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	<title>Le 18e du mois</title>
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	<description>Le 18e du mois est un journal d'information sur le 18e arrondissement de Paris, ind&#233;pendant de toute organisation politique, religieuse ou syndicale. Il est &#233;dit&#233; par l'association des Amis du 18e du mois.</description>
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		<title>Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; du mois</title>
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		<title>Dans le petit coin, la place du Calvaire</title>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;De Henri IV au mime Marceau, en passant par Gazi le Tatar, la plus petite place de Paris, accol&#233;e &#224; l'imposante place du Tertre, rec&#232;le quelques jolis fragments d'histoire. &lt;br class='autobr' /&gt; Qui conna&#238;t vraiment la place du Calvaire ? Quelques Montmartrois curieux, quelques touristes dou&#233;s d'un modeste esprit d'ind&#233;pendance ; et ses habitants &#8211; car elle en a. Il est temps d'en apprendre davantage sur le pass&#233; et le devenir de cet espace, qui se pr&#233;sente un peu comme la chambre de d&#233;compression de son (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-histoire-1595-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH94/cabaret_coucou-38156.jpg?1767717101' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De Henri IV au mime Marceau, en passant par Gazi le Tatar, la plus petite place de Paris, accol&#233;e &#224; l'imposante place du Tertre, rec&#232;le quelques jolis fragments d'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Qui conna&#238;t vraiment la place du Calvaire ? Quelques Montmartrois curieux, quelques touristes dou&#233;s d'un modeste esprit d'ind&#233;pendance ; et ses habitants &#8211; car elle en a. Il est temps d'en apprendre davantage sur le pass&#233; et le devenir de cet espace, qui se pr&#233;sente un peu comme la chambre de d&#233;compression de son imm&#233;diate voisine, la place du Tertre. Il existe en effet des lignes invisibles mais infranchissables &#224; la multitude de touristes et l'une d'elles passe entre les deux places : d&#232;s qu'on en a pass&#233; le seuil, la place du Calvaire s'ouvre au promeneur comme un (relatif) havre de tranquillit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une glycine centenaire et un calvaire disparu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est un tout petit balcon accroch&#233; au flanc sud de la Butte, ombrag&#233; de quelques arbres et, il y a peu encore, d'une glycine centenaire dont l'abattage avait &#233;t&#233; hautement d&#233;plor&#233; par les Montmartrois - mais fort heureusement, elle a &#233;t&#233; remplac&#233;e par une jeune cong&#233;n&#232;re qui prosp&#232;re aujourd'hui. La vue, sur le sud et l'ouest de la ville, n'est certes pas aussi vaste que le panorama du parvis du Sacr&#233;-C&#339;ur, mais elle offre tout le charme d'un tableau aux lointains noy&#233;s de gris et de bleu, sous un grand morceau de ciel parisien. On y acc&#232;de par le nord depuis la place du Tertre ; par l'ouest en prenant la rue Poulbot ; ou encore par le sud, depuis la rue Gabrielle, en montant la &#171; rue &#187; du Calvaire, un tr&#232;s raide escalier, construit en 1844, &#224; un moment o&#249; l'exploitation intensive du pl&#226;tre de la Butte prenait fin, et o&#249; l'on pouvait enfin penser &#224; am&#233;nager et lotir les anciens terrains de l'abbaye de Montmartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 1873, elle s'est appel&#233;e place Sainte-Marie, avant d'emprunter son nom actuel &#224; la rue-escalier voisine, elle-m&#234;me ainsi nomm&#233;e parce qu'elle aboutissait &#224; un calvaire, c'est-&#224;-dire une croix de pierre, mentionn&#233;e d&#232;s 1675. Ce calvaire marquait sans doute un jalon dans la galerie couverte qui unissait jadis l'abbaye d'En-haut (autour de l'&#233;glise Saint-Pierre) &#224; celle d'En-bas (place des Abbesses). Ce monument a disparu sans laisser de traces.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D'&#233;tranges statues&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette gracieuse placette n'a jamais compt&#233; que six num&#233;ros, et, jusqu'en 1970, elle butait tr&#232;s vite sur un haut mur perc&#233; d'une grille, qui a &#233;t&#233; abattu pour faire place &#224; la toute nouvelle rue Poulbot, cr&#233;&#233;e &#224; partir de l'ancienne impasse Tra&#238;n&#233;e qui unissait la rue Norvins &#224; l'arri&#232;re de la place du Calvaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons la visite par les num&#233;ros impairs. Au 1, la &#171; maison aux hiboux &#187;, dont la porte d'entr&#233;e est surmont&#233;e de deux chouettes de pierre, et magnifiquement perc&#233;e de deux impostes en forme d'&#339;il (de rapace ? de fauve ?). Dominant un vaste jardin qui d&#233;vale en pente raide vers la rue Gabrielle, cette demeure a &#233;t&#233; &#233;difi&#233;e en 1905, dans le style Art nouveau, pour l'artiste Maurice Neumont (peintre, lithographe et affichiste de renom) par l'architecte Louis Brachet. Elle a &#233;t&#233; r&#233;alis&#233;e sur la base d'un b&#226;timent plus ancien qu'un certain Claude Fatiguet, coiffeur de son &#233;tat, s'&#233;tait fait construire (probablement &#224; la place d'une maison du village), vers 1850, en la flanquant fi&#232;rement d'une tourelle aux allures n&#233;o-gothiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maurice Neumont travaillera, et mourra (en 1930), dans sa belle maison (la &#171; maison aux hiboux &#187; par Gazi ), non sans avoir auparavant cr&#233;&#233; avec ses proches confr&#232;res montmartrois &#8211; Forain, Poulbot, Gu&#233;rin, Willette &#8211; la R&#233;publique de Montmartre et avoir d&#233;cor&#233; sa maison de plusieurs sculptures en bois de son jeune ami &#201;douard-Marcel Sandoz, grand-p&#232;re de l'actuel propri&#233;taire. Apr&#232;s la mort de Neumont, la maison est achet&#233;e par un autre peintre, Louis Icart, illustrateur pour des revues de mode et des catalogues de grands couturiers. Il mourra en 1950 et sa veuve, Fanny Icart, la vendra alors &#224; la famille qui la poss&#232;de aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 3 n'existe plus. Il figurait sur ce mur qui fermait le fond de la place et qui fut d&#233;moli en 1970 &#8211; on le discerne bien sur la carte postale ancienne (La terrasse du Coucou et le num&#233;ro 3 de la place du Calvaire ). Cette vaste parcelle, qui appara&#238;t tr&#232;s clairement sur le plan cadastral du haut Montmartre, r&#233;fugi&#233;e derri&#232;re ce mur, a accueilli, au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le presbyt&#232;re de Saint-Pierre de Montmartre. C'&#233;tait pour les cur&#233;s de la paroisse une belle r&#233;sidence que cette maison de la fin du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, entour&#233;e d'un vaste jardin qui occupait toute la surface aujourd'hui devenue la rue Poulbot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un soir de d&#233;cembre 1886, F&#233;lix Jahyer, membre fondateur de la soci&#233;t&#233; d'histoire et d'arch&#233;ologie le Vieux Montmartre, vient frapper &#224; la porte de l'abb&#233; Fleuret, cur&#233; de Saint-Pierre, au num&#233;ro 3 de la place du Calvaire. Le pr&#234;tre lui a en effet parl&#233; de trois &#233;tranges statues qui peuplent son jardin et il vient &#224; la d&#233;couverte. Enthousiasm&#233;, Jahyer livrera aussit&#244;t, dans un des premiers bulletins de la Soci&#233;t&#233;, d&#233;but 1887, une description pr&#233;cise de ces statues et de leur possible origine, ainsi que quelques &#233;l&#233;ments sur l'histoire des lieux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les amours de Henri IV&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Selon ses recherches et celles du cur&#233;, s'&#233;levait &#224; cet endroit, au tout d&#233;but du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, un pavillon qui aurait abrit&#233; les amours de Henri IV et de Gabrielle d'Estr&#233;es (deux personnages qui ont beaucoup fr&#233;quent&#233; la Butte, o&#249; un &#171; parc de la Belle Gabrielle &#187;, et un &#171; relais de chasse de Henri IV &#187; ont longtemps rappel&#233; le souvenir de leur passage). Apr&#232;s la mort du souverain, en 1610, ce pavillon a pu rester propri&#233;t&#233; de l'&#201;tat, qui y aurait parfois log&#233; d'importants personnages. Deux des trois statues, celles de Mars et de Bellone, datent des d&#233;buts du pavillon royal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La troisi&#232;me, d'&#233;poque Louis XV, repr&#233;sentant une nymphe, est venue les rejoindre beaucoup plus tard. Vers la fin du XVIII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la propri&#233;t&#233; du terrain passe &#224; la commune, qui en fera le presbyt&#232;re de l'&#233;glise Saint-Pierre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de sa visite au num&#233;ro 3, F&#233;lix Jahyer a fait d'autres &#233;tonnantes d&#233;couvertes, notamment celles de trois inscriptions fun&#233;raires, la premi&#232;re datant de 1664, la deuxi&#232;me (il a retrouv&#233; cette plaque de marbre dans le poulailler !) de 1741, la derni&#232;re de 1800. Toutes trois sont incompl&#232;tes, la plus ancienne, du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, semble concerner un Fran&#231;ais, &#171; Pierre Thie... ? &#187; ; celle de 1741 rappelle le souvenir d'un baron allemand, N&#233;pomuc&#232;ne de Schmidfeld, natif de Fribourg-en-Brisgau ; et celle de 1800, celui d'un officier espagnol, rest&#233; anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il d&#233;couvre &#233;galement, nous dit-il, &#171; deux vases, de forme originale, un chapiteau, quelques d&#233;bris de colonnes grecques, une t&#234;te de lion en lames de fer [sic ?] et enfin les caves de la premi&#232;re demeure [le pavillon de Henri IV, donc], dont l'entr&#233;e b&#233;ante est tr&#232;s caract&#233;ristique et qui, par la nature des mat&#233;riaux employ&#233;s comme par la forme des vo&#251;tes, ne laissent aucun doute sur leur origine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que reste-t-il de tous ces vestiges encore sur place en 1887 &#8211; notamment apr&#232;s les travaux d'am&#233;nagement de la rue Poulbot en 1970. La question reste ouverte, et l'enqu&#234;te &#224; faire. Nous n'avons pour l'instant que la photographie de deux des trois fameuses statues, les plus anciennes, celles de Mars et Bellone, prises en 1887 par Henri Daudet, le photographe attitr&#233; de l'association le Vieux Montmartre (Les statues de Mars et de Bellone, prises en 1887 dans le jardin du presbyt&#232;re ).