La prochaine saison devrait être assurée », avance prudemment Renée Brunner. Le président du club Escrime ParisNord, situé en fond de cour au 64-66 rue Hermel, n’est pas serein. Asphyxiée par une dette contractée au lancement du club en 2019, quelques mois avant le début de la crise du Covid-19, mais aussi par un loyer prohibitif de 70 000 euros par an, l’association sportive a annoncé début mars, en pleine campagne électorale pour les municipales, être contrainte de déposer le bilan. Une annonce brutale qui a suscité de vives réactions et indignations des politiques et habitants du quartier et permis d’ouvrir des négociations indispensables à sa survie.
Devant la fronde, la Régie immobilière de la Ville de Paris (RIVP), propriétaire des locaux, a proposé une première conciliation, offrant la suppression de la moitié des dettes et une réduction de 10 % du loyer. Une offre malheureusement insuffisante que le président a dû décliner. Quelques jours plus tard, une nouvelle proposition incluant une offre de réduction plus conséquente et rétroactive du loyer semblait dégager à court terme l’horizon du club, sans assurer totalement sa pérennité financière. « Actuellement, nous payons 6 000 euros par mois de loyer. Ce tarif correspond à celui d’un bail commercial, alors que le local se situe en fond de cour, dénonce René Brunner. En outre, Escrime ParisNord perçoit pour toute subvention une enveloppe de 5 000 euros par an, quand d’autres associations obtiennent 60 000 euros ! Nous avons le sentiment de ne pas avoir été soutenus par la Mairie. » Une critique déjà formulée il y a un an par un autre club d’escrime situé dans le 12e arrondissement. En proie à de grandes difficultés financières, l’US Metro avait alors déploré auprès de nos confrères de France 3 Régions que les moyens soient aujourd’hui principalement dirigés vers des sports plus rentables, comme le MMA ou le crossfit, au détriment d’autres, tels que l’aviron, l’aïkido ou l’escrime.
Pour envisager son avenir, c’est donc auprès de centres mieux dotés que l’association Escrime ParisNord a, un temps, envisagé son repli. « Les clubs d’escrime demandent de grands locaux, car il nous faut des pistes de
15 mètres de long. Il nous faut trois
fois plus de place que le karaté par exemple. »
Le soutien d’anciens escrimeurs
Des locaux d’autant plus difficiles à trouver qu’avec deux salariés le club ne peut prétendre à un bail associatif. Selon René Brunner, le Racing Club de France, implanté dans le 7e arrondissement, dispose gracieusement d’un gymnase, en plus de subventions plus généreuses. Une fusion avec leur section escrime lui permettrait de disposer de moyens plus conséquents et lui assurerait une viabilité financière. Problème : déménager hors du 18e pénaliserait principalement les enfants de l’arrondissement.
Le club compte aujourd’hui 220 adhérents, dont 170 jeunes. « Le club prête le matériel, apprécie Sabine Blom, dont le fils Étienne pratique l’escrime au club depuis quatre ans. Les enfants grandissent vite et d’une année sur l’autre, il faut changer de fleuret. » Un investissement initial lourd pour le club mais qui a permis à de nombreux enfants de s’essayer à la pratique. « Nous avons tous été très choqués de la nouvelle, poursuit Sabine. C’est un club que nous apprécions tous. Les enfants étaient particulièrement tristes. D’anciens escrimeurs ont apporté leur soutien. Cela serait une grosse perte si le club venait à fermer. » Avec d’autres parents, la mobilisation a tout de suite pris. « Beaucoup ont contacté les élus, d’autres tentent de trouver de nouveaux moyens de financement. Une quinzaine voire une vingtaine de parents ont tout de suite réagi », rapporte-t-elle. Elle-même a mis en ligne une pétition, qui, en deux semaines, a récolté plus de 1 100 signatures.
Des résultats remarquables
Il faut dire que le club ne passe pas inaperçu dans le paysage de l’escrime français. En à peine sept ans d’existence, il se place déjà en compétition dans le peloton de tête. Les plus âgés ont atteint la Nationale 1 en deux ans, et font ainsi partie des douze meilleurs clubs de France. Malgré l’absence de moyens. « Habituellement, le club participe aux frais de transport ou au logement pour les compétitions. Nous n’en avons pas les moyens et les joueurs (généralement étudiants) doivent tout prendre en charge », regrette René Brunner. Malgré tout, le club dispose d’une vraie qualité d’enseignement, avec deux maîtres d’armes* chevronnés pour assurer les cours.
Parmi eux, l’escrimeur français Laurent Bel, champion du monde et d’Europe des vétérans en 2017, plusieurs fois médaillé au fleuret en équipe ou en individuel aux Championnats du monde et double champion de France en équipe. « Ils ne sont pas payés à la hauteur de leurs compétences », soupire encore le président du club.
Parents et enfants sont conscients de leur investissement. « J’apprécie particulièrement leur maître d’armes, Laurent. Il s’occupe bien des enfants, qu’ils aiment la compétition ou qu’ils ne souhaitent pas forcément en faire, explique Sabine. Il leur donne confiance en eux, reste très bienveillant. Les enfants sont très respectueux des règles du club, entre eux et avec les autres clubs en compétition. Il règne un très bon esprit. »
Preuve de leur attachement : son fils Etienne, 9 ans, a lui aussi pris sa plume pour écrire au maire Eric Lejoindre et défendre le club.
Espérons que sa missive ne restera pas lettre morte.

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