Journal d’informations locales

Le 18e du mois

Abonnement

FacebookTwitter

décembre 2022 / La vie du 18e

Graine de jardins, dans la fleur de l’âge

par Dominique Boutel

L’association Graine de jardins, fondée en 2001, a fêté le 16 octobre dernier ses vingt ans d’actions pour la création de jardins partagés en milieu urbain et semi-urbain. Retour sur une histoire de luttes et de réussites.

« Graine de jardins entretient une dynamique très importante. Elle a été précieuse pour nous donner des conseils, créer un réseau, dialoguer avec les politiques », observe Thomas Augais, du Bois Dormoy. Cette association a bataillé dur en 2016 pour éviter que le petit poumon vert enchassé entre des immeubles de La Chapelle ne soit gommé par la construction d’un Ehpad et d’une crèche souhaités par la Mairie. Soutenue sur le plan juridique par Graine de jardins, le Bois Dormoy a finalement été classé espace vert dans le plan local d’urbanisme.

Les origines de l’association remontent à 1997. A l’époque, Laurence Baudelet, ethno-urbaniste, réfléchit à une idée qui avait déjà fait son chemin aux Etats-Unis et au Canada, celle des « community gardens ». Avec le soutien de la Fondation de France, et de quelques passionnés, elle crée en Ile-de-France, en 2001, Graine de jardins, qui devient la tête de pont du réseau national « Jardin dans tous ses états » et qui a pour mission le soutien à la création de jardins partagés.

Lien social et environnement

A la différence des historiques « jardins ouvriers », créés au XIXe siècle avec le soutien des patrons, qui deviennent peu à peu les « jardins familiaux », ou encore des « jardins d’insertion » ou ceux pédagogiques, les jardins partagés sont une autre branche de la famille des « jardins ». Leur credo réside dans l’entretien du lien social, la création de lieux de verdure sans produits phyto-sanitaires, la participation collective des habitants à la gestion de leur cadre de vie, le contact avec la nature.

Graine de jardins intervient dans l’accompagnement à la naissance de ces jardins, souhaités au départ par des habitants mais aussi de plus en plus par des bailleurs sociaux soucieux de paix sociale. Cela se traduit par l’aide à la création obligatoire d’une association, la rédaction d’une charte ou de statuts, le repérage des friches disponibles, les négociations avec les propriétaires, privés ou publics, l’évaluation des besoins (eau, clôture, nature de la terre et des types de plantations).

200 jardins à Paris

Tout ne va pas toujours de soi, surtout lorsque l’on connaît l’évolution du prix du foncier dans la région parisienne ainsi que ses besoins en logements. Pourtant dans certaines situations, les pouvoirs publics ou les bailleurs sociaux n’hésitent pas à solliciter l’association pour des conseils ou de la médiation. C’est le cas, actuellement, dans le 13e, pour la création d’un jardin partagé sur l’emplacement d’un parking, avec toutes les questions environnementales, écologiques qu’un tel projet pose !

Graine de jardins a diversifié tout au long de ces vingt ans ses formes de collaboration en créant un portail-ressource, en organisant des manifestations qui ont fédéré les associations, comme des balades au jardin menées par Jacky Libaud (rédacteur de la rubrique Nature au 18e du mois), des rondes de pique-nique, des colloques mais aussi de la formation. Elle a contribué à développer les politiques publiques au-delà des limites de Paris, par exemple à Montreuil et Arcueil. Quant au local de l’association, situé rue de Jessaint, il accueille une « outilthèque » qui prête du matériel ainsi qu’une bibliothèque.

Les jardins partagés en Ile-de-France sont maintenant au nombre de 300, dont 200 rien qu’à Paris, principalement dans le nord/nord-est, et quinze dans le 18e. Leur existence est toujours un peu fragile : à la Goutte d’Or, par exemple, certains ont été expropriés pour cause de construction. Ils sont de toute taille, on y cultive salades, tomates, fleurs voire arbres fruitiers, en pleine terre ou en bacs, selon les lieux. Mais les friches en région parisienne sont de plus en plus rares. « L’association n’a plus de salariés, elle fonctionne avec les sept bénévoles de son conseil d’administration », précise Frédérique Basset, adminis­tratrice.

Un programme avec la Mairie de Paris

Le programme « Main verte », pensé en concertation avec Graine de jardins par la Mairie de Paris en 2003, qui soutient la création de jardins en échange de leur ouverture au public et de l’organisation de manifestations, a beaucoup compté dans la multiplication des jardins parisiens. Ce dispositif, inspiré par le programme « Green thumb » new-yorkais, est aussi à l’origine de l’échange qui s’est déroulé cette année entre Berlin et Paris, en partenariat avec le Centre français de Berlin. Un projet qui souligne le désir de l’association de s’ouvrir à l’Europe.

Comme l’explique Marine Cerceau, spécialiste de la gestion des milieux naturels qui collabore à Graine de jardins : « Bien que disposant d’espaces plus étendus que les nôtres, les collectifs berlinois souffrent de l’absence de soutien institutionnel. Ils doivent trouver les fonds par eux mêmes, en se mobilisant ou en faisant appel à des associations. »

Mais l’idée du voyage n’était pas seulement l’échange entre les deux villes : « Nous avons souhaité aussi recréer des liens entre les jardins de Paris, car actuellement moins d’évènements les rassemblent. Les équipes associatives vieillissent, certains jardins manquent de bénévoles, il faut remobiliser les forces. A Berlin, nous avons été confrontés à une culture du combat, c’était stimulant. » Un film sur ce voyage est en cours de montage et l’idée d’un congrès européen est en train d’émerger.

