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octobre 2021 / La vie du 18e

Géologie : sous nos pieds, 40 millions d’années [Article complet]

par Sylvie Chatelin

La géologie du sous-sol de notre arrondissement se retrouve, en partie, dans ses monuments, ses trottoirs, ses fontaines et dans son architecture.

Le dernier-né de la collection Balade géologique des éditions Biotope, petit livre d’une trentaine de pages, illustré de cartes géologique, de schémas et de nombreuses photos, nous promène, dessus-dessous, de la porte de Clignancourt au Sacré-Cœur.

Il nous rappelle tout d’abord que la grande caractéristique de notre arrondissement, c’est le gypse, dont l’exploitation, avérée depuis l’Antiquité romaine, culmine pendant l’Empire pour s’arrêter en 1860. C’est dans ces carrières – désormais partiellement comblées – que Cuvier (1769-1832), anatomiste et paléontologue au Muséum national d’histoire naturelle, découvrit les restes fossilisés d’un mammifère semblable à un petit marsupial vivant actuellement en Amérique du Sud. Signe qu’il y a 40 millions d’années, époque où le gypse s’est déposé, le climat qui régnait sur le bassin parisien était tropical, chaud et humide. Fragile et friable, le gypse est peu utilisé comme pierre de construction mais, chauffé, il se déshydrate et se transforme en plâtre, énormément utilisé dans les immeubles parisiens, à tel point qu’on a pu dire qu’« il y a plus de Montmartre dans Paris que de Paris dans Montmartre ».

La toponymie de plusieurs rues, des Saules, de l’Abreuvoir, du Ruisseau et de la Bonne (eau) témoigne quant à elle, principalement sur le côté nord de Montmartre, de la présence d’eau, de zones humides et de nombreuses sources qui alimentaient autrefois la Butte. Elles ont commencé à disparaître dès le XIXe siècle avec le creusement des galeries d’extraction du gypse.

Le calcaire qui se lave tout seul

Autre enseignement, plusieurs types de calcaires, d’âge géologique et de provenance différents, sont visibles dans l’arrondissement. Le calcaire de Saint-Ouen, première couche calcaire sous les formations de gypse, constitue le fond de la tranchée de la Petite-Ceinture, le calcaire lutétien, ou pierre de l’Oise, a, quant à lui, été très utilisé dans les immeubles haussmanniens et pour l’édification de la Mairie tandis que le calcaire de Comblanchien, désormais extrait au sud de Dijon, est utilisé pour le sol des constructions parisiennes depuis le XIXe siècle. Extrait au sud de Fontainebleau, le calcaire de Château-Landon est le plus visible, il domine la butte Montmartre car c’est lui qui donne sa couleur blanche au Sacré-Cœur. Il a en effet la particularité d’être auto-lavant à l’eau. Toutes les parties exposées à la pluie restent blanches tandis que les zones protégées par des encorbellements noircissent à cause de la pollution, c’est ce qui explique ces trainées noirâtres que l’on voit sur la basilique.

A remarquer, place du Tertre, les bordures des trottoirs sont en calcaire lacustre, formé à l’Oligocène soit il y a environ trente millions d’années et non pas en granite comme partout à Paris. Et dans l’église Saint-Pierre de Montmartre, une colonne en grès molassique (qui durcit à l’air) avec des fossiles d’huîtres, unique à Paris. La balade géologique ? Une autre manière de (re)découvrir des lieux connus !

Dans le même numéro (octobre 2021)

  • Le dossier du mois

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    Une ville plus aérée, plus accessible, plus verte favorisant la qualité de vie des habitants tout en luttant contre le réchauffement climatique... il y a loin du discours officiel aux actes ! Des jardins remplacés par des immeubles ou interdits au public par la présence de toxicomanes, un centre de distribution de colis dans un quartier déjà congestionné : seule la mobilisation des riverains et militants peut faire barrage à ces projets.
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    Dominique Gaucher
    En raison d’un coût exorbitant, le projet de rénovation est abandonné et doit être remplacé par un autre, au budget plus étroit, élaboré en concertation avec les acteurs publics.
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    Riquet évacué, riverains soulagés, mais Paris pas libéré. Une nouvelle fois, les usagers de drogues sont déplacés, sans qu’une solution d’accueil soit réellement mise en place.
  • La vie du 18e

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  • La vie du 18e

    Basiliade : une escale pour reprendre sa route

    Stéphane Bardinet
    L’association Basiliade met en service des appartements en colocation dans le 18e. Le projet, monté avec l’aide de la Mairie de Paris, donne un toit à des jeunes migrants marginalisés dans leur pays d’origine et qui sont passés par une période de grande précarité sur notre territoire.
  • La vie du 18e

    Jardin contre béton, une lutte inégale

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    Un petit ilôt de verdure menacé de destruction au mépris de la qualité de vie des riverains.
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    Un centre de distribution de colis projetait de s’installer rue Désiré Ruggieri. Les riverains se sont mobilisés contre le projet. La demande de permis de construire a finalement été rejetée.
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    Coop cité : vivre le monde autrement

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    La Villa des créateurs est une coopérative d’entrepreneurs qui s’est donné pour mission de favoriser le faire-ensemble, d’associer intérêt particulier et collectif, afin de créer une cohésion autour du territoire environnant la place de Clichy.
  • Évangile-Charles Hermite

    La Maison Bakhita, un nouveau centre pour les migrants

    Dominique Boutel
    A l’initiative du diocèse de Paris, les locaux de l’école du Sacré-Cœur sont devenus, sur trois étages, un centre de ressources consacré à l’accueil des migrants.
  • Goutte d’or

    Clarisse Hahn et les « princes » de Barbès

    Monique Loubeski
    Lors des récentes rencontres photographiques d’Arles le travail de Clarisse Hahn, « Princes de la rue », a été très remarqué. Ses modèles : des vendeurs de cigarettes à la sauvette campés sous le métro aérien.
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    Soldats américains, les dessous de la libération

    Annick Amar
    Quelques mois après l’accueil enthousiaste réservé par les Parisiens aux libérateurs venus d’outre-Atlantique, les relations avec les habitants se dégradent, faisant place à la défiance et à la colère. En cause, certains graves écarts de conduite des G.I.’s. Dans le 18e, les anciens Grands Magasins Dufayel ont servi de camp d’hébergement aux soldats américains.
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    L’instinct casanier et l’esprit voyageur

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    Reconnu comme expert de l’affiche, Alain Weill a multiplié les activités et les expériences, redoublant toujours de curiosité et d’érudition. Il vient de publier un ouvrage remarquable sur l’art africain.

n° 297

octobre 2021