A quelques rues du métro Marx Dormoy, en plein cœur du quartier La Chapelle, l’ENS se fait discrète. Et pourtant, ses portes sont grandes ouvertes à toutes celles et ceux qui ressentent le besoin de les franchir. De la petite enfance aux personnes seniors. L’accueil est chaleureux et enthousiaste. Étudiants et étudiantes se mêlent aux éducateurs sociaux, aux enfants en bas-âge et à ces parents venus apprendre la langue française, comme toutes les semaines depuis le mois d’octobre. Les femmes, en très grande majorité, y acquièrent une meilleure autonomie.
Pendant que les mères apprennent le français, leurs très jeunes enfants qui marchent ou qui courent selon leur énergie matinale, retrouvent les animateurs dans la ludothèque, un espace coloré rempli de jouets et d’activités, spécialement adapté à leurs besoins et leurs envies. Au-delà de la praticité du lieu, la ludothèque est « un véritable élément moteur de l’ENS », estime Arnaud Casse, référent de la ludothèque. Elle s’insère dans le dispositif Bains de langues, mis en place par l’ENS. Un projet inédit à Paris, pensé de manière globale, en incluant parents et enfants.
Multiplier les apprentissages
Les parents eux-mêmes ont insufflé l’idée d’une ludothèque. Et même si les débuts d’années sont souvent synonymes de crises lors de la séparation avec les mamans, Arnaud Casse remarque de grandes améliorations, après plusieurs mois : « Les enfants réussissent à prendre confiance et à développer leur autonomie. Tous les jeux d’éveil et les activités manuelles de la ludothèque leur permettent de s’épanouir, de prendre du plaisir et de développer leurs compétences de sociabilité. » La dizaine d’enfants présents oscillent entre des rires, quelques sauts sur des matelas mous bleus et jaunes, parfois des pleurs passagers mais toujours en tentant de nouvelles expériences. Une façon de les préparer plus sereinement à l’école.
À raison de six heures par semaine, les femmes, habitant le quartier ou un peu plus loin, retrouvent elles aussi une salle d’école un peu particulière. Les mardi, mercredi et vendredi, Hakima Debib, formatrice et professeure sociolinguistique rejoint sa douzaine d’élèves assis en U. Un seul papa compte à l’appel. « Tout le monde s’investit dans les exercices et l’apprentissage, l’implication est très importante et ils sont tous très sérieux », se réjouit-elle. D’emblée, les visages s’illuminent et plusieurs sourires jaillissent.
Valoriser les femmes
« Ça se passe bien ici, très bien même », témoigne timidement l’une d’entre elles. « On apprend toujours plein de choses et on est très bien accueillies, nos enfants aussi », renchérit une autre. Toutes acquiescent. Schéhérazade Daraziz, responsable du centre social, Chahinaz Ouziala, en charge du centre sociolinguistique et Hakima félicitent Fatou pour l’obtention de son premier diplôme initial en langue française (DILF), niveau B1. Fatou espère déjà décrocher le suivant.
La vraie plus-value de la formation est aussi la mise en valeur et en autonomie des femmes. « Nous sommes un véritable laboratoire du travail social, souligne Schéhérazade. Notre dispositif est reconnu mais pas toujours à la hauteur de l’impact que l’on peut avoir sur ces femmes et leur vie. On accompagne des personnes issues de populations immigrées, qui ne sont pas bien considérées dans notre société et qui arrivent en France avec une culture propre, où la place de la femme est différente. » Toutes apprennent à redéfinir leurs priorités. Elles ne sont pas seulement des mères mais aussi et avant tout, des femmes. Avec le temps, elles comprennent que cette formation leur permettra d’être autonomes dans la société et bénéficiera aussi à leurs enfants. Les responsables l’assurent, elles observent de vrais changements chez ces femmes, grâce à leur « travail de fine couture ». Ici, malgré un cadre et des règles à respecter, la bienveillance est primordiale. Chaque personne à l’ENS est au même niveau : l’apprenante est réellement considérée et les liens avec les accompagnants se tissent naturellement.

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