Il fait beau en ce début septembre. Mais peu importe, comme tous les dimanches après-midis, les Tibétains d’Île-de-France se retrouvent aux Jardins d’Éole. Un pique-nique géant s’improvise sous l’ombre des arbres qui ont du mal à accueillir les centaines de participants, venus en famille ou par petits groupes. On quitte les chaussures – ou pas – pour s’installer sur la grande passerelle basse en bois qui longe les jeux, pris d’assaut par de nombreux jeunes enfants. Assis en tailleur, des hommes jouent aux cartes, aux dés, avec un plateau et un gobelet en bois et misent avec des cauris, des petits coquillages. De grandes exclamations ponctuent les échanges et sur les visages alternent sérieux et éclats de rire. Les femmes ont monté sur de toutes petites tables basses des mini-étals où on peut venir s’approvisionner en beignets de diverses formes, manger des « bouta », petites boules de pâte collante qu’on trempe dans un verre rempli de sauce qui lui donne un peu de goût. Partout, de grands bidons isothermes permettent de boire du thé.
Danser ensemble pour garder ses racines
Depuis septembre 2022, à l’initiative de l’association Khata Karpo et d’un exilé tibétain arrivé d’Inde, on danse ! C’est la communauté qui s’organise. Une musique s’échappe du centre de l’amphithéâtre des Jardins d’Éole et peu à peu les danseurs de tous âges s’installent en un cercle qui tourne en rythme. Des femmes en longue robe soyeuse, quelques hommes avec une veste brodée de motifs colorés, des enfants : tous participent dans une chorégraphie collective improvisée. On se filme, on fait des photos de ces scènes, échos d’un pays lointain, on s’interpelle et on dialogue en tibétain, parfois on chante.
En France, en 2024, on compte environ 10 à 15 000 Tibétains réfugiés, principalement installés à Paris et en région parisienne. Depuis 1959, plusieurs dizaines de milliers de Tibétains se sont exilés en Inde, où se sont installés le gouvernement tibétain en exil et leur chef spirituel, le Dalaï-Lama. C’est alors que la France reçoit ses premiers réfugiés tibétains, après l’incorporation forcée du Tibet à la République populaire de Chine. Cet exil s’est poursuivi et d’autres exilés sont arrivés, au détour des années 2005/2008. « Les lieux de la communauté se diversifient avec le quartier Stalingrad-La Chapelle et les Jardins d’Eole, où les restaurants se multiplient, de même que certaines communes de la Petite Couronne voient les familles se regrouper, remarque Hélène Dorseuil, fondatrice en 2017 de l’association Khata Karpo. Des “écoles du dimanche” sont même instituées pour que les enfants nés et scolarisés en France puissent apprendre et conserver l’usage de la langue tibétaine ».
C’est bien la culture qui soude cette communauté ayant fui son pays pour des raisons de Droits de l’homme. Dans notre arrondissement, elle est en tout cas bien déterminée à conserver vivantes les valeurs et la culture du Tibet, de plus en plus menacées dans leur pays.

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