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Chez Plumeau, anciennement Coucou&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons &#224; pr&#233;sent les num&#233;ros pairs : le 2 est d&#233;sormais condamn&#233;, cette maison qui se trouve &#224; l'angle des deux places ayant aujourd'hui son entr&#233;e c&#244;t&#233; place du Tertre. Le lieu appartient depuis un si&#232;cle &#224; la m&#234;me famille. C'&#233;tait au d&#233;part un petit pavillon adoss&#233; &#224; un hangar, transform&#233; depuis en une seule maison d'habitation. Elle occupait initialement une large partie de l'entr&#233;e de la place (l'autre moiti&#233; appartenant au num&#233;ro 1), travers&#233;e par un chemin d'acc&#232;s public qui constituait une servitude sur ces terrains priv&#233;s. La ville a depuis r&#233;cup&#233;r&#233; ces espaces, laissant au num&#233;ro 2 un petit jardinet devant sa fa&#231;ade, et au 1, une petite grille qui en prot&#232;ge les abords imm&#233;diats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 4 est une maison villageoise qui abrite aujourd'hui l'ancien cabaret Chez Plumeau, jadis institution locale, et aujourd'hui, sous la m&#234;me enseigne, simple restaurant pour touristes (ais&#233;s). Sa charmante terrasse, ombrag&#233;e par la glycine &#233;voqu&#233;e plus haut, convie le passant &#224; la halte. Chez Plumeau a remplac&#233; le restaurant du Coucou qui tout au long du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle a accueilli les Montmartrois, les Parisiens de passage ainsi que les noces, banquets, bapt&#234;mes, etc. Un grand nombre de cartes postales en t&#233;moigne, mais la place nous manque pour vous les pr&#233;senter.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le costumier du mime Marceau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 6 est un charmant petit immeuble des ann&#233;es 1830 qui en ces temps lointains abritait des habitants aux revenus modestes (est-il utile de pr&#233;ciser que ce n'est plus du tout le cas aujourd'hui ?). Dans les ann&#233;es 1950, l'un des locataires en &#233;tait Michel Marchand, costumier de th&#233;&#226;tre. De son atelier qui se trouvait en contrebas, rue Gabrielle, sont sortis, entre beaucoup d'autres, tous les costumes de sc&#232;ne du mime Marceau. Un autre habitant de l'immeuble &#233;tait une de ces pittoresques figures du quartier propres &#224; Montmartre : Gazi Ighan Ghirei, dit Gazi le Tatar, descendant d'une famille de princes tatars issus, &#224; en croire la tradition, de Gengis Khan lui-m&#234;me. La r&#233;volution bolchevique de 1917 chasse la famille de sa Crim&#233;e natale et, apr&#232;s quelques p&#233;r&#233;grinations, elle arrive &#224; Paris o&#249; Gazi se consacrera &#224; la peinture (ses tableaux sont aujourd'hui recherch&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1934, il rencontre l'artiste Suzanne Valadon et son fils Maurice Utrillo. Une grande affection va lier ces artistes, au point que Gazi se consid&#233;rera comme le fils adoptif de Suzanne (qu'il appelait &#171; M&#233;m&#232;re &#187;) et donc le fr&#232;re de Maurice. Il vivra chez Suzanne jusqu'&#224; la mort de celle-ci, en 1938, avant de s'installer au rez-de-chauss&#233;e du 6, place du Calvaire. Converti au catholicisme, il devient bedeau &#224; l'&#233;glise Saint-Pierre et &#339;uvre pour la restauration du culte de Notre-Dame-de-Montmartre, rebaptis&#233;e Notre-Dame-de-Beaut&#233;, patronne de tous les artistes. Gazi meurt seul, dans la mis&#232;re, la nuit de la Toussaint 1975. On peut voir sa tombe au cimeti&#232;re Saint-Vincent, de l'autre c&#244;t&#233; de la Butte. La photo le montre &#224; sa fen&#234;tre de la place du Calvaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En six &#233;tapes, nous avons fait le tour de cette place minuscule, partie int&#233;grante de l'histoire de Montmartre. Arr&#234;tez-vous sur un de ses bancs, respirez, regardez la vue, les fa&#231;ades, les arbres, les pav&#233;s : les fant&#244;mes viendront &#224; votre rencontre (Vue de la place du Calvaire, par Gazi ).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : collection priv&#233;e&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>TROIS CIMETI&#200;RES SUR LA BUTTE</title>
		<link>https://www.18dumois.info/trois-cimetieres-sur-la-butte.html</link>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Lieux de promenade et de souvenir, les cimeti&#232;res Saint-Vincent, du Calvaire et Montmartre ont des &#233;tendues, des origines et des histoires bien diff&#233;rentes. Allons-y voir de plus pr&#232;s. &lt;br class='autobr' /&gt; Parmi bien d'autres records, la Butte d&#233;tient celui d'abriter sur son territoire le plus grand nombre de cimeti&#232;res de toute la capitale. Pas moins de trois pour ce quartier du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, alors que les dix-neuf autres n'en comptent qu'un ou deux au maximum, la seule exception &#233;tant le 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; qui en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-histoire-1533-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH97/_saint-pierre-du-calvaire_11-51e24.jpg?1746383372' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='97' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lieux de promenade et de souvenir, les cimeti&#232;res Saint-Vincent, du Calvaire et Montmartre ont des &#233;tendues, des origines et des histoires bien diff&#233;rentes. Allons-y voir de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Parmi bien d'autres records, la Butte d&#233;tient celui d'abriter sur son territoire le plus grand nombre de cimeti&#232;res de toute la capitale. Pas moins de trois pour ce quartier du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, alors que les dix-neuf autres n'en comptent qu'un ou deux au maximum, la seule exception &#233;tant le 20&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; qui en abrite trois : P&#232;re-Lachaise, Picpus et Charonne. Entre tombes de personnages c&#233;l&#232;bres ou populaires, monuments sculpt&#233;s et all&#233;es arbor&#233;es, les trois cimeti&#232;res montmartrois (Saint-Vincent, le Calvaire et Montmartre, appel&#233; officiellement cimeti&#232;re du Nord) sont la preuve vivante que le quartier de Montmartre poss&#232;de une &#226;me et une histoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Discr&#233;tion et myst&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons tout en-haut, par celui qui &#224; son tour d&#233;tient trois records. Celui de l'anciennet&#233; (le plus vieux cimeti&#232;re subsistant de Paris, cr&#233;&#233; en 1688), de l'altitude (on y trouve le point culminant de la ville, &#224; 130,53 m) et de la plus petite surface (600 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; &#224; peine).