Comment est née chez vous l’idée de fonder une Maison des médias libres ?
Au départ, il y a eu des discussions assez approfondies avec François Gèze, l’ancien patron des éditions La Découverte, avec qui j’ai beaucoup sympathisé. Petit à petit, j’ai commencé à aider les médias puis j’ai eu cette idée que j’ai confrontée avec lui et ce projet de Maison des médias libres est né.
Pourquoi avoir choisi le 18e arrondissement et le 70 boulevard Barbès pour y implanter la Maison des médias libres ?
Objectivement, on voulait que ça se passe dans un quartier dit « populaire » mais ce n’est peut-être pas le bon terme. Après, c’est une négociation avec la Ville de Paris car c’est elle qui vend le lieu. Donc il y a eu de très très longues discussions depuis de très nombreuses années. On avait failli gagner l’appel à projet « Réinventer Paris » qui était plutôt à Charonne, mais finalement ce sera le 70 boulevard Barbès. Ça semble être un bon arrondissement pour tous les gens qui vont être dans cette Maison des médias libres et ça correspond à l’esprit de ce que tout le monde voulait qu’on incarne. S’installer boulevard Barbès, c’est porteur de symbolique et j’aime beaucoup les symboles.
Que contiendra concrètement ce lieu ?
On va y trouver à peu près 4 500m2, un peu plus de 300 postes de travail pour différents médias et maisons d’édition, une grande salle de débat de plus de 200 personnes et des studios d’enregistrement assez sophistiqués. Au-delà de ce qu’on y trouvera, le but c’est qu’on puisse aussi y accueillir un maximum de public et que ça devienne un lieu de vie, un lieu d’information pluraliste et libre, et un lieu en communication le plus possible avec les gens qui vivent dans cet arrondissement et autour du 70 boulevard Barbès.
Sera-t-elle aussi orientée vers l’éducation aux médias ?
Oui, je pense que c’est un thème qu’on va essayer de porter. Mais je me rends compte que tant qu’on n’est pas sur place et que rien n’a commencé, on a beaucoup de mal à se projeter. Mais oui, bien sûr, c’est l’objectif aussi.
Justement, comment ce lieu va-t-il être piloté ?
Il y a un pilotage tripartite avec les médias dont Agnès Rousseaux, directrice de La Vie ouvrière et Augustin Naepels, le directeur financier et cofondateur des Jours, sont les deux vecteurs les plus importants. Il y a aussi la Foncière solidaire Bellevilles et moi.
Mais vous ne participerez pas au pilotage interne ?
Financièrement j’aide beaucoup, mais j’ai également créé il y a cinq ans un fonds de dotation pour les personnes exilées et on ne peut pas être juge et partie. Donc je veux que ce soient bien les médias qui s’autogèrent et ne surtout pas reproduire ce que les autres investisseurs français font quand ils achètent des médias.
En parlant d’argent, quel va être le modèle financier de ce lieu ?
C’est assez compliqué, donc on verra ensuite la structure financière finale. Là, on approche du moment où on va signer l’acte final avec la Ville de Paris, donc on est dans la dernière ligne droite. Je pense que ce sera fait avant la fin d’année.
Dernière ligne droite qui intervient à un moment politiquement important, comme vous l’expliquez dans votre livre Sauver l’information de l’emprise des milliardaires, publié aux éditions Payot en mai dernier.
Oui, et d’ailleurs, on l’a coécrit avec Vincent Édin au moment où j’ai signé la promesse d’achat il y a environ un an avec la Ville de Paris. La sortie du bouquin et la Maison des médias libres forment un ensemble, c’est ce que je pouvais essayer d’apporter de plus à cette cause. Sans oublier que j’ai énormément aidé de médias gauches depuis une dizaine d’années, quand j’ai arrêté mon métier d’industriel et que je suis devenu thérapeute. Je suis très lié à cette formule d’Hannah Arendt qui dit que, dans une démocratie, les trois choses les plus importantes sont la liberté des médias (presse, édition), la science (je suis un ingénieur) et la justice. Bon, la justice je ne pouvais pas faire grand chose mais j’avais l’impression que je pouvais porter un combat pour la presse et l’édition.
Comment des médias locaux, qui ont une visibilité et des moyens restreints, peuvent avoir leur place dans cette Maison des médias libres ?
Il faut qu’ils s’inscrivent et qu’ils viennent aux réunions.
Nous avons été informés de la fermeture du centre d’hébergement d’urgence du 70 boulevard Barbès (voir page 13). Que pouvez-vous nous en dire ?
Je ne suis pas ce problème de très près, mais j’ai demandé qu’on agisse dans l’ordre le plus correct possible. J’ai prolongé plusieurs fois les contrats et dit qu’on n’avait pas besoin de ce lieu tant qu’on n’aurait pas signé l’acte d’acquisition et fait les travaux. Ce qui laissait le soin à la Ville de Paris de traiter le mieux possible les familles. Je sais que beaucoup de choses ont été faites et que d’autres sont en cours mais n’ont pas encore été totalement finalisées si j’ai bien compris.

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