Journal d’informations locales

Le 18e du mois

avril 2026 / La Chapelle

la famille et les femmes au centre d’un projet social

par Alice Breton

Avec le dispositif Bains de langues, l’Ecole normale sociale (ENS) permet aux parents issus de populations immigrées d’apprendre le français, pendant que les enfants profitent d’une ludothèque adaptée.

A quelques rues du métro Marx Dormoy, en plein cœur du quartier La Chapelle, l’ENS se fait discrète. Et pourtant, ses portes sont grandes ouvertes à toutes celles et ceux qui ressentent le besoin de les franchir. De la petite enfance aux personnes seniors. L’accueil est chaleureux et enthousiaste. Étudiants et étudiantes se mêlent aux éducateurs sociaux, aux enfants en bas-âge et à ces parents venus apprendre la langue française, comme toutes les semaines depuis le mois d’octobre. Les femmes, en très grande majorité, y acquièrent une meilleure autonomie.

Pendant que les mères apprennent le français, leurs très jeunes enfants qui marchent ou qui courent selon leur énergie matinale, retrouvent les animateurs dans la ludothèque, un espace coloré rempli de jouets et d’activités, spécialement adapté à leurs besoins et leurs envies. Au-delà de la praticité du lieu, la ludothèque est « un véritable élément moteur de l’ENS », estime Arnaud Casse, référent de la ludothèque. Elle s’insère dans le dispositif Bains de langues, mis en place par l’ENS. Un projet inédit à Paris, pensé de manière globale, en incluant parents et enfants.

Multiplier les apprentissages

Les parents eux-mêmes ont insufflé l’idée d’une ludothèque. Et même si les débuts d’années sont souvent synonymes de crises lors de la séparation avec les mamans, Arnaud Casse remarque de grandes améliorations, après plusieurs mois : « Les enfants réussissent à prendre confiance et à développer leur autonomie. Tous les jeux d’éveil et les activités manuelles de la ludothèque leur permettent de s’épanouir, de prendre du plaisir et de développer leurs compétences de sociabilité. » La dizaine d’enfants présents oscillent entre des rires, quelques sauts sur des matelas mous bleus et jaunes, parfois des pleurs passagers mais toujours en tentant de nouvelles expériences. Une façon de les préparer plus sereinement à l’école.

À raison de six heures par semaine, les femmes, habitant le quartier ou un peu plus loin, retrouvent elles aussi une salle d’école un peu particulière. Les mardi, mercredi et vendredi, Hakima Debib, formatrice et professeure sociolinguistique rejoint sa douzaine d’élèves assis en U. Un seul papa compte à l’appel. « Tout le monde s’investit dans les exercices et l’apprentissage, l’implication est très importante et ils sont tous très sérieux », se réjouit-elle. D’emblée, les visages s’illuminent et plusieurs sourires jaillissent.

Valoriser les femmes

« Ça se passe bien ici, très bien même », témoigne timidement l’une d’entre elles. « On apprend toujours plein de choses et on est très bien accueillies, nos enfants aussi », renchérit une autre. Toutes acquiescent. Schéhérazade Daraziz, responsable du centre social, Chahinaz Ouziala, en charge du centre sociolinguistique et Hakima félicitent Fatou pour l’obtention de son premier diplôme initial en langue française (DILF), niveau B1. Fatou espère déjà décrocher le suivant.

La vraie plus-value de la formation est aussi la mise en valeur et en autonomie des femmes. « Nous sommes un véritable laboratoire du travail social, souligne Schéhérazade. Notre dispositif est reconnu mais pas toujours à la hauteur de l’impact que l’on peut avoir sur ces femmes et leur vie. On accompagne des personnes issues de populations immigrées, qui ne sont pas bien considérées dans notre société et qui arrivent en France avec une culture propre, où la place de la femme est différente. » Toutes apprennent à redéfinir leurs priorités. Elles ne sont pas seulement des mères mais aussi et avant tout, des femmes. Avec le temps, elles comprennent que cette formation leur permettra d’être autonomes dans la société et bénéficiera aussi à leurs enfants. Les responsables l’assurent, elles observent de vrais changements chez ces femmes, grâce à leur « travail de fine couture ». Ici, malgré un cadre et des règles à respecter, la bienveillance est primordiale. Chaque personne à l’ENS est au même niveau : l’apprenante est réellement considérée et les liens avec les accompagnants se tissent naturellement.