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cimeti&#232;re du Calvaire est ainsi nomm&#233; parce qu'il voisine le monument du m&#234;me nom : trois croix grandeur nature juch&#233;es sur un monticule de pierres recouvrant une grotte artificielle, bref, un calvaire, cr&#233;&#233; en 1833 par un eccl&#233;siastique ambitieux, l'abb&#233; Ottin, cur&#233; de Saint-Pierre de Montmartre, que ce projet d&#233;mesur&#233; ruina. Le calvaire et son chemin de croix, qui devaient attirer des foules de p&#232;lerins, ont failli &#224; la t&#226;che et l'&#233;closion du Sacr&#233;-C&#339;ur, &#224; partir des ann&#233;es 1880, leur a donn&#233; le coup de gr&#226;ce. Le cimeti&#232;re qui en porte le nom ne s'entrouvre qu'une fois l'an, &#224; la Toussaint, mais Pascal Cassandro, conservateur des cimeti&#232;res de Montmartre, nous en a ouvert les portes pour une petite visite sp&#233;ciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette discr&#233;tion, ce myst&#232;re, scell&#233;s par de hauts murs et une imposante porte de bronze ne font qu'ajouter au charme de l'endroit. Ce petit enclos fut offert par Marie-Anne de Lorraine-Harcourt, quarante-et-uni&#232;me abbesse de Montmartre, aux villageois pour en faire le cimeti&#232;re paroissial (le lieu s'y pr&#234;tait tout naturellement, car mille ans auparavant on y trouvait d&#233;j&#224; une n&#233;cropole m&#233;rovingienne). Il a accueilli les morts de Montmartre d&#232;s la fin du XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et, apr&#232;s la parenth&#232;se r&#233;volutionnaire (entre 1792 et 1801), jusqu'en 1831, date &#224; laquelle, pour cause de surpopulation fun&#233;raire, le tout nouveau cimeti&#232;re communal de Saint-Vincent prend la rel&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le Calvaire ne compte plus que quatre-vingt-six tombes, dont aucune ne remonte au-del&#224; des d&#233;buts du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les tombes pr&#233;-r&#233;volutionnaires ayant toutes disparu. On y rencontre cependant bien des personnalit&#233;s aussi attachantes que contrast&#233;es : les Bougainville (le navigateur, sa femme et sa petite-fille), les Fitz-James, la princesse Galitzine, les Laborde ou les Montesquiou-Fezensac. Tout ce beau monde y c&#244;toie en toute simplicit&#233; (nous sommes &#224; Montmartre !) les carriers, les vignerons et les meuniers du cru. Sans oublier les cur&#233;s de la paroisse et le premier maire de Montmartre, F&#233;lix Desportes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Calvaire est un cimeti&#232;re de campagne, ensauvag&#233;, dont les pensionnaires dorment leur dernier sommeil parmi les herbes folles et &#224; l'ombre de deux &#233;rables sycomores centenaires, dans une bienheureuse ignorance de ce qui les cerne aujourd'hui : la masse &#233;crasante, tonitruante du Sacr&#233;-C&#339;ur ou celle, mouvante, bruyante, ent&#234;tante, des touristes de la place du Tertre voisine. Aujourd'hui, seules les familles dont un anc&#234;tre repose dans ce cimeti&#232;re peuvent s'y faire inhumer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;C&#233;nacle montmartrois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sortant du Calvaire, nous n'avons que quelques pas &#224; faire pour descendre vers le cimeti&#232;re Saint-Vincent, chant&#233; par Bruant &#224; la Belle &#201;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, c'est un clos, comme pour la vigne de Montmartre, sa proche voisine mais dont les murs sont moins hauts et le paysage bien plus min&#233;ral que celui du Calvaire. Son terrain est dix fois plus vaste et il accueille dix fois plus de tombes. Ce cimeti&#232;re a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233; en 1831, dans un Montmartre o&#249; les constructions &#233;taient encore rares, sur une vaste friche en pente avec beaucoup d'escaliers pour relier les divers niveaux : 17 m de d&#233;nivel&#233; entre les rues Caulaincourt et Saint-Vincent. Ce qui donne une belle vue en contre-plong&#233;e sur le haut de la Butte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, le lieu a &#233;t&#233; tr&#232;s joliment v&#233;g&#233;talis&#233; en jardin m&#233;ridional : oliviers, figuiers, cypr&#232;s, cytises, arbres fruitiers, lilas et beaucoup de fleurs partout, ce qui en fait un lieu de tr&#234;ve et de r&#234;ve, au demeurant peu fr&#233;quent&#233;, o&#249; l'on aura plaisir &#224; fl&#226;ner, explorer et s'asseoir au soleil, en bonne compagnie, car les morts qui vous y entourent ont souvent &#233;t&#233; de grands vivants. &#192; la diff&#233;rence du Calvaire, c'est un cimeti&#232;re essentiellement montmartrois, ici pas de mixit&#233; entre Montmartre et les grandes familles aristocratiques de la Chauss&#233;e-d'Antin et du faubourg Montmartre. Classes populaires ou personnalit&#233;s c&#233;l&#232;bres, tous ont v&#233;cu et/ou cr&#233;&#233; sur la Butte, acteurs, peintres, sculpteurs, musiciens, &#233;crivains, po&#232;tes, journalistes : Marcel Carn&#233;, Maurice Utrillo, Eug&#232;ne Boudin, &#201;mile Goudeau, Roland Dorgel&#232;s, Anouk Aim&#233;e, Th&#233;ophile Alexandre Steinlen, Harry Baur. Les vieilles familles montmartroises comme les L&#233;cuyer (&#233;galement pr&#233;sents au Calvaire), Tourlaque, Labat, Muller sont l&#224; aussi. Et les figures du quartier, comme Michou, ou un po&#232;te oubli&#233; du si&#232;cle avant-dernier, qui hantait tous les caf&#233;s, un certain Gazi le Tatar...