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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>Quand le jazz &#233;tait l&#224;</title>
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		<dc:date>2020-10-30T19:50:56Z</dc:date>
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		<dc:creator>Ivan Amar</dc:creator>


		<dc:subject>Article complet</dc:subject>

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&lt;p&gt;N&#233; dans le sud des Etats-Unis, le jazz d&#233;barque en France avec les orchestres militaires am&#233;ricains, en 1917. Fuyant la s&#233;gr&#233;gation, des artistes noirs s'installent et font d&#233;couvrir des rythmes excitants et des danses inconnues. Des clubs s'installent &#224; Paris, notamment entre Pigalle et Montmartre. Voyage &#224; travers leur histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; &#171; Une catastrophe apprivois&#233;e ! &#187; Voil&#224; ce que Cocteau nous dit de la premi&#232;re arriv&#233;e du jazz &#224; Paris, dans la revue Laissez-les tomber ! qui en pleine guerre, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH80/arton1064-8dd9d.png?1689976172' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='80' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233; dans le sud des Etats-Unis, le jazz d&#233;barque en France avec les orchestres militaires am&#233;ricains, en 1917. Fuyant la s&#233;gr&#233;gation, des artistes noirs s'installent et font d&#233;couvrir des rythmes excitants et des danses inconnues. Des clubs s'installent &#224; Paris, notamment entre Pigalle et Montmartre. Voyage &#224; travers leur histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Une catastrophe apprivois&#233;e &lt;/i&gt; ! &#187; Voil&#224; ce que Cocteau nous dit de la premi&#232;re arriv&#233;e du jazz &#224; Paris, dans la revue &lt;i&gt;Laissez-les tomber !&lt;/i&gt; qui en pleine guerre, du 10 d&#233;cembre 1917 au 10 mars 1918, fait courir la capitale. Tout cela se passe au Casino de Paris, rue de Clichy. Ce n'est pas exactement Montmartre&#8230; Ce n'en est pas loin !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait bien que Montmartre et ses alentours ont &#233;t&#233;, depuis le milieu du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en particulier, des lieux de divertissement, de plaisir, parfois de bamboche. Le vin moins cher, les cabarets, les plaisirs qui s'y donnent ou s'y vendent, des Apaches qui font frissonner, une bourgeoisie qui s'encanaille, une boh&#232;me artistique qui y survit&#8230; tout cela a fait fleurir une mythologie d'autant plus trompeuse qu'elle ne raconte pas que des mensonges. C'est donc tout naturellement que ce quartier qui, autour de Pigalle, englobe le d&#233;but de la Butte, le haut de la Nouvelle Ath&#232;nes et le bas de la place de Clichy accueillera les premiers pas du jazz &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Cocteau encha&#238;ne : &#171; &lt;i&gt;Le band am&#233;ricain l'accompagnait (la danseuse Gaby Deslys) sur des banjos et dans de grosses pipes de nickel. A droite de la petite troupe en habit noir, il y avait un barman de bruits sous une pergola dor&#233;e, charg&#233;e de grelots, de tringles, de planches, de trompes de motocyclette. Murray Pilcer, (&#8230;) et mademoiselle Gaby Deslys, (..) dansaient sur cet ouragan de rythmes et de tambours. (&#8230;) La salle applaudissait debout, d&#233;racin&#233;e de sa mollesse par cet extraordinaire num&#233;ro qui est &#224; la folie d'Offenbach ce que le tank peut &#234;tre &#224; une cal&#232;che de 70. &#187;&lt;/i&gt; (Jean Cocteau, &lt;i&gt;Le Coq et l'Arlequin&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; Offenbach ne trompe pas : on a pass&#233; une vitesse, mais on garde le m&#234;me cap, Paris et Montmartre sont familiers de ces grands spectacles. A c&#244;t&#233; des nombreux caboulots discrets et intimes, on trouve d&#233;j&#224; des salles beaucoup plus grandes et le Moulin Rouge a fait les beaux jours du Cancan. Cette musique, avant coureuse de la syncope, a fait lever haut la jambe des danseuses et frissonner le bourgeois dans son faux-col depuis des d&#233;cennies, en liant d&#233;j&#224; le rythme endiabl&#233;, les corps faussement d&#233;sarticul&#233;s et les cris suraigus des ballerines : on s'approche de l'image sid&#233;rante et caricaturale que le jazz donnera &#224; ses premiers auditeurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une parade joyeuse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais avec le jazzband comme on appelle &#224; la fois ces formations et ce style, s'ouvre un univers nouveau : l'American Sherbo band, &#233;galement au Casino de Paris, &#171; &lt;i&gt;laisse &#233;chapper des pleurs, des sifflets, des chants, des grognements, des hurlements, tandis que ses musiciens nous assourdissent en frappant, en soufflant, en tirant de leurs instruments bizarres une temp&#234;te de sons heurt&#233;s, &#233;nervants, broy&#233;s&#8230; C'est une f&#234;te, une grande f&#234;te, une parade excessivement joyeuse&lt;/i&gt; &#187; (article de d&#233;cembre 1917, cit&#233; par Olivier Roueff in &lt;i&gt;Histoire sociale du jazz&lt;/i&gt; en France, &#233;d. La Dispute, 2013)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ce spectacle est tellement in&#233;dit, c'est qu'on a sous les yeux et les oreilles des objets sonores inconnus : le saxophone et la batterie, dont on ose &#224; peine penser que c'est un instrument de musique. Et surtout des musiciens noirs !