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juin 2016 / L’actu du mois

Ces rixes entre préadolescents qui n’en finissent pas à la chapelle

par Nadia Djabali

Entre Éole et Pajol, des bandes d’enfants entre 11 et 15 ans se bagarrent violemment. Institutions, associations et parents se mobilisent pour faire cesser ces affrontements dangereux.


Cela fait un peu plus d’un an que cela dure. L’automne dernier, le phénomène quasi quotidien se déroulait en fin de journée ou le week-end. Il s’est depuis légèrement tassé. Des rixes souvent très violentes opposent des jeunes du 18e et du 19e arrondissement, pour la plupart des collégiens entre 11 et 15 ans. Des petits de 9 à 10 ans, emmenés par leurs grands frères, sont postés à l’arrière pour ne pas prendre de coups et observent les hostilités. Pendant un temps, même les filles s’y sont mises, provoquant des bagarres exclusivement féminines. Mais ces dernières n’ont plus cours actuellement. Le théâtre des opérations : les rues Riquet, Pajol, du Département. Dans un quadrilatère qui s’étend des jardins d’Éole à la halle Pajol, un espace à la jonction des 18e et 19e. Mais cela peut déborder vers la rue de l’Évangile ou de La Chapelle. En avril dernier, sept rassemblements ou rixes ont eu lieu. Le 1er avril, un groupe d’une vingtaine de personnes armées de bâtons a été dispersé par les forces de l’ordre. Le 6 avril, une quinzaine de jeunes se sont roués de coups de bâton et aspergés de gaz lacrymogène. Le 27 avril, ils étaient une vingtaine pour une baston rue du Département.

Une situation très inquiétante

Les rassemblements se mettent en place très rapidement via les réseaux sociaux, qui sont depuis quelque temps surveillés par la préfecture. Durant les bagarres, les enfants se tapent dessus avec des bouts de bois, dont certains sont munis de clous, des barres de fer, des élastiques pris sur les corbeilles de rue, des bombes lacrymogènes et même un sabre… Les rixes sont tellement violentes que peu d’adultes osent intervenir. Les mômes se donnent rendez-vous, se tapent dessus et rentrent manger comme si rien ne s’était passé. S’ils ne sont pas balafrés ou s’ils n’ont pas été arrêtés par la police, les parents ne peuvent pas savoir. Et ceux qui ont été convoqués au commissariat ont vu le ciel leur tomber sur la tête. Les parents viennent récupérer les enfants bien amochés mais personne ne veut porter plainte. Ces affrontements ont causé des blessés et mis un enfant dans le coma. En mai, une rumeur faisant état d’un enfant tué, aussitôt démentie par le commissariat du 18e, s’est propagée dans le quartier La Chapelle. La situation est suffisamment inquiétante pour que tout le monde prenne l’affaire très au sérieux : les mairies du 18e et du 19e, la préfecture de police, le procureur de la République, les clubs de prévention, les associations et même les parents. Ces derniers, soutenus par les associations Les Enfants de la Goutte d’Or (côté 18e) et Vivre ensemble Maroc Tanger (côté 19e) en sont à leur deuxième marche silencieuse pour signifier aux enfants que ces rixes ne peuvent pas durer.

Un phénomène très récent

Au départ, les acteurs institutionnels et associatifs se sont sentis déroutés face à ce phénomène très récent. Personne n’avait jamais vu des enfants aussi jeunes se battre comme ça. Dans le lot, on trouve de bons élèves, qui ne posent pas de problèmes par ailleurs. Autre point assez déconcertant : les raisons de ces affrontements réguliers restent obscures. Quand on interroge un gosse sur pourquoi il se bat, il ne le sait pas lui-même..... (Lire la suite dans le numéro de juin 2016)


Photo : © Nadia Djabali

Dans le même numéro (juin 2016)

n° 281

avril 2020