Photo : Dominique Dugay

Dans le même numéro (avril 2026)

  • Dossier

    Le vinyle à nouveau dans les bacs

    Julia Hanriot, Melissa Gardelle, Swan Seng
    À l’occasion du Disquaire Day (Record Store Day pour sa version anglosaxone) organisé le 18 avril pour soutenir les disquaires indépendants dans plus de 90 villes, les boutiques participantes mettent en vente des disques en édition limitée ainsi que des rééditions et des disques diffusés en avant-première. Les disquaires accueillent également des artistes pour des concerts live en magasin. Nous avons parcouru le 18e pour mettre en valeur nos disquaires indépendants.
  • Dossier

    Le MILA, une pépinière de jeunes talents

    Jean-Marie Petesch
    Entre la porte de Clignancourt et Jules Joffrin, un petit quartier recèle de jeunes entreprises musicales. Ce marché indépendant des labels MILA est important dans la vie culturelle de notre arrondissement et pourtant peu connu.
  • Dossier

    La carte interactive des disquaires du 18e

    Myriam Giffard
    Dans le cadre de ce dossier sur les disquaires indépendants de notre arrondissement, une carte interactive a été réalisée par Myriam Giffard.
  • Dossier

    La playlist des disquaires

    Nous avons demandé aux disquaires du 18e leurs morceaux préférés, que nous avons compilés dans une playlist. De nombreux autres titres sont à écouter sur Spotify
  • Au sommaire

    « Disquaires day » : à vos platines !

    Depuis quinze ans en France, le Disquaire Day met à l’honneur le vinyle et la musique de nos boutiques indépendantes. Celles-ci regorgent de pépites : des artistes underground, des titres méconnus, des arrangements détonants. Nous avons rencontré sept disquaires indépendants, mais l’arrondissement en cache bien d’autres. Le 18 avril, ouvrez vos écoutilles et plongez dans cet univers riche et complexe ! Retour sur les municipales et un mode de scrutin inédit. Comment ont voté les habitants du 18e ? Tous les quartiers sont-ils à l’unisson ? Pas vraiment. Découvrez les chiffres du pire et du meilleur score des différentes formations politiques. Pour l’occasion, nous avons aussi choisi de dévoiler quelques secrets sur l’histoire de la mairie, la Maison du peuple. L’actualité est restée riche : Escrime ParisNord est menacé, la Soupe de nuit dispose désormais d’une salle de restaurant, la première Fête des solidarités contre le racisme et le fascisme a pris ses quartiers sur l’esplanade Nathalie Sarraute et l’Atelier musical multiplie les scènes.
  • Municipales

    Second tour : deux votes pleins de paradoxes

    Noël Bouttier
    Les électeurs se sont appropriés, dès le premier tour, le nouveau mode de scrutin et ont voté de manière plus variée à l’échelle locale.
  • Municipales

    Nouveau mode de scrutin : exercice plutôt réussi

    Danielle Fournier
    Les électeurs se sont appropriés, dès le premier tour, le nouveau mode de scrutin et ont voté de manière plus variée à l’échelle locale.
  • LA VIE DU 18E

    Unis contre le racisme et le fascisme

    Auriane Lebert
    Une fête des solidarités antiraciste et antifasciste s’est tenue devant la Halle Pajol, la veille des élections. L’occasion de fédérer les différents collectifs et les habitants autour de cette lutte.
  • LA VIE DU 18E

    Plus qu’un repas, une soupe de nuit

    Sylvie Chatelin
    Tous les soirs, deux cents personnes s’attablent pour un repas chaud servi par la Soupe de nuit dans une toute nouvelle salle de restaurant de la rue des Poissonniers.
  • Le 18e vu par...

    Ricardo Suanes, en première ligne pour préserver notre patrimoine

    Ismaël Bouttier
    Chaque mois ou presque, une personnalité habitant ou travaillant dans notre arrondissement raconte ici sa vie dans son quartier.
  • Sport : Les étoiles du 18e

    Escrime : ParisNord en sursis

    Violaine Colmet Daâge
    Malgré d’excellents résultats sportifs, le jeune club Escrime ParisNord pourrait déposer le bilan d’ici quelques mois. Une pétition a été lancée.
  • Histoire

    Chronique d’une maison du peuple

    Danièle Premel
    Si les pierres de la mairie du 18e arrondissement pouvaient parler, elles nous transporteraient au cœur de deux siècles d’histoire, de luttes, de fêtes et de rêves partagés.
  • Les gens

    Erik Truffaz, un jazzman au pied de la Butte

    Yvan Amar
    Dandy désinvolte, profil altier et chapeau inamovible, le trompettiste de jazz et compositeur Erik Truffaz plaît aux puristes. Il intègre aussi des sons électroniques et des rythmiques qui séduisent un public jeune et enthousiaste.

En kiosque

N° 351 - septembre 2026