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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>Cabarets disparus, voyages dans l'au-del&#224;</title>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;Le quartier Montmartre a connu une p&#233;riode compl&#232;tement folle, entre la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. T&#233;moins de la fantaisie, de l'imagination et de la libert&#233; de l'&#233;poque, trois cabarets invitaient les clients &#224; pousser les portes de l'au-del&#224;. Une provocation r&#233;prouv&#233;e qui attirera pourtant beaucoup de monde pendant plus de cinquante ans. &lt;br class='autobr' /&gt; Montmartre est le pays des cabarets, la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le temps de leur apog&#233;e et le boulevard de Clichy leur terrain de pr&#233;dilection. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH96/le_ciel-80be8.png?1787825673' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le quartier Montmartre a connu une p&#233;riode compl&#232;tement folle, entre la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. T&#233;moins de la fantaisie, de l'imagination et de la libert&#233; de l'&#233;poque, trois cabarets invitaient les clients &#224; pousser les portes de l'au-del&#224;. Une provocation r&#233;prouv&#233;e qui attirera pourtant beaucoup de monde pendant plus de cinquante ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Montmartre est le pays des cabarets, la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le temps de leur apog&#233;e et le boulevard de Clichy leur terrain de pr&#233;dilection. Des deux c&#244;t&#233;s de cette art&#232;re qui ceinture la base de la Butte en quelques angles capricieux, d'est en ouest, ils vont s'&#233;panouir en &#233;tonnantes devantures qui riment souvent avec leur enseigne : le Chat noir, bien s&#251;r, mais aussi la Taverne du bagne, le Caveau des quat'z'arts, le Moulin Rouge, le Rat mort, la Taverne des truands... Les plus m&#233;taphysiques sont le cabaret du N&#233;ant et les cabarets &#171; jumeaux &#187; et mitoyens du Ciel et de l'Enfer. La place Blanche, o&#249; ils se dressaient, &#233;tait encore au moment de leur construction, le double lieu d'un vide et d'un massacre. Le vide avait &#233;t&#233; m&#233;nag&#233; par l'incendie, en 1789, du pavillon de l'octroi (dit &#171; la Barri&#232;re blanche &#187;) install&#233; au centre de la place ainsi que par la destruction, en 1869, du mur des Fermiers g&#233;n&#233;raux qui &#233;tait l'&#233;pine dorsale du boulevard de Clichy comme de tous les autres boulevards ceinturant Paris. Le massacre, lui, a eu lieu le 23 mai 1871, au plus fort de la semaine sanglante qui mit un point final &#224; la Commune. Cent-vingt femmes &#8211; souvent de Montmartre &#8211; ont d&#233;fendu la place contre les troupes des Versaillais mais sans succ&#232;s. Celles qui ne sont pas tomb&#233;es au combat ou qui n'ont pu s'enfuir, ont &#233;t&#233; sommairement ex&#233;cut&#233;es sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le bord sud de cet espace, encore proche du terrain vague dans les ann&#233;es 1890, il y avait au coin de la rue Fontaine, un petit march&#233; couvert et le modeste H&#244;tel de la place Blanche. C&#244;t&#233; nord tr&#244;ne, depuis 1889, l'ancien bal de la Reine blanche devenu le cabaret du Moulin Rouge depuis son rachat par deux comp&#232;res tr&#232;s dou&#233;s pour les affaires, Joseph Oller et Charles Zidler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Provocants d&#232;s la fa&#231;ade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, &#224; l'emplacement du march&#233; d&#233;saffect&#233;, aux num&#233;ros 51 et 53 du boulevard de Clichy, qu'en 1896 un certain Dorville, magicien et illusionniste de son &#233;tat, &#233;rige ses deux cabarets jumeaux. Ce n'est pas un nouveau venu dans le quartier. Quelques ann&#233;es auparavant, il a d&#233;j&#224; ouvert, presque en face, au num&#233;ro 34, le cabaret du N&#233;ant, lieu aussi c&#233;l&#232;bre qu'&#233;tonnant sur lequel nous reviendrons. Pendant un temps, le Ciel et l'Enfer resteront s&#233;par&#233;s par l'&#233;troite entr&#233;e de l'H&#244;tel de la place Blanche, avant que la fa&#231;ade de l'Enfer, orn&#233;e d'une impressionnante gueule de L&#233;viathan, ne l'avale tout cru. Les fa&#231;ades des deux &#233;tablissements sont parmi les plus spectaculaires que l'on ait construites &#224; Paris, puisant dans tous les clich&#233;s possibles, inspir&#233;es autant de l'Art nouveau que du Grand Guignol ou des &#171; myst&#232;res &#187; m&#233;di&#233;vaux. Elles ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;es, de sorte que nous pouvons aujourd'hui encore nous en faire une id&#233;e assez exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvert le premier, le Ciel &#233;tait la premi&#232;re destination que les croyants de l'&#233;poque visaient apr&#232;s leur mort. Pour y acc&#233;der, il fallait monter un long escalier menant d'abord dans une vaste salle vo&#251;t&#233;e d'ogives gothiques. Au son de l'orgue et de la harpe, des angelots battaient des ailes en vous aspergeant d'eau b&#233;nite ; Saint-Pierre, cl&#233; en main, vous accueillait sur le seuil. On d&#233;gustait dans des coupes sacr&#233;es du nectar et de l'ambroisie. Le d&#238;ner &#233;tait agr&#233;ment&#233; de tableaux vivants mi-humoristiques, mi-&#233;rotiques. Tous ces plaisirs pris, on montait un &#233;tage de plus pour acc&#233;der au v&#233;ritable Paradis, sous des stalactites d'or, dans un envol de s&#233;raphins et de houris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement, quand on &#233;tait client du Ciel, on finissait la soir&#233;e &#224; l'Enfer. Le divertissement y &#233;tait plus vari&#233;, plus piment&#233;, plus inattendu &#8211; chacun sait qu'au Paradis, on s'ennuie &#224; mourir. Les curieux se laissaient engloutir par la gueule du diable, passant entre ses crocs luisants et sa langue rouge. Un M&#233;phistoph&#233;l&#232;s de carnaval (souvent le ma&#238;tre des lieux, d&#251;ment d&#233;guis&#233;) les entra&#238;nait aussit&#244;t vers de multiples et saisissantes d&#233;couvertes : plafonds d&#233;cor&#233;s de corps tordus par les tenailles de l'enfer, chaudron o&#249; l'on faisait bouillir les damn&#233;s (souvent un client volontaire), diables arm&#233;s de fourches et mille tours de passe-passe. N'oublions pas que Dorville &#233;tait un illusionniste, tandis qu'Antonin Alexander &#8211; qui a repris la gestion des deux cabarets &#224; partir de 1898 &#8211; &#233;tait un acteur familier du Grand Guignol.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ange ou d&#233;mon ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par un curieux hasard, les fen&#234;tres d'Andr&#233; Breton, l&#233;gendaire locataire du 42 rue Fontaine, o&#249; il a v&#233;cu de 1921 jusqu'&#224; sa mort en 1966, donnaient directement sur les cabarets jumeaux. Les surr&#233;alistes, d&#232;s les ann&#233;es 20, se sont plut&#244;t rassembl&#233;s au Cyrano, magnifique caf&#233; Belle &#201;poque, bordant le c&#244;t&#233; nord de la place Blanche et contigu au Moulin Rouge (qui &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore entour&#233; d'un d&#233;cor m&#233;di&#233;val de clochetons et de tourelles). Mais il existe une photo de Man Ray repr&#233;sentant le groupe surr&#233;aliste rassembl&#233; au Ciel, aux pieds du cochon dor&#233; nomm&#233; Porcus, une des divinit&#233;s de l'endroit &#224; laquelle il convenait de rendre hommage. Autre effet d'&#233;cho int&#233;ressant, pour l'exposition internationale du surr&#233;alisme de janvier-f&#233;vrier 1938 &#224; la galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein, Andr&#233; Breton con&#231;oit une salle &#171; sombre comme une grotte &#187; dont le plafond est enti&#232;rement recouvert de mille deux cents sacs de charbon accroch&#233;s l&#224;. Le tout semble inspir&#233; par la grande salle sombre du cabaret de l'Enfer et son plafond o&#249; se tordent en 3D les corps nus des damn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aujourd'hui une id&#233;e pr&#233;cise du d&#233;cor int&#233;rieur des deux cabarets gr&#226;ce aux descriptions, comptes-rendus de journaux, articles critiques, affiches publicitaires, tableaux, gravures et photos. Mais il y a plus : un petit film y a &#233;t&#233; tourn&#233; en 1949, quelques mois avant la fermeture de ces &#233;tablissements, pour Christian Dior qui y a organis&#233; un d&#233;fil&#233; de haute couture sur le th&#232;me &#171; Ange ou d&#233;mon ? &#187;. On y voit de ravissants mannequins d&#233;ambuler entre les sculptures m&#233;di&#233;vales, tournoyer sous les vo&#251;tes