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les g&#233;n&#233;raux Lecomte et Cl&#233;ment-Thomas, fusill&#233;s (probablement par leurs propres soldats) le 18 mars 1871 pour avoir tent&#233; d'emporter les canons stationn&#233;s au sommet de la Butte Montmartre, y ont &#233;t&#233; inhum&#233;s temporairement. Ce sont les premiers morts de la Commune.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Patrimoine historique et paysage pittoresque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'exploration se poursuit en descendant encore, par la rue Caulaincourt et le pont du m&#234;me nom qui m&#232;ne vers la place de Clichy. Juste avant d'y d&#233;boucher, on emprunte &#224; gauche un raide escalier qui d&#233;gringole vers l'entr&#233;e du troisi&#232;me et dernier cimeti&#232;re de notre circuit. Il existe deux autres entr&#233;es pour cette n&#233;cropole de quelque onze hectares, l'une &#224; son extr&#233;mit&#233; nord, ouverte seulement le Jour des morts, le 2 novembre, l'autre &#224; l'ouest, rue Ganneron, cr&#233;&#233;e en 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cimeti&#232;re Montmartre a ouvert sous le nom officiel de cimeti&#232;re du Nord le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; janvier 1825, mais on avait (tr&#232;s sommairement, dans des fosses communes) enseveli l&#224; bien avant, pendant la R&#233;volution, les corps des victimes des &#233;meutes parisiennes (et notamment des 300 gardes suisses tu&#233;s en d&#233;fendant le palais des Tuileries, le 10 ao&#251;t 1792). Le lieu s'appelait alors le Champ du repos et n'&#233;tait gu&#232;re attirant. Il faut imaginer de grandes carri&#232;res de pl&#226;tre d&#233;saffect&#233;es, un vaste terrain vague en forme de cuvette encadr&#233; des raides pentes de la Butte. C'est une configuration que l'on peut lire encore dans le cimeti&#232;re bien peign&#233; que l'on visite aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s son ouverture, il a accueilli le surplus des morts que le cimeti&#232;re du Calvaire ne pouvait plus absorber et ce jusqu'&#224; l'ouverture de celui de Saint-Vincent en 1831. On y a &#233;galement am&#233;nag&#233; un carr&#233; dit &#171; isra&#233;lite &#187; pour les tombes juives, &#224; une &#233;poque o&#249; chaque culte devait avoir son lieu d'inhumation particulier. Cette pratique a &#233;t&#233; abolie en 1882 et d&#233;sormais, tous les morts reposent ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cimeti&#232;re existait depuis plus de cinquante ans lorsque les &#233;diles parisiens d&#233;cid&#232;rent de prolonger la rue Caulaincourt (jusque-l&#224;, elle s'arr&#234;tait net au bord du cimeti&#232;re en contrebas) jusqu'&#224; la place de Clichy. Pour ce faire, il fallait construire un viaduc permettant de franchir la profonde cuvette du cimeti&#232;re, bref, faire passer un pont au-dessus des tombes. On cria au sacril&#232;ge, &#224; l'aberration, les protestations se multipli&#232;rent mais rien n'y fit, le pont Caulaincourt fut construit. Inaugur&#233; fin 1888, il est aujourd'hui emprunt&#233; tous les jours par des milliers d'automobilistes, ainsi que par d'innombrables pi&#233;tons qui se suivent &#224; la queue-leu-leu sur les &#233;troits trottoirs qui flanquent la chauss&#233;e. C'est un bel ouvrage de g&#233;nie civil, tout en croisillons et pilastres cannel&#233;s de fonte et le temps passant, il s'est bien int&#233;gr&#233; au paysage fun&#233;raire. Il offre un coup d'&#339;il imprenable sur les floraisons et frondaisons de ce magnifique jardin, plant&#233; de 750 arbres, &#233;rables, marronniers, tilleuls et thuyas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin class&#233; dans son ensemble depuis presqu'un an (voir notre num&#233;ro 332)*, le cimeti&#232;re Montmartre est un lieu de promenade et de souvenir qui compte plus de 20 000 concessions. C'est aussi un v&#233;ritable mus&#233;e de la statuaire avec des &#339;uvres de Bartholdi, David d'Angers, Rodin, Rude, etc.. L&#224; encore, les personnalit&#233;s enterr&#233;es sont bien souvent des c&#233;l&#233;brit&#233;s. P&#234;le-m&#234;le : Fran&#231;ois Truffaut, la Dame aux cam&#233;lias (Alphonsine Plessis de son vrai nom), Claire Bret&#233;cher, Hector Berlioz, Sacha Guitry, Heinrich Heine, Jacques Offenbach, Dalida, Alfred de Vigny, Stendhal, Jeanne Moreau, Louis Jouvet...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans oublier une dame plus discr&#232;te qu'il ne faut pas manquer d'aller saluer lors d'un passage : Ir&#232;ne Hillel-Erlanger, l'autrice du merveilleux Voyage en kal&#233;idoscope.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : &#201;ric Durand&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>VIVRE AUX ABBESSES ENTRE QUI&#201;TUDE ET RENTABILIT&#201;</title>
