Pour qui a vécu dans le monde paysan, cette pièce de théâtre parle au cœur. Mais elle peut résonner également chez les urbains qui ont compris qu’un drame silencieux se joue souvent dans les campagnes, loin des caméras. Pratiquement deux agriculteurs se suicident par jour en France, plus souvent des éleveurs que des céréaliers.
Dans Tout contre la terre – librement inspirée du livre Tu m’as laissée en vie (éd. Le Cherche midi) écrit par une femme dont le mari agriculteur s’est tué – un jeune paysan rencontre sa très jeune femme, extérieure au monde paysan, sur un site de rencontres (le taux de célibat est très important dans le monde agricole). Il élève des cochons en salariant son frère et en payant un fermage (un loyer) à sa mère.
La pièce raconte les techniques des vendeurs pour inciter à acheter du matériel hors de prix, les usages des assurances (qui ne sont jamais là quand un malheur arrive), l’endettement qui grimpe dangereusement, le prix du cochon qui dégringole, etc. Les quinze heures de travail quotidien ruinent la santé du jeune paysan qui aime la terre, la terre de sa famille et ses cochons. Sous nos yeux, le cycle infernal se déploie, jusqu’à l’issue fatale.
Dans sa note d’intention, Rémi Couturier, l’auteur de la pièce (dans laquelle il joue par ailleurs) écrit : « Je me suis appliqué à traiter avec tendresse ce couple de paysans que sont Camille et Augustin pour que le drame du suicide d’un paysan évoque à chacun la perte d’un être aimé. »
Il poursuit : « Je veux écrire pour que cela serve. Je veux écrire pour servir. Les servir, eux. »
Le résultat est à la hauteur de l’ambition. La pièce n’est jamais un réquisitoire contre les rapaces de l’agriculture. Mais, par les scènes absurdes où l’on ne sait s’il faut pleurer ou rire, elle montre que le suicide dans ce secteur n’est pas un épiphénomène mais le débouché dramatique d’un système agricole qui marche sur la tête.

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