gothiques, se pencher sur le chaudron, caresser le groin de Porcus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du jus d'asticots et une sole pleureur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; lui aussi par Dorville vers 1892, au num&#233;ro 34 du boulevard, le cabaret du N&#233;ant n'&#233;tait pas en reste non plus. Car si sa fa&#231;ade n'&#233;tait pas &#233;tonnante, l'int&#233;rieur et les divertissements propos&#233;s r&#233;v&#232;lent eux une veine plus &#226;pre et plus satirique o&#249; l'on ne s'embarrasse pas particuli&#232;rement du bon go&#251;t. &#192; tel point que la presse s'en est &#233;mue et que Dorville a d&#251; se d&#233;fendre en publiant un communiqu&#233; apaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'entr&#233;e, le visiteur est accueilli dans la &#171; salle d'intoxication &#187; par des serveurs habill&#233;s en croque-morts, dans un d&#233;cor fun&#232;bre o&#249; les tables sont des cercueils. Sous les lustres faits d'ossements humains, il d&#233;guste un verre de &#171; jus d'asticots &#187;. Puis, d&#251;ment mis en condition, il passe au caveau des tr&#233;pass&#233;s, longue salle aux vo&#251;tes basses o&#249; il est invit&#233; (s'il est volontaire !), au son d'une musique fun&#232;bre jou&#233;e &#224; l'orgue par un moine, &#224; s'installer sur sc&#232;ne, dans un cercueil plac&#233; verticalement. Par un ing&#233;nieux jeu de miroirs, le public qui le regarde voit peu &#224; peu sa chair se dissoudre et son squelette appara&#238;tre. On utilisait d'ailleurs le m&#234;me proc&#233;d&#233; un peu plus loin, avec cette fois une femme assise sur une chaise (autre spectatrice volontaire, la malheureuse !) et dont peu &#224; peu les v&#234;tements disparaissaient pour la laisser enti&#232;rement nue... La salle riait et la victime qui s'&#233;tait pr&#234;t&#233;e au jeu ne comprenait pas du tout ce qui se passait. Il y avait aussi des spectacles avec spectres et revenants (toujours assez &#233;grillards) que l'on d&#233;gustait avec le d&#238;ner. Sur la carte, la &#171; sole pleureur &#187; rivalisait avec la &#171; raie quiem &#187;, le &#171; ci-g&#238;t got r&#244;ti &#187; avec les &#171; macabroni &#187;, le &#171; corbillard de fruits &#187; ou encore les &#171; choux-pleurs &#187;. Il est pr&#233;cis&#233; que le &#171; posthume &#187; de ville est de rigueur, et que &#171; les invit&#233;s peuvent &#234;tre reconduits en voiture &#224; leur derni&#232;re demeure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des fantasmes au serial killer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e de vie de ces trois cabarets est en soi remarquable. Pendant plus d'un demi-si&#232;cle, les Parisiens sont venus d&#233;couvrir, trembler, s'extasier, s'indigner des spectacles peut-&#234;tre un peu d&#233;suets qu'ils offraient apr&#232;s la Lib&#233;ration, alors que les multiples salles de cin&#233;ma du quartier en proposaient d'autrement impressionnants... Quoi qu'il en soit, ils ne disparaissent qu'&#224; la fin des ann&#233;es quarante, le N&#233;ant en premier, puis le Ciel et l'Enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &#224; la place du N&#233;ant, on trouve un &#171; hammam sauna libertin &#187; &#224; l'enseigne de Moon City, dont la devise est &#171; Au Palais des plaisirs, vos fantasmes sont rois &#187;. Quant &#224; eux, l'Enfer et le Ciel ont &#233;t&#233; en 1950 enti&#232;rement absorb&#233;s par le grand magasin Monoprix, dont l'entr&#233;e principale se situe exactement &#224; l'endroit o&#249; s'ouvrait la gueule du L&#233;viathan de l'Enfer. C'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment l&#224;, le 26 mars 1998, que Guy Georges, le c&#233;l&#232;bre &#171; tueur de l'Est parisien &#187;, coupable du viol et du meurtre de sept jeunes femmes, est reconnu par un policier. Interpell&#233;, il tentera de s'enfuir en traversant le magasin, mais finira par &#234;tre arr&#234;t&#233; au milieu du rayon parapharmacie, l&#224; m&#234;me o&#249; nagu&#232;re M&#233;phistoph&#233;l&#232;s recevait les visiteurs de l'Enfer par ce fun&#232;bre message de bienvenue : &#171; Entrez ! Et soyez damn&#233;s. &#187; &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Agence Rol / BNF&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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