		<link>https://www.18dumois.info/vivre-aux-abbesses-entre-quietude-et-rentabilite.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner, Dominique Boutel</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Brocantes, vide-greniers, march&#233;s de No&#235;l, f&#234;te de la coquille ou autres manifestations s'installent r&#233;guli&#232;rement sur la place des Abbesses. Moments de rencontres entre voisins ou appel au tourisme ? Op&#233;rations commerciales ou animation de quartier ? Les avis sont partag&#233;s. &lt;br class='autobr' /&gt; A proximit&#233; de l'&#233;glise Saint-Jean de Montmartre et de la station de m&#233;tro Abbesses, toutes deux class&#233;es et normalement imposant certaines r&#232;gles, la place des Abbesses est occup&#233;e par quelque sept ou huit &#233;v&#233;nements (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-la-vie-du-18e-1518-.html" rel="directory"&gt;La vie du 18e&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Brocantes, vide-greniers, march&#233;s de No&#235;l, f&#234;te de la coquille ou autres manifestations s'installent r&#233;guli&#232;rement sur la place des Abbesses. Moments de rencontres entre voisins ou appel au tourisme ? Op&#233;rations commerciales ou animation de quartier ? Les avis sont partag&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A proximit&#233; de l'&#233;glise Saint-Jean de Montmartre et de la station de m&#233;tro Abbesses, toutes deux class&#233;es et normalement imposant certaines r&#232;gles, la place des Abbesses est occup&#233;e par quelque sept ou huit &#233;v&#233;nements commerciaux chaque ann&#233;e. Ils engendrent des nuisances pour les riverains qui, pour beaucoup d'entre eux, vivent dans le quartier depuis longtemps, avant le choc immobilier : bruit jusque tard dans la soir&#233;e, odeurs, groupes &#233;lectrog&#232;nes tournant &#224; plein, d&#233;chets s'&#233;talant &#224; la ronde&#8230; Ces occupations suscitent un certain nombre de questions : pourquoi, pour qui, par qui sont organis&#233;s ces &#233;v&#233;nements ? Au profit de qui ? &#192; qui vont les fonds ainsi collect&#233;s ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des commer&#231;ants &#224; l'unisson&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Directeur de l'agence Immopolis, Brice Moyse est le quatri&#232;me pr&#233;sident de l'association des commer&#231;ants Lepic-Abbesses (ACLA). Cr&#233;&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 70 par l'ancien charcutier de la rue Lepic, Michel Langlois, qui a fait scission et cr&#233;&#233; une autre association - laquelle finance notamment son journal, Montmartre &#224; la Une &#8211; l'ACLA compte aujourd'hui quelque 180 membres, exclusivement des commer&#231;ants du quartier Lepic-Abbesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'une de ses grandes &#171; victoires &#187; r&#233;centes a &#233;t&#233; l'ouverture du dimanche dans tout ce quartier, un combat qui a dur&#233; cinq ans et qui a &#171; fait venir le ministre du Tourisme de l'&#233;poque ! &#187;. Cette ouverture dominicale a &#233;t&#233; rendue possible, selon Brice Moyse, par la transformation des Abbesses en &#171; quartier vert &#187;, &#224; l'initiative de Sylvain Garel, (ancien &#233;lu &#233;cologiste du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;) dans le cadre de l'op&#233;ration Paris respire. &#171; La v&#233;g&#233;talisation et l'&#233;largissement des trottoirs ont permis l'installation de terrasses de caf&#233;s et restaurants, se f&#233;licite le pr&#233;sident de l'ACLA, qui nous a re&#231;ues dans ses bureaux d'Immopolis. &#199;a a aussit&#244;t amen&#233; de nouvelles enseignes, qui ont attir&#233; un grand nombre de touristes &#187;. &#192; l'inverse, les prix du foncier ont explos&#233; et les petits commerces de proximit&#233; ont progressivement disparu, m&#234;me si selon Brice Moyse, &#171; le petit commerce s'&#233;tiolait, et que Montmartre : c'est la vie, la f&#234;te, les lumi&#232;res ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il affirme avoir &#233;t&#233; &#233;galement le premier &#224; sugg&#233;rer &#224; Anne Hidalgo la possibilit&#233; de cr&#233;er des terrasses &#233;ph&#233;m&#232;res sur les places de stationnement au sortir du Covid tout en reconnaissant certains abus malgr&#233; les r&#232;glements et les contraventions. Si c'est le cas, cela ne semble pas g&#234;ner les int&#233;ress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quid des habitants ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'ACLA organise trois manifestations par an sur la place des Abbesses : le march&#233; de No&#235;l et deux brocantes. Les fonds r&#233;colt&#233;s servent &#224; financer les illuminations de No&#235;l, dont le co&#251;t, nous dit Brice Moyse, se monte &#224; 50 000 &#8364;. La Mairie aide via une subvention de 10 000 &#8364;. Les deux autres brocantes et la f&#234;te de la coquille Saint-Jacques sont organis&#233;es par Michel Langlois, et celle de l'aligot par le Cercle aveyronnais de Montmartre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le projet de classement de Montmartre au patrimoine mondial de l'Unesco, Brice Moyse y est favorable, lui-m&#234;me faisant partie de l'une des commissions pr&#233;paratoires. En revanche, il se dit pr&#233;occup&#233; par le projet de pi&#233;tonisation de la Butte (voir notre article page 13) : &#171; Ce n'est pas une pi&#233;tonisation, c'est une interdiction de circulation. Je ne comprends pas cette obsession du transit sur les hauteurs de la Butte, il n'y a aucun probl&#232;me de circulation automobile &#224; Montmartre ! Cela va &#234;tre un chaos &#233;pouvantable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vivre-ensemble n'est pas simple sur la Butte Montmartre, entre le souhait des Montmartrois de voir leur quartier rester habitable et ceux qui y voient une source de rentabilit&#233;, ce qui n'est pas, &#224; leurs yeux, incompatible avec le bien vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Brice Moyse est, selon ses dires, un amoureux du quartier, mais pour lui, Montmartre, c'est la f&#234;te : &#171; C'est de l'animation de quartier, les gens aiment beaucoup &#231;a ! &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas tort, le surtourisme en constante expansion le prouve. Mais quid des habitants, qui aimeraient pouvoir y vivre leur quotidien, sans &#234;tre &#233;cras&#233;s, au propre et au figur&#233;, par le raz-de-mar&#233;e des touristes ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>F&#234;te des vendanges, au bon vin du 18e</title>
