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Février 2018 / Portrait

L’homme aux cinquante casquettes

par Sophie Roux, Sylvie Chatelin

Les vies professionnelles et personnelles de Philippe Durand, militant depuis toujours et fondateur du Petit Ney, sont intimement liées.

Vous l’avez peut-être déjà croisé dans le quartier/ En casquette et rouflaquettes/À pied ou à vélo…, clame Catherine, dans le slam qu’elle lui dédie ce soir-là : le 22 décembre, le Petit Ney en fête célébrait le départ en retraite de l’un des siens, Philippe Durand. Tous le définissent comme profondément engagé, humain, enthousiaste, tenace, attentif aux autres, sociable, indépendant, un « passeur », à l’humour un peu british et au ton (parfois trop) direct. S’il était plante, on l’imagine plantain, « une mauvaise herbe salvatrice », toujours selon Catherine, ou « chêne présent et rassurant ». Oiseau, il serait colibri, « parce qu’il fait sa part ! » ou corbeau symbole de « l’intelligence et de la magie chez les Indiens ». Touche-à-tout, entend-on souvent à son sujet. Toujours en mouvement et, il le dit lui-même, « dès qu’il sait faire quelque chose, il faut qu’il passe à autre chose ! ». « Il faut qu’on l’arrête de temps en temps », nous souffle sa compagne, Martine Pascual.

Une enfance normande

« Le petit Philippe chéri » de ses grands-parents maternels naît en 1955 à Vire, dans le Calvados. Il passe son enfance à Condé-sur-Noireau, une ville de « besogneux », dans la vallée de la Vère. Cette « vallée de la mort » tristement célèbre par les ravages causés par l’amiante utilisée dans feu les usines de l’équipementier automobile Ferodo/Valéo. Son père et sa mère y travaillent et en meurent tous les deux. Il se battra pour que ses parents soient reconnus « morts de l’amiante », comme des milliers d’autres. Philippe sait qu’il ne fera pas sa vie en Normandie. Il ne s’y sent pas à sa place, même s’il reconnaît une « filiation d’engagement avec son grand-père paternel », Napo (pour Napoléon), et son père, engagé dans les FFI pendant la guerre. Il connaît bien Paris : depuis sa petite enfance, il passe tous les étés chez ses grands-parents maternels qui vivent dans une chambre de bonne rue André del Sarte. Ils le promènent partout, au salon de thé, au Gaumont Palace, à l’Empire… Il se souvient du marchand des quatre saisons rue de Clignancourt.
Encore lycéen, en 1972, il participe à l’une de ses premières actions militantes, une grève sauvage aux usines, et se fait embarquer pour la première fois dans un car de CRS. Il passe son bac puis rejoint l’IUT carrières sociales de Tours : « Je me suis retrouvé avec des gens très proches de moi. C’est là qu’un rouge m’a ouvert les portes du théâtre. » En désaccord avec l’institution dans laquelle il est en stage, il quitte l’université sans diplôme mais devient quand même éducateur, avec un premier poste en Normandie. « J’aurais pu continuer, devenir ensuite directeur. Mais je n’avais pas envie d’une vie figée, tracée d’avance. » ... (Lire la suite dans le numéro de février 2018)

Photo : © Jean-Claude Ndiaye

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n° 286

octobre 2020