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septembre 2023 / Montmartre

Halle Saint-Pierre, le musée d’art brut en danger

par Sandra Mignot

La Halle Saint-Pierre en danger ? Des élus parisiens, présents au conseil d’administration de la structure culturelle ont sonné l’alerte fin juin. La subvention attribuée à ce lieu d’exposition consacré à l’art brut diminue depuis deux années consécutives.

40 000 € de moins cette année et 20 000 € de moins en 2022. « Or nous sommes comme tout le monde soumis à l’inflation et nos coûts augmentent : masse salariale, transport des œuvres...  », souligne Martine Lusardy, directrice des lieux. Cette spécialiste de l’art brut peut certes s’enorgueillir que les subventions ne représentent que 20 à 40 % de son budget. « Le reste ce sont nos fonds propres et principalement les entrées. »

Mais la dernière rénovation du bâtiment date de 1986. « Il y a de vrais besoins au niveau du bâti, qui appartient à la Ville et les travaux sur la structure ne sont pas faits, l’isolation pose problème, la porte d’entrée n’est pas aux normes...  » Organiser des évènements privés pourrait constituer une ressource supplémentaire. Mais l’équipe n’y est pas favorable. « Ceux qui nous prêtent des œuvres ne le font pas pour que nous organisions des mondanités au milieu de créations parfois fragiles et ce n’est pas notre vision de la culture », souligne la directrice. Quant au mécénat : "L’art brut est peu valorisant pour les mécènes même si nous sommes parvenus à rendre visible une culture alternative....

Le nombre d’expos critiqué

Pour l’adjointe à la culture de Paris, Carine Rolland, également conseillère (PS) du 18e, la baisse du nombre d’expositions organisée par la Halle est un souci. « Sur nos deux niveaux nous avons pourtant organisé 170 expos en 28 ans », défend Martine Lusardy, incluant dans ce calcul les expositions d’ampleur plus restreinte (en nombre d’œuvres et surtout en durée) installées en rez-de-chaussée. « Tous les mois nous organisons également des conférences gratuites. Nous avons une vraie réflexion culturelle, sociale, philosophique et éthique sur l’accès à la culture que l’on propose.  » Et de souligner le lancement de deux nouvelles expositions d’ampleur le 20 septembre (lire page 21). « Par ailleurs quand les expos s’installent sur une longue durée c’est aussi parce que des œuvres viennent de loin et que leur transport coûte de plus en plus cher. Il faut rentabiliser ce poste de dépense. »

Carine Rolland a également signalé lors du dernier Conseil de Paris qu’il y avait « un effort à faire en direction du milieu scolaire ». Des élèves sont pourtant accueillis durant les vacances. Elle a enfin rappelé qu’un plan pluriannuel de travaux avait été arrêté par la Mairie, notamment sur la structure Eiffel sous laquelle « il fait froid l’hiver et chaud l’été ». Sans donner davantage de détails.

Cela sera-t-il suffisant ? Les deux parties ont en tout cas rendez-vous en septembre pour discuter de l’avenir du lieu et de ses 16 salariés. Car Martine Lusardy ne cache pas sa crainte : « Notre convention s’achève en 2025, sera-t-elle reconduite ? Serons-nous mis en concurrence avec d’autres projets ? » La question au fond est donc bien posée sur la pérennité de ce lieu consacré à l’art brut. •

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n° 323

février 2024