Vingt années bien remplies donc, et encore de nombreux projets en perspective. C’est tout ce que l’on souhaite à Graine de jardins. •

Photo : Jean-Claude N’Diaye

Dans le même numéro (décembre 2022)

  • Le dossier du mois

    De compagnie ou sauvages, des animaux dans la ville

    Magali Grosperrin, Sylvie Chatelin
    Domestique ou à l’état naturel, l’animal est partout chez lui dans Paris. Chiens et chats sont les plus proches de l’homme. Mais il faut aussi composer avec les rats et les pigeons, qui ne sont pas nécessairement malvenus. Ainsi que protéger certaines espèces à plumes telles que les moineaux. Comment mieux vivre avec eux, qu’il s’agisse de les éduquer, les protéger ou les contenir ? Petit tour de quelques espèces avec lesquelles les Parisiens partagent leur espace public.
  • A poils ou à plumes, le pavé parisien se partage aussi avec les bêtes

    Un chien dans la ville

    Magali Grosperrin
    Paris compte 29 parcs canins, dont deux dans le 18e. C’est encore trop peu, et bien que les chiens soient nombreux dans la capitale, il faut ferrailler pour qu’une réelle place leur soit accordée dans l'espace public, en bonne intelligence avec leurs congénères et avec les humains.
  • A poils ou à plumes, le pavé parisien se partage aussi avec les bêtes

    De chats errants à chat libres

    Sylvie Chatelin
    Des amoureux les nourrissent, d’autres les pourchassent. A la mairie du 18e, on tente de rendre leur présence acceptable.
  • A poils ou à plumes, le pavé parisien se partage aussi avec les bêtes

    Habitez-vous dans un quartier moineaux ?

    Sylvie Chatelin
    Voici quatre ans, Paris lançait l’appel à manifestation d’intérêt en faveur des moineaux dont la situation est alarmante : près d’un sur quatre a disparu à Paris depuis les années 2000. Synthèse des principales constatations de ce dispositif publiées par la direction des espaces verts (DEVE).
  • A poils ou à plumes, le pavé parisien se partage aussi avec les bêtes

    Le rat, ce mal-aimé [Article complet]

    Sylvie Chatelin
    Le surmulot rattus norvegicus, plus connu sous son petit nom de « rat » véhicule beaucoup de fantasmes. Sa présence (contrôlée) en ville n’est pourtant pas inutile. Portrait et défense de celui qui accompagne les hommes depuis toujours.
  • La vie du 18e

    Mise à l’abri des migrants : on n’y croit plus

    Joachim Jarreau
    Après une accalmie durant la crise sanitaire, les campements de personnes exilées sont de retour dans le nord-est parisien, assortis du cycle désormais familier : évacuation, mise à l’abri, reformation d’un camp. En arrière plan, le gouvernement diminue pourtant le nombre de places en hébergement d’urgence.
  • La vie du 18e

    Le houx, ce petit rouge qui pique

    Jacky Libaud
    Le houx, bel arbuste décoratif, sert de garde-manger aux oiseaux au cœur de l’hiver qui se régalent de ses jolies baies rouges. Mais n’est pas oiseau qui veut. Attention à ne pas laisser petits et grands les consommer, elles sont toxiques pour les humains.
  • La vie du 18e

    Lycées Valadon et Rabelais : fermeture avec préméditation ?

    Perrine Kempf
    La Région a annoncé la fermeture prochaine de neuf lycées parisiens. La mobilisation s’organise dans les deux établissements du 18e concernés face à ce qu’enseignants et parents considèrent comme une perte de chance pour les élèves.
  • Clignancourt - Jules Joffrin

    Rideau sur la Divette : derniers Verts à Montmartre

    Pia Carron
    L’auvent vert de La Divette est définitivement rangé. Le célèbre bar de la rue Marcadet et repaire des supporters de Saint-Étienne a fermé ses portes début novembre. Son bail n’a pas été renouvelé.
  • Montmartre

    Le CLAP aux enchères

    Erwan Jourand
    L’appel à projets concernant le terrain actuellement occupé par le CLAP, entre l’avenue Junot et la rue Lepic, suscite de nombreuses convoitises.
  • Histoire

    Mesrine, de la rue Boinod à la Porte de Clignancourt

    Annick Amar
    « Nous savons tous, sans exception, que nous sommes condamnés à mort à notre naissance… Je ne trouve pas plus con de mourir d’une balle dans la tête que de mourir au volant d’une R16, ou à Usinor en travaillant pour le SMIG… Mon métier, c’est de braquer. Alors mourir ou prendre le risque de mourir quand on vit dans la violence… », déclarait Jacques Mesrine au journal Libération en janvier 1979.
  • Les Gens

    Yseult Delgeon, des bébés aux choux

    Sylvie Chatelin
    Son parcours a toujours mené Yseult Delgeon vers la vie, tout d’abord lorsqu’elle était sage-femme et maintenant comme maraichère où elle fait naître du vivant et nourrit une centaine de familles. Portrait d’une grande fille, aux yeux clairs et doux, une femme fidèle à ses convictions.

n° 323

février 2024