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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
	<language>fr</language>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>L'age d'or du Bateau Lavoir</title>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;La rue Ravignan demande du souffle et des mollets : c'est une des grimpettes les plus raides de la capitale. Le cheval de Napol&#233;on, dit-on, a d&#233;clar&#233; forfait, le jour o&#249; son ma&#238;tre venait visiter le t&#233;l&#233;graphe de Chappe, install&#233; sur l'&#233;glise Saint-Pierre. &lt;br class='autobr' /&gt; Et l'empereur a d&#251; finir l'ascension de la Butte &#224; pied. Heureusement, comme le cheval de Napol&#233;on, on peut s'arr&#234;ter &#224; mi-parcours pour souffler, l&#224; o&#249; la rue s'&#233;vase un peu pour former une placette, tr&#232;s pentue, elle aussi &#8212; mais il y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-histoire-1392-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH112/le_bateau-lavoir_13__rue_ravignan_lvm-565d1.jpg?1787824565' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La rue Ravignan demande du souffle et des mollets : c'est une des grimpettes les plus raides de la capitale. Le cheval de Napol&#233;on, dit-on, a d&#233;clar&#233; forfait, le jour o&#249; son ma&#238;tre venait visiter le t&#233;l&#233;graphe de Chappe, install&#233; sur l'&#233;glise Saint-Pierre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et l'empereur a d&#251; finir l'ascension de la Butte &#224; pied. Heureusement, comme le cheval de Napol&#233;on, on peut s'arr&#234;ter &#224; mi-parcours pour souffler, l&#224; o&#249; la rue s'&#233;vase un peu pour former une placette, tr&#232;s pentue, elle aussi &#8212; mais il y a des bancs sous les marronniers. C'est, depuis 1911, la place &#201;mile-Goudeau, ainsi nomm&#233;e en hommage au po&#232;te fondateur du Club des Hydropathes. Nous nageons ici dans l'oxymore malicieux : un nomm&#233; &#171; Go&#251;t d'eau &#187; qui pr&#233;side un club de gens que l'eau rend malades ! En fait, nous sommes en plein dans le sujet, nous sommes arriv&#233;s au but. Car l&#224;, sur la gauche, au ras du trottoir, au num&#233;ro 13 de la rue, il y a une fa&#231;ade blanche, plate, sans fioritures, trou&#233;e de deux portes peintes en vert. C'est l&#224;. C'est le Bateau-Lavoir. Histoire d'eau, d&#233;cid&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette parcelle montmartroise a d'abord &#233;t&#233; un verger, appartenant aux Abbesses de Montmartre. Vendue comme bien national en 1792, elle a &#233;t&#233; occup&#233;e au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par une guinguette tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, &#224; l'enseigne du Poirier sans Pareil. Le poirier existait vraiment, au centre de la place, c'&#233;tait un arbre remarquable par son &#226;ge et ses proportions (probablement un dernier t&#233;moin du verger abbatial). H&#233;las, en 1830, ann&#233;e instable en politique comme en g&#233;ologie montmartroise, la guinguette, victime d'un affaissement du terrain, doit quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est remplac&#233;e trente ans plus tard par une manufacture de pianos, qui n'a pas prosp&#233;r&#233;, ni laiss&#233; de souvenir particulier. Mais vers 1890, son propri&#233;taire du moment, un nomm&#233; Maillard, a une id&#233;e de g&#233;nie : il fait diviser l'espace de la manufacture d&#233;saffect&#233;e en une vingtaine de petits ateliers qu'il va louer &#224; des artistes. &#192; peu de frais : des cloisons et des coursives en bois, un seul point d'eau, un seul &#171; lieu d'aisances &#187;. Le confort est minime, les loyers tr&#232;s modestes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La maison du trappeur devient le Bateau-Lavoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la place, la fa&#231;ade est relativement soign&#233;e, les portes sont surmont&#233;es de ferronneries encore visibles aujourd'hui, qui dessinent d'&#233;l&#233;gants monogrammes en lettres majuscules, vraisemblablement les initiales des propri&#233;taires successifs, d'abord un certain HK sur lequel nous ne savons rien, et sur la porte d'&#224; c&#244;t&#233;, MFS (&#171; Et mes fesses &#187; ?), pour Maillard, Fran&#231;ois-S&#233;bastien &#8212; fine plaisanterie dans le go&#251;t montmartrois. Du c&#244;t&#233; de la pente, c'est