		<link>https://www.18dumois.info/fete-des-vendanges-au-bon-vin-du-18eme.html</link>
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		<dc:date>2024-09-29T15:35:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Paysage familier des Montmartrois mais aussi haut lieu &#171; instagrammable &#187; pour les millions de touristes qui s'y pressent, la vigne de la rue des Saules est plus vigoureuse que jamais. &lt;br class='autobr' /&gt; Sur une parcelle de 1 500 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; orient&#233;e plein nord, les pieds de vigne voisinent avec des plantes fleuries, autour d'une tonnelle centrale. Ce lieu existe depuis 1933, ann&#233;e o&#249; un groupe de Montmartrois s'est farouchement oppos&#233; &#224; un projet immobilier sur ce qui &#233;tait alors un terrain vague. Si l'on a voulu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-montmartre-1476-.html" rel="directory"&gt;Montmartre&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH94/s.leplatre__sureau__e_lejoindre-c1b6c.png?1727626770' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='94' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Paysage familier des Montmartrois mais aussi haut lieu &#171; instagrammable &#187; pour les millions de touristes qui s'y pressent, la vigne de la rue des Saules est plus vigoureuse que jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sur une parcelle de 1 500 m&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;2&lt;/sup&gt; orient&#233;e plein nord, les pieds de vigne voisinent avec des plantes fleuries, autour d'une tonnelle centrale. Ce lieu existe depuis 1933, ann&#233;e o&#249; un groupe de Montmartrois s'est farouchement oppos&#233; &#224; un projet immobilier sur ce qui &#233;tait alors un terrain vague. Si l'on a voulu en faire une vigne plut&#244;t qu'un square classique, ou un terrain de sport, c'est pour perp&#233;tuer le souvenir d'un temps o&#249; la Butte &#233;tait largement viticole. D'ailleurs, les premi&#232;res ann&#233;es, il n'&#233;tait m&#234;me pas question de vinification, on se contentait d'embouteiller le jus du raisin pour le distribuer dans les h&#244;pitaux et les cr&#232;ches. Il faudra attendre 1953 pour que la premi&#232;re cuv&#233;e sorte du chai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propri&#233;t&#233; de la Ville, le terrain est cultiv&#233; par les soins de la Direction des espaces verts, sous l'&#339;il vigilant de l'&#339;nologue Sylviane Lepl&#226;tre et du jardinier en chef Vincent, dont le pr&#233;nom renvoie au saint patron des vignerons. Pour ce qui est de la promotion et de la gestion, la vigne rel&#232;ve du Comit&#233; des f&#234;tes et d'actions sociales (COFAS), une association qui emploie quatre ou cinq salari&#233;s (dont l'&#339;nologue) et s'appuie sur plusieurs b&#233;n&#233;voles. &#171; &lt;i&gt;La vigne c'est l'image de Montmartre &#187;, rappelle Eric Sureau, son pr&#233;sident. Car depuis le d&#233;part, cette vigne s'est voulue &#171; solidaire&#171; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une oenologue-agronome sur la Butte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En effet, si le COFAS ne se charge plus de l'organisation de la F&#234;te des vendanges, d&#233;sormais sous-trait&#233;e &#224; une agence d'&#233;v&#233;nementiel, il continue d'utiliser les revenus de la vigne pour venir en aide aux plus d&#233;munis de l'arrondissement : repas au restaurant offert une fois par an &#224; 1000 personnes &#226;g&#233;es, galette des Rois, spectacle gratuit du Moulin-Rouge, et de nombreux soutiens &#224; des associations luttant contre l'illettrisme ou le handicap. Mais au-del&#224; de la carte postale, du slogan f&#233;d&#233;rateur et des bonnes actions, qu'est-ce exactement que la vigne de Montmartre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait penser qu'elle n'est plus que le p&#226;le reflet d'un temps lointain, celui o&#249; la Butte produisait &#224; volont&#233; un &#171; picolo &#187; assez aigrelet, aux vertus tr&#232;s diur&#233;tiques. &#171; Qui boit le vin de Montmarte, pour une pinte en pisse quarte &#187;, assure un c&#233;l&#232;bre dicton. Et bien, on aurait tort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un entretien avec Sylviane Lepl&#226;tre, l'&#339;nologue du Clos-Montmartre, renverse nos id&#233;es re&#231;ues et ouvre des horizons diff&#233;rents. Loin de tout pass&#233;isme nostalgique, cette vigne est porteuse d'avenir : celui de la viticulture de ville, &#224; Paris et au-del&#224;, dans toute l'&#206;le-de-France. L'orientation plein nord, jug&#233;e quasi aberrante il y a encore quelques ann&#233;es ? &#171; &lt;i&gt;Un atout de plus en plus pr&#233;cieux, avec le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187;. Le terroir ingrat ? Pas tant que &#231;a : &#171; &lt;i&gt;c'est un sol l&#233;ger et sablonneux qui, pourvu qu'on ne m&#233;nage pas sa peine, donnera des vins droits, nets, s&#233;duisants, aux tanins adoucis, &#224; l'acidit&#233; mod&#233;r&#233;e, aux accents fruit&#233;s, l&#233;gers et plaisants &#224; boire.