Il y a des règles qui sont faites pour être dépassées : pourquoi n’être que coach de boxe quand on peut vendre des financiers aux fruits de la passion ? Et pourquoi agrémenter des cookies de pépites de chocolat quand on peut les garnir d’un insert, saveur lutte contre les oppressions ? La première devanture est noire, la seconde est rouge vif. Les feuilles des oliviers de la terrasse sont vertes quand elles ne sont pas argentées. C’est comme si Djilani Hamadi et ses sœurs avaient rendu explicite ce qui était déjà limpide. Quand il ne donne pas des cours de muay thaï (1) dans la salle dirigée par Jean-Charles Skarbowsky (voir n° 325), Djilani gère Résilience, un coffee shop ouvert en avril dernier. « J’ai découvert le concept il y a dix ans en Thaïlande, explique-t-il. C’était une nouvelle façon de manger : de bonnes choses dans une bonne ambiance ». Installé en Thaïlande, où il participait à des compétitions de muay thaï, il rentre en France pour enseigner son art puis ouvrir Résilience. Le café par la boxe, la boucle est bouclée.
La justice comme boussole
Si le nom de ce coffee shop est inattendu, il n’est pas du tout anodin puisqu’il fait référence à la résilience « du peuple palestinien depuis 1948 et ces deux dernières années de génocide ». Tout de suite sur la gauche en entrant, un keffieh rapporté de Cisjordanie est posé à côté du livre de photos Gaza I Spy. « Je voulais ouvrir un coffee shop, mais je ne me voyais pas cacher ce que je ressens, juste parce que j’ouvrais un commerce », résume Djilani. Engagé et résistant, c’est comme cela que Djilani se qualifie dans la lutte contre la politique du deux poids, deux mesures : « Je n’ai pas à avoir peur de faire quelque chose de juste. Au final, l’engagement pour la Palestine c’est un engagement pour tout le monde, contre l’oppression en général ».
Militant et fait-maison
La Thaïlande a marqué Djilani : « Là-bas des gens de religions et orientations sexuelles différentes marchent ensemble et c’est ce que l’on retrouve au café ». C’est donc dans une démarche globale que la carte s’est construite.
Les fruits et légumes des tartes figues scamorza et autres cookies framboises viennent principalement d’un primeur engagé du 17e ; le café est sélectionné dans une brûlerie de Montmartre par celui qui, à Bangkok, préférait les chocolats chauds. « On essaie de travailler avec des valeurs, même si on ne peut pas être parfait » analyse Djilani. Des fonds de tarte aux sirops et divers beurres (sésame noir, pistaches…), tout est fait maison.
Ce qui importe aussi, c’est que le coffee shop soit un lieu de vie de quartier. Le 26 octobre dernier, Djilani y organisait un événement dont les bénéfices du café et des artistes présents (dessins, bijoux, friperie…) vont être reversés à une ONG.
Les dimanches sont aussi l’occasion de siroter un mokacahuète tout en dénichant les pièces d’une friperie en résidence hebdomadaire. Pour la suite, le boxeur – qui a fini par apprécier le café – projette un coin épicerie et la mise en place de cafés suspendus.
En tout cas, « c’est un kiff. Peut-être que ça ne va pas marcher mais InshaAllah ça passe, comme depuis le début ».

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