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Montmartre n'a pas le monopole de ces nouveaut&#233;s : la Revue N&#232;gre, avec l'&#233;tourdissante Jos&#233;phine Baker, est accueillie en 1925 au Th&#233;&#226;tre des Champs-Elys&#233;es. Et Le B&#339;uf sur le toit n'en est pas bien loin. Mais c'est autour de la place Pigalle que va se cristalliser l'histoire de cette musique dans toute la premi&#232;re moiti&#233; du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. C'est le quartier des musiciens : ils y passent, ils s'y &#233;coutent et souvent ils y vivent. Les premiers clubs de jazz vont s'y installer durablement, soutenus par des personnalit&#233;s fortes, qui souvent ont apport&#233; le jazz de leur Am&#233;rique natale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant Joe Zelli est italien. Apr&#232;s avoir &#233;t&#233; serveur, il a mont&#233; avant la guerre un club &#224; New York, puis un autre, L'Oasis, &#224; Londres. Mais c'est Paris qui bouge dans les ann&#233;es 20. Il ouvre un cabaret rue Caumartin, puis le Royal Box, rue Fontaine. Des miroirs aux murs, un balcon qui surplombe la sc&#232;ne pour faire comme en Am&#233;rique, un d&#233;cor vaguement mauresque car l'exotisme commence &#224; &#234;tre &#224; la mode&#8230; Il ne manque plus qu'un orchestre de jazz pour que le Royal Box attire un public en qu&#234;te de jamais vu : ce sera le Zig Zag band.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Harlem in Paris&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Et le batteur du Zig Zag band retient l'attention de Joe Zelli. Il faut dire qu'il n'est pas banal : Eug&#232;ne Bullard, d'origine martiniquaise par son p&#232;re, indienne Creek par sa m&#232;re, a men&#233; une vie de picaro aventureux : jockey, boxeur, cible vivante dans un cirque, il arrive &#224; Paris avant le d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre, s'engage dans la L&#233;gion &#233;trang&#232;re en octobre 1914, puis devient l'un des premiers pilotes noirs de l'arm&#233;e fran&#231;aise. On le retrouve batteur de jazz dans les ann&#233;es 20, gr&#226;ce aux conseils de Louis Mitchell, qui joue au Casino de Paris et en un tournemain, le voil&#224; au Zig Zag band. Sa verve et son autorit&#233; convainquent Joe Zelli d'en faire l'animateur du cabaret. Il apprend le m&#233;tier &#224; la six quatre deux, et monte &#224; son tour son propre club, Le Grand Duc, rue Pigalle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cha&#238;ne continue de s'&#233;tendre lorsque Gene Bullard engage Florence Jones. Cette jeune chanteuse noire a d&#233;cid&#233; de quitter les Etats-Unis puisqu'on lui dit que le racisme est moins virulent en Europe et surtout &#224; Paris. Elle y rencontre le succ&#232;s, puis accepte de se faire d&#233;baucher par Louis Mitchell qui a mont&#233; son cabaret et le nomme d'apr&#232;s son artiste vedette : &lt;i&gt;Chez Florence&lt;/i&gt; devient le club &#224; la mode !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre figure &#233;clatante de ce qu'on commence &#224; nommer Harlem in Paris est Bricktop ! La l&#233;gende veut que ce soit le mari de Florence, le pianiste Palmer Jones, qui lui ait sugg&#233;r&#233; de quitter l'Am&#233;rique en 1924 : elle pourrait remplacer Florence au Grand Duc. Ada Smith est une colored girl comme on dit &#224; l'&#233;poque ; mais elle a la peau claire et sa chevelure tire sur le roux, d'o&#249; son nom de sc&#232;ne : Bricktop, c'est plus ou moins Poil de carotte. Elle arrive &#224; Montmartre avec un beau palmar&#232;s : cette reine du charleston a chant&#233; et dans&#233; avec les Washingtonians, l'un des premiers orchestres de Duke Ellington, et mont&#233; un trio f&#233;minin &#224; Chicago. Mais c'est son succ&#232;s montmartrois qui lui vaut le po&#232;me que T.S Eliott lui d&#233;die.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui trouve-t-on dans ce petit Harlem ? Beaucoup d'Am&#233;ricains, chez les musiciens comme chez les spectateurs. Des artistes et des intellectuels : Hemingway le romancier, Cole Porter le prolifique compositeur de chansons, Langston Hughes le po&#232;te, les &#233;poux Fitzgerald et des Fran&#231;ais bien s&#251;r, Michel Leiris en t&#234;te. Mais &#233;galement le duc de Windsor, le roi Carol de Roumanie, Alphonse XIII d'Espagne&#8230; Le quartier est aussi lanc&#233; gr&#226;ce au Gotha qui s'amuse et il est de bon ton de chercher des frissons dans des lieux qui gardent une r&#233;putation interlope.