est à l’aise, familière avec l’environnement et souriante ».

Pour convaincre les investisseurs du futur locataire, rien de tel qu’une réunion professionnelle dans la salle à manger au milieu des résidents. Lorsqu’on aborde le sujet avec trois d’entre elles, Maryse, Marie-Louise et Michèle, toutes sont du même avis : elles apprécient les déjeuners en commun, les échanges et de pouvoir observer les salariés au travail, en toute discrétion. « On voit souvent des petits lorsque la famille vient, c’est vivant », explique Maryse.

Un Ehpad ouvert sur l’extérieur

Plus qu’un hébergement pour personnes âgées, Cassandre Flattin-Richard souhaite faire des Jardins de Montmartre un lieu de vie. Chaque année, un programme thématique différent est organisé autour des animaux, de la qualité de vie au travail ou de l’art. Travailler dans cette résidence, c’est travailler au milieu de poules, de chats et de chiens, se faire masser par une professionnelle (ou aussi figurer dans le film Un beau matin avec Léa Seydoux).

Cette année, deux inaugurations ont eu lieu. La première, celle des fresques en trompe-l’œil réalisées par l’atelier Arbelise et inspirées par les quartiers de Montmartre. Accueillis par le Sacré-Cœur à l’entrée et des personnalités célèbres différentes à chaque étage, on hésite entre s’arrêter à la porte de l’étage de Michou sur la scène de son cabaret ou à celui d’Edith Piaf et des notes musicales de « La Vie en rose ». La seconde inauguration, le 14 octobre dernier, celle de son Centre de ressources territorial où une équipe dédiée a pour mission de se déplacer auprès des personnes âgées pour les accompagner dans leur choix de vieillir le plus longtemps possible à domicile.

Malgré le loyer que leur verse Zenior, la situation reste difficile. « 60 à 65 % des Ehpad sont déficitaires » nous apprend Cassandre. Pourtant, elle se trouve chanceuse de pouvoir innover dans son établissement. Entre les cours d’escrime et de ping-pong, la visite des vignes de Montmartre ou des animations relatives aux Jeux olympiques, les activités sont variées, ce qui comble Maryse et Marie-Louise.

Le thème de l’année 2026 a été choisi : le rêve. Celui d’apporter de la vie là où l’on pourrait penser, à tort, qu’elle s’arrête.

Photo : Thierry Nectoux

Dans le même numéro (novembre 2025)

  • Au sommaire

    Faut que ça bouge !

    Que ce soient les riverains de la porte de Clignancourt qui ont réinvesti l’espace public en repeignant les potelets de la rue Letort, les bambins de l’école de mini-basket qui foulent le parquet de l’Arena de la porte de La Chapelle, les seniors de l’Ehpad des Jardins de Montmartre qui côtoient les salariés d'une start-up ou les membres de Mistral AI, fleuron de l’intelligence artificielle qui s’installera rue des Poissonniers en janvier, ils en ont dans le ventre, les bras, la tête et les jambes ! Collectif, sportif, intergénérationnel et attractif, le 18e reste en parallèle toujours aussi engagé. En témoigne le coffee shop Résilience et l'antenne locale d’Urgence Palestine qui poursuit ses différentes actions dans notre arrondissement. Enfin, en cette période automnale, les équipements culturels de notre territoire sont plus que jamais en mouvement eux aussi. La preuve, avec nos cinq pages qui font la part belle aux pièces, expos et festivals des semaines à venir.
  • ça bouge

    Le fleuron français de l’IA choisit le 18E

    Maxime Renaudet
    L’entreprise française Mistral AI, qui rivalise avec les géants américains, va s’installer rue des Poissonniers. Avant son déménagement, on a échangé avec son robot conversationnel.
  • ça bouge

    « Les Nanas » envahissent la rue Letort

    Noël Bouttier
    Fin septembre, une centaine de plots du bas de la rue Letort ont été habillés de façon artistique par des habitants et des enfants. À la manœuvre, une jeune association : Coclico18.
  • ça bouge

    Du basket pour les jeunes pousses

    Violaine Colmet Daâge
    Depuis septembre, une école de mini-basket a ouvert ses portes à l’Adidas Arena. Elle rassemble quelques jeunes fans du Paris basket-ball et souhaite mettre les féminines à l’honneur.
  • Grandes Carrières

    Résilience : c’est fort de café

    Léa Sourribes
    Six mois après son ouverture, le coffee shop Résilience remplit sa mission initiale : proposer aux clients une bonne dose de plaisir sucré, caféiné et… militant.
  • Culture

    dire la parole et la souffrance des paysans

    Cornélie Paul
    La vie infernale des agriculteurs mène parfois au suicide. Une réalité trop souvent oubliée.
  • Les Gens

    Marie-Line Tassius, militante de l’art

    Patrick Mallet
    Fondatrice et animatrice de la galerie Canopy dans le quartier de La Chapelle, Marie-Line Tassius ne conçoit pas un art qui ne s’inscrit pas par des actions dans la réalité sociale.

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N° 348 - mai 2026