Si le 18e n’a pas été le centre névralgique des Jeux olympiques et paralympiques (JOP), notre arrondissement a tout de même été bouleversé par l’organisation de cet événement interplanétaire. Pour l’occasion, plusieurs infrastructures ont été installées dans le 18e ou à ses portes, afin d’accueillir les différentes délégations d’athlètes. C’est le cas de l’Adidas Arena, construite non sans heurts (lire nos n°320 et 337), du centre sportif Bertrand Dauvin (et celui des Poissonniers), sans oublier – dans une autre mesure – le village des athlètes. Mais pour autant, toutes ces installations sont-elles vraiment durables ? Premiers éléments de réponse.
Une enceinte dans la ville
L’héritage le plus visible est l’Arena installée porte de La Chapelle, à quelques mètres des statues de la cérémonie d’ouverture. Pensée comme un équipement utile avant, pendant et après les JOP, elle accueille aujourd’hui des rencontres sportives, des concerts et des galas. Bien qu’elle ait réussi à redynamiser le quartier (voir notre n°330), notamment grâce à un engagement pris auprès de dix associations du 18e arrondissement, on peut craindre un effet de « déplacement de communautés marginalisées » comme l’affirme la journaliste new-yorkaise Elizabeth Fazzare.
On pourrait également regretter la tarification encore élevée de certains évènements sportifs, qui laissent parfois une place plus importante aux concerts et galas. Le lieu semble toutefois hériter d’une fréquentation post-JOP conséquente et il contribue, notamment auprès de certains jeunes, à faire connaître des compétitions sportives ou certaines disciplines (voir notre n°342).
Rénover l’existant
Construits dans les années 1960, le centre sportif Bertrand-Dauvin et celui des Poissonniers ont eux, été rénovés à l’occasion des Jeux. Le premier l’a été dans son intégralité afin d’accueillir, notamment, les entraînements de pentathlon moderne. Les travaux ont inclus la création d’une tribune couverte, la modernisation des vestiaires et des gymnases, ainsi que la mise aux normes d’accessibilité et de sécurité, répondant aux obligations pour les sites olympiques.
Cette rénovation, directement liée à l’organisation des Jeux, a permis de mettre à jour des installations vieillissantes et de garantir leur usage pérenne pour les clubs locaux, les scolaires et les associations sportives. Les premiers retours indiquent une fréquentation régulière, confirmant que le centre répond aux besoins du quartier.
Un constat similaire à celui du très fréquenté centre sportif des Poissonniers, où les deux gymnases ont été rénovés, l’accessibilité renforcée, et les vestiaires et sanitaires remis à neuf. Reste maintenant à savoir si la rénovation de ces deux lieux – souhaitable voire nécessaire – aurait été possible sans cet événement à portée planétaire.
La continuité en débat
Autre construction olympique d’ampleur : le village des athlètes, situé à la lisière de Saint-Ouen et d’Aubervilliers, et qui constitue un autre symbole fort du nord parisien post-JOP. Là encore, de nombreuses promesses ont été formulées, annonçant une zone attractive pour les athlètes, mais également pour les riverains avec la construction de logements sociaux. Pour la Société de livraison des ouvrages olympiques (SOLIDEO), en charge du projet, la démolition de certains bâtiments faisait partie d’un programme d’aménagement urbain ambitieux : construire le village des athlètes et y créer un quartier durable et vecteur de mixité sociale après
les Jeux.
Mais, aux dépens de qui ? Et bien du foyer ADEF, par exemple, qui accueille des travailleurs migrants. Selon le rapport de la Commission nationale du débat public, la capacité du foyer (286 lits) dépasse ce que les nouvelles résidences pourraient loger (150 personnes chacune), ce qui pose des questions de continuité, tout comme les mesures temporaires, qui envisagent un logement dans des bungalows.
Finalement, le village des athlètes aurait contribué à déloger au moins 1 500 personnes. Outre le relogement controversé que ce projet suscite – logements sociaux inoccupés à cause de prix trop élevés et manque de commerces – ce dernier a été réalisé aux dépens de nombreux habitants de la zone rebâtie, relançant le débat autour de la continuité des infrastructures après 2024.
Plus d’un an après ces jeux d’été, le bilan reste donc mitigé. Si certains équipements ont trouvé un usage pérenne et répondent aux besoins des habitants, d’autres projets, notamment le village des athlètes, soulèvent des questions de justice sociale et d’urbanisme. L’héritage matériel existe, mais l’héritage humain, celui de l’accès à la ville et à ses infrastructures pour tous, semble toujours plus fragile.

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