tout autre chose : une sorte de clapier g&#233;ant de bois et de brique ; trois niveaux &#224; l'arri&#232;re, un seul niveau c&#244;t&#233; rue, en raison de la forte d&#233;clivit&#233; du terrain. Dans le quartier, on l'appelle &#171; la Maison du Trappeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, les lieux sont occup&#233;s par le tout venant, ouvriers, artisans, petits m&#233;tiers de la rue (il y a m&#234;me un mara&#238;cher, qui y cultive asperges et artichauts), pr&#234;ts &#224; affronter les temp&#233;ratures extr&#234;mes (&#233;t&#233;s br&#251;lants, hivers glac&#233;s), la crasse, l'insalubrit&#233;. Puis, au d&#233;but des ann&#233;es 1890, un artiste y fait son apparition, attir&#233; &#224; Montmartre par le grand graveur Eug&#232;ne Del&#226;tre dont il fut un proche ami. Il s'appelle Maxime Maufra, il est Nantais, et a assid&#251;ment fr&#233;quent&#233; l'&#233;cole de Pont-Aven. Il attirera sur la Butte les peintres qu'il y a connus &#8212; Gauguin, Bernard, S&#233;rusier, Filiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tous ces Bretons s'envoleront vite vers d'autres horizons, et la maison du Trappeur ne prendra sa v&#233;ritable dimension, cosmopolite, et son nom historique de &#171; Bateau-Lavoir &#187; (que Max Jacob lui aurait donn&#233;, trouvant que le b&#226;timent ressemblait &#224; ces rafiots ancr&#233;s sur les quais de la Seine, o&#249; jusqu'aux ann&#233;es 1930, les femmes venaient faire d'&#233;puisantes lessives) qu'avec le nouveau si&#232;cle, et l'arriv&#233;e de nombreux contingents d'artistes venus d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Aussi bref qu'incandescent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Raconter l'histoire du Bateau-Lavoir, c'est toujours se heurter &#224; un fant&#244;me omnipr&#233;sent, voire encombrant, celui de Picasso. Que serait la notori&#233;t&#233; du lieu, en effet, si le peintre espagnol n'&#233;tait pas venu y vivre, et y peindre les Demoiselles d'Avignon, ce tableau que le marchand allemand Wilhelm Uhde qualifiait d' &#171; assyrien &#187; ? Picasso porte-drapeau de ce que l'on a appel&#233;, un peu pompeusement, la &#171; Villa M&#233;dicis de Montmartre &#187; ? Soit. Mais n'oublions jamais que le ph&#233;nom&#232;ne fut pluriel, et aussi bref qu'incandescent. L'histoire du Bateau-Lavoir ne dure vraiment qu'une douzaine d'ann&#233;es, et la premi&#232;re guerre mondiale le videra tr&#232;s largement de sa substance, au profit de Montparnasse et d'une autre cit&#233; d'artistes : La Ruche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers artistes &#224; s'installer, en rangs serr&#233;s, sont justement ceux de la colonie espagnole : les Casagemas, Canals, Pixot, Pallares, Gargallo, Sabartes, Sunyer, Juan Gris&#8230; Et aussi Paco Durrio, l'&#233;claireur, arriv&#233; d&#232;s 1888, grand ami de Gauguin (qui nous en laiss&#233; un si beau portrait, en guitariste). C'est dans son atelier du Bateau-Lavoir que s'installe Picasso en 1904. Il y reste jusqu'en 1909, ann&#233;e o&#249;, l'aisance venue, il part vivre plus bougeoisement boulevard de Clichy, tout en gardant un pied, c'est-&#224;-dire un atelier, au Bateau-Lavoir, jusqu'en 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e &#224; Montmartre, Picasso, qui parle &#224; peine le fran&#231;ais, fr&#233;quente surtout les gens de son pays. Mais le Bateau-Lavoir est un lieu d'&#233;changes d'une extr&#234;me porosit&#233;, ne serait-ce que par son inconfort notoire : les cloisons entre ateliers (et donc entre les artistes et leurs &#339;uvres) ne sont gu&#232;re &#233;tanches. Et l'unique robinet o&#249; remplir sa cuvette joue un peu le r&#244;le de la fontaine au milieu de la place du village. Autour de lui se noueront des amiti&#233;s au long cours, entre peintres, sculpteurs, po&#232;tes, &#233;crivains&#8230; Max Jacob y distille g&#233;n&#233;reusement sa culture, son humour, son talent, tous immenses, et dont Picasso s'abreuve intens&#233;ment. C'est l&#224; aussi qu'il rencontre tous ceux qui, comme lui, r&#233;volutionnent l'art du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : Modigliani, Matisse, Brancusi, Freundlich, Van Dongen et les fauves&#8230; Et le Douanier Rousseau, visiteur de passage, mais aussi de marque. En 1908, tous les artistes se cotisent pour organiser un grand banquet en son honneur. Cette soir&#233;e marque en quelque sorte