Journal d’informations locales

Le 18e du mois

novembre 2025 / ça bouge

« Les Nanas » envahissent la rue Letort

par Noël Bouttier

Fin septembre, une centaine de plots du bas de la rue Letort ont été habillés de façon artistique par des habitants et des enfants. À la manœuvre, une jeune association : Coclico18.

Depuis quelque temps, la porte de Clignancourt n’est pas en grande forme : fermeture du kiosque à journaux, vols à la tire, ventes illégales de cigarettes et autres produits. Plutôt que de se lamenter, une poignée d’habitants du bas de la rue Letort – qui avaient sympathisé au moment du Covid – ont décidé de se prendre en main pour « faire des projets positifs », selon l’expression de l’une de ses animatrices, Sarah Khazindar.

Pour retrouver quiétude et convivialité, le Collectif des habitants du bas Letort a convaincu la municipalité d’élargir les trottoirs en limitant au maximum le stationnement automobile. Cela a permis d’installer des bacs solides fournis par la Ville avec des plantes adaptées à l’urbanité. Des actions ont été menées également à l’angle de la rue Letort et de la place pour que la terrasse du bar-tabac ne soit pas seulement peuplée d’hommes.

Mais pas question d’en rester là ! L’objectif reste le même : améliorer le cadre de vie à proximité d’une porte de Clignancourt peu hospitalière. Une association est constituée début 2025 pour rassembler tous les habitants du secteur, outre ceux du bas Letort. Son nom ? Coclico18 pour « collectif Clignancourt collaboratif ».

Niki à Clicli

L’optique proposée par cette nouvelle association est de « développer un projet artistique et ludique sur l’espace urbain, permettant de développer du lien social », explique Sarah, graphiste de métier. L’idée retenue est toute simple : peindre la bonne centaine de potelets qui ont été installés après le rétrécissement de la chaussée entre la porte de Clignancourt et la rue Championnet.

« Nous nous sommes rapprochés du street artist Le Cyklop qui s’est spécialisé dans ce registre. Nous avons choisi de nous inspirer des thématiques et de l’univers visuel de Niki de Saint-Phalle en mettant des symboles féminins dans un univers très masculin. Le projet s’appelle Les Nanas », précise Sarah. Le coût du projet (matériel plus travail de l’artiste) est estimé à 1 700 €. Coclico 18 a présenté avant l’été un projet devant le conseil de quartier et, avec au moins 80 votes favorables, l’association a décroché une subvention de 1 000 € (le maximum qui peut être accordé dans ce cadre). Le reste a été apporté par les membres de l’association qui n’ont pas hésité à mettre la main au portefeuille.

Un festival de couleurs

Le week-end des 27 et 28 septembre a été le moment choisi pour passer à l’action. Le samedi et le dimanche matin, les adultes ont poncé les plots et peint avec des pochoirs. Et l’après-midi, les enfants sont intervenus. « Nous avions informé les écoles de ce projet, raconte Sarah. Nous avons vu arriver plus de 70 enfants qui ont collé des dessins sur les plots entourant le square. C’était vraiment exceptionnel. Nous avons eu également quelques commerçants qui se sont occupé des plots devant leur boutique. »

Le résultat est assez spectaculaire, avec un festival de couleurs vives et de formes originales qui habillent autrement ce bout de rue qui a bien changé en quelques années. « Les retours sont très positifs. C’est génial, nous disent les habitants », assure Sarah avec un grand sourire.

Nicolas, le patron du bar-restaurant Les initiés, situé au 84 rue championnet, confirme : « Les gens en parlent beaucoup aux terrasses. Certaines tensions s’apaisent. On a envie que cela continue. »

Photo : D.R.

Dans le même numéro (novembre 2025)

  • Au sommaire

    Faut que ça bouge !

    Que ce soient les riverains de la porte de Clignancourt qui ont réinvesti l’espace public en repeignant les potelets de la rue Letort, les bambins de l’école de mini-basket qui foulent le parquet de l’Arena de la porte de La Chapelle, les seniors de l’Ehpad des Jardins de Montmartre qui côtoient les salariés d'une start-up ou les membres de Mistral AI, fleuron de l’intelligence artificielle qui s’installera rue des Poissonniers en janvier, ils en ont dans le ventre, les bras, la tête et les jambes ! Collectif, sportif, intergénérationnel et attractif, le 18e reste en parallèle toujours aussi engagé. En témoigne le coffee shop Résilience et l'antenne locale d’Urgence Palestine qui poursuit ses différentes actions dans notre arrondissement. Enfin, en cette période automnale, les équipements culturels de notre territoire sont plus que jamais en mouvement eux aussi. La preuve, avec nos cinq pages qui font la part belle aux pièces, expos et festivals des semaines à venir.
  • ça bouge

    Le fleuron français de l’IA choisit le 18E

    Maxime Renaudet
    L’entreprise française Mistral AI, qui rivalise avec les géants américains, va s’installer rue des Poissonniers. Avant son déménagement, on a échangé avec son robot conversationnel.
  • ça bouge

    Du basket pour les jeunes pousses

    Violaine Colmet Daâge
    Depuis septembre, une école de mini-basket a ouvert ses portes à l’Adidas Arena. Elle rassemble quelques jeunes fans du Paris basket-ball et souhaite mettre les féminines à l’honneur.
  • La vie du 18e

    Une start-up installée CHEZ NOS aînés

    Camille Goff
    Quand un Ehpad du 18e accueille une entreprise extérieure, une nouvelle dynamique se met en marche.
  • Grandes Carrières

    Résilience : c’est fort de café

    Léa Sourribes
    Six mois après son ouverture, le coffee shop Résilience remplit sa mission initiale : proposer aux clients une bonne dose de plaisir sucré, caféiné et… militant.
  • Culture

    dire la parole et la souffrance des paysans

    Cornélie Paul
    La vie infernale des agriculteurs mène parfois au suicide. Une réalité trop souvent oubliée.
  • Les Gens

    Marie-Line Tassius, militante de l’art

    Patrick Mallet
    Fondatrice et animatrice de la galerie Canopy dans le quartier de La Chapelle, Marie-Line Tassius ne conçoit pas un art qui ne s’inscrit pas par des actions dans la réalité sociale.

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N° 348 - mai 2026