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;putation qui n'est pas totalement usurp&#233;e. Beaucoup de musiciens, fran&#231;ais ou am&#233;ricains qui animent ce premier jazz &#224; Paris vivent de peu dans ce voisinage et cette boh&#232;me est souvent mouvement&#233;e. Le &#171; &lt;i&gt;milieu&lt;/i&gt; &#187; est au centre de bien des trafics et les musiciens ne sont pas tous des enfants de ch&#339;ur. Ecoutons Sidney Bechet :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;De m&#234;me qu'&#224; New York, il y avait la Prohibition, de m&#234;me &#224; Montmartre, il y avait les mauvais gar&#231;ons, des durs qui ne pensaient qu'&#224; faire leur racket. Presque tout le monde portait un revolver dans sa poche (...) Mike entre apr&#232;s moi (chez Florence) et me dit &#8220;Mon ami veut te voir&#8230;&#8221; Je connaissais la chanson : les musiciens du Nord et leurs rodomontades ! Ils sont comme jaloux de ceux du Sud ! &#8220;Mon ami n'aimera pas &#231;a !&#8221; et il sort son flingue et tire deux balles sur moi. Moi de mon c&#244;t&#233;, je tire le mien &#8211; il ne m'avait pas touch&#233; &#8211; et ma premi&#232;re balle lui rase le front. Alors Glover entend les coups de feu, il sort en courant et l'une de mes balles l'atteint &#224; la jambe, une autre atteint une jeune femme qui &#233;tait avec lui, et une autre ricoche contre un bec de gaz et blesse une dame fran&#231;aise qui allait au travail &lt;/i&gt; ! &#187; (Sidney Bechet, &lt;i&gt;La musique, c'est ma vie&lt;/i&gt;, &#233;d. La Table ronde, trad. Maurice et Yvonne Cullaz).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sidney Bechet, qui n'en est pas &#224; son premier coup de feu, se donne le r&#244;le de l'innocent, mais le quartier est chaud : L&#233;o Vauchan, l'un des premiers musiciens fran&#231;ais &#224; s'int&#233;resser s&#233;rieusement au jazz habite &#171; &lt;i&gt;l'h&#244;tel Victor Mass&#233; o&#249; demeuraient de nombreuses entra&#238;neuses. Presque tous les soirs, nous retrouvions des filles qui poussaient &#224; la consommation du champagne avec les clients&lt;/i&gt;&#8230; &#187; M&#234;me si la l&#233;gende s'installe facilement, le jazz fleurit dans un authentique quartier de plaisir. Et cela dure : Dizzy Gillespie, au soir de sa vie, se rappelait avec malice sa premi&#232;re visite &#224; Paris en 1937, et le succ&#232;s que lui valaient ses largesses aupr&#232;s des jeunes filles. Il avait le pourboire facile (I tipped very generously&#8230;).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quartier des plaisirs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le bas Montmartre est donc jusqu'apr&#232;s la Lib&#233;ration, l'endroit o&#249; les musiciens se croisent. Chez Bricktop, Louis Armstrong fait le b&#339;uf avec Django Reinhardt (qui habite avenue Frochot et a lui-m&#234;me bri&#232;vement ouvert un club, La Roulotte, rue Pigalle), devant St&#233;phane Grappelli &#233;merveill&#233; qui, &#224; l'&#233;poque, tient...le piano. Rue Chaptal, juste un peu plus bas s'installe le Hot Club de France, lieu de concerts, d'&#233;coute de disques et si&#232;ge de la revue Jazz Hot n&#233;e en 1935.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jazz a-t-il d&#233;sert&#233; ce quartier apr&#232;s la guerre ? Pas tout de suite et pas totalement, mais l'&#226;ge d'or &#233;tait pass&#233; et le mythe s'effilochera peu &#224; peu. Pourtant il a continu&#233; &#224; y vivre, souvent brillamment. Dans les ann&#233;es 70, La Cigale, bien diff&#233;rent du lieu qu'on conna&#238;t aujourd'hui, &#233;tait l'un des seuls endroits o&#249; la musique &#233;tait gratuite ou presque : l'entr&#233;e &#233;tait libre, on n'y payait que les consommations et on y entendait par exemple, le vieux Benny Waters ou le jeune Alain Jean-Marie. En montant place du Tertre, on pouvait &#233;couter, Chez Eug&#232;ne l'excellent pianiste cubain Alfredo Rodriguez, parfois agac&#233; par le peu d'attention que lui pr&#234;taient les touristes et en face, au Clairon des chasseurs de superbes guitaristes manouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on n'aura garde d'oublier le Centre d'informations musicales (CIM), longtemps install&#233; rue Doudeauville, fond&#233; en 1975 par le journaliste et saxophoniste Alain Guerrini, l'une des principales &#233;coles de jazz en France, d'o&#249; sont sortis des dizaines de musiciens aujourd'hui professionnels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Jean-Claude N'Diaye&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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