l'apog&#233;e du Bateau-Lavoir, que Picasso quitte l'ann&#233;e suivante. Le Douanier, tr&#232;s &#233;mu, lui fait cette attendrissante confidence : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes les deux plus grands, toi dans le genre &#233;gyptien, moi dans le genre moderne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : par le miracle d'une sorte de concentration verticale unique en son genre, on trouve au Bateau-Lavoir des &#233;crivains (Mac Orlan, Salmon, Dorgel&#232;s, Carco &#8230;), des po&#232;tes (Reverdy, Apollinaire, Max Jacob), un mod&#232;le d'exception (Fernande Olivier), des galeristes et des marchands (Vollard, Uhde, Kahnweiler, Sagot, Berthe Weil), des collectionneurs (les Stein, Gertrude et son fr&#232;re L&#233;o ; Olivier Sains&#232;re, Serguei Chtchoukine, Frank Haviland&#8230;), des journalistes, des critiques, des promeneurs, des curieux, des enfants ; plusieurs artistes vivent l&#224; en famille, des chiens, des chats, des souris blanches apprivois&#233;es &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous n'ont pas &#233;t&#233; l&#224; en m&#234;me temps, tous n'appartenaient pas &#224; la m&#234;me g&#233;n&#233;ration, ni &#224; la m&#234;me &#233;cole. Mais ensemble, ils ont fait na&#238;tre une sorte de parenth&#232;se enchant&#233;e. Car le Bateau-Lavoir est bien plus qu'un lieu : un ph&#233;nom&#232;ne, la br&#232;ve confluence d'artistes de tous pays et horizons, talentueux et passionn&#233;s. Chacun a laiss&#233; sa marque ; beaucoup ont v&#233;cu durement (pauvret&#233;, drogue, alcool, manque de reconnaissance), certains ont fini tragiquement : suicid&#233;s (Casagemas), vaincus par la tuberculose et l'alcool (Modigliani&#8230;), ou assassin&#233;s par les nazis (Max Jacob, Otto Freundlich). Ou alors, oubli&#233;s. Le Bateau-Lavoir les a tous accueillis, leur a permis de trouver leur voie. Aucun n'y est rest&#233; tr&#232;s longtemps. L'exceptionnel ne dure pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entre-deux-guerres, le lieu se survit. Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, il se vide peu &#224; peu. Dans un petit film conserv&#233; par l'INA, on voit Blaise Cendrars errer dans les couloirs d&#233;serts, cherchant le souvenir de Modigliani, frappant en vain &#224; la porte de son atelier&#8230; Triste fin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En 1970, un incendie d&#233;vastateur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle sera plus triste encore pour le site. D&#233;labr&#233;, voire dangereux, il est menac&#233; de destruction. Une proc&#233;dure de classement est engag&#233;e, mais le b&#226;timent et son terrain sont vendus aux ench&#232;res le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1969. La Ville de Paris l'emporte, au prix de 800.000 francs, arrachant ainsi le Bateau-Lavoir aux convoitises de multiples promoteurs. H&#233;las, le 12 mai 1970, un incendie met fin &#224; la belle aventure. Ne survivront que la fa&#231;ade sur la place, la maison bourgeoise &#224; l'angle, et les ateliers donnant sur la rue d'Orchampt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, qu'est devenu le lieu ? Une sorte d'HLM, en verre et en b&#233;ton, due &#224; Claude Charpentier, a remplac&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1970 le grand clapier en bois des d&#233;buts. Vingt-cinq logements-ateliers d'artistes y ont &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mes recherches, je n'ai pu d&#233;couvrir selon quels crit&#232;res ils &#233;taient attribu&#233;s, par qui, et pour combien de temps. &#192; titre d'exemple, le grand artiste hongrois Endre Rozsda a v&#233;cu l&#224; d&#232;s la reconstruction, en 1979, et jusqu'&#224; sa mort, vingt ans plus tard. Le lieu, nagu&#232;re si ouvert &#8211; il suffisait d'en pousser la porte pour d&#233;couvrir tout un monde &#8211; est aujourd'hui jalousement clos sur ses secrets, bien d&#233;fendu par des grilles et des codes d'acc&#232;s. Claude Charpentier proposait dans son projet de reconstruction de jumeler le Bateau-Lavoir et l'autre r&#233;sidence d'artistes de Montmartre, la Cit&#233; des Arts rue Norvins, deux espaces tout proches, reli&#233;s par l'&#233;troite venelle qui m&#232;ne de la rue Lepic &#224; la rue d'Orchampt. Belle id&#233;e ! &#192; suivre. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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