&lt;/i&gt; &#187; Bref, un vin bien dans le go&#251;t du temps, &#224; l'image de la native de Chartres qui a succ&#233;d&#233; &#224; Francis Gourdin, le premier &#339;nologue du Clos-Montmartre, lequel a dot&#233; le chai (au sous-sol de la mairie, place Jules-Joffrin) d'un &#233;quipement moderne (cuves, barriques, presse pneumatique qui am&#233;liore grandement la qualit&#233; du jus). &#171; &lt;i&gt;Mais il &#233;tait plus &#339;nologue qu'agronome, or cette dimension est aujourd'hui essentielle, en particulier dans les vignobles urbains&lt;/i&gt; &#187;, explique celle qui s'est form&#233;e comme ing&#233;nieure agronome et viticultrice &#224; l'universit&#233; de Montpellier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un enc&#233;pagement &#224; l'image de l'arrondissement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Sur la Butte, Sylviane Lepl&#226;tre trouve des ceps vieillissants, un vin encore m&#233;diocre et un sol qu'il faut nourrir et conforter. Mais dix ans plus tard, les r&#233;sultats sont l&#224;. De nouvelles vari&#233;t&#233;s, r&#233;sistantes aux maladies ont progressivement remplac&#233; les anciens plants, ce qui permet d'&#233;viter tout traitement phytosanitaire (mis &#224; part le soufre et le cuivre, qui, faute de substituts, sont accept&#233;s pour les productions bio). La taille et le palissage permettent une couverture foliaire importante qui favorise la photosynth&#232;se ; et le tri rigoureux &#224; l'arriv&#233;e au chai permet de r&#233;server les plus belles grappes aux cuv&#233;es de rouge, le reste allant au ros&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouvel enc&#233;pagement, tr&#232;s &#233;clectique, refl&#232;te bien la diversit&#233; de la population de Montmartre et du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; ! La vendange, assur&#233;e par les jardiniers qui soignent la vigne toute l'ann&#233;e, est toujours tardive, puisque le terrain est au nord. Le vin produit pourrait arborer le label bio, mais c'est &#224; la Mairie de Paris, propri&#233;taire de la vigne, d'initier les d&#233;marches pour l'obtenir. Les bouteilles vendues ne contiennent qu'une infime dose de sulfites, pour garantir la stabilit&#233; du vin. Et voil&#224; ! Ce clos de vigne, bient&#244;t centenaire, est aujourd'hui plus jeune que jamais, &#224; l'image d'un arrondissement qui sans cesse revit et se renouvelle. Levons nos verres de Clos-Montmartre &#224; son bel avenir. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : COFAS&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>HALLE SAINT-PIERRE : SOUTENIR UN JOYAU CULTUREL</title>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;Alors qu'elle rayonne sur la r&#233;gion, le pays, et m&#234;me l'&#233;tranger, la Halle Saint-Pierre conna&#238;t depuis cinq ans quelques remous, notamment d'ordre financier. Heureusement, elle se cramponne encore farouchement aux pentes de la Butte. &lt;br class='autobr' /&gt; Elle a fait de tout dans sa longue vie : march&#233; de quartier, &#233;cole, gymnase et m&#234;me garage municipal. Depuis 1986, la Halle Saint-Pierre est centre d'art et depuis 1995, le phare de l'art brut &#224; Paris. C'&#233;tait le pari de Martine Lusardy, sa directrice, d&#232;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-montmartre-1472-.html" rel="directory"&gt;Montmartre&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH72/dscf1249-6d92d.jpg?1725102280' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='72' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Alors qu'elle rayonne sur la r&#233;gion, le pays, et m&#234;me l'&#233;tranger, la Halle Saint-Pierre conna&#238;t depuis cinq ans quelques remous, notamment d'ordre financier. Heureusement, elle se cramponne encore farouchement aux pentes de la Butte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Elle a fait de tout dans sa longue vie : march&#233; de quartier, &#233;cole, gymnase et m&#234;me garage municipal. Depuis 1986, la Halle Saint-Pierre est centre d'art et depuis 1995, le phare de l'art brut &#224; Paris. C'&#233;tait le pari de Martine Lusardy, sa directrice, d&#232;s son arriv&#233;e en 1994, avec la collaboration enthousiaste des deux libraires de la Halle, Pascal Hecker et Laurence Maidenbaum et celle de l'ensemble de l'&#233;quipe. Trente ans plus tard, quelque cent cinquante expositions ont fait d&#233;couvrir &#224; un tr&#232;s vaste public de grands artistes (jusque-l&#224; ignor&#233;s par la critique et les mus&#233;es) et de grands th&#232;mes qui inspirent cet art (les civilisations imaginaires, la for&#234;t, les poup&#233;es, les m&#233;diums, les visionnaires). Sans compter toute l'activit&#233; culturelle qui se d&#233;ploie en parall&#232;le, &#224; la librairie, &#224; l'auditorium, &#224; la caf&#233;t&#233;ria ou dans le hall d'entr&#233;e. &#171; &lt;i&gt;Nous avons voulu des espaces ouverts, d&#233;cloisonn&#233;s, o&#249; les visiteurs circulent librement, explique-t-elle. Un public dont l'engouement ne se d&#233;ment pas, une renomm&#233;e d&#233;sormais internationale et une ind&#233;niable capacit&#233; d'innovation&lt;/i&gt; &#187;. Probl&#232;me, comme nous l'&#233;voquions il y a un an dans notre &#233;tat des lieux de septembre 2023 (lire notre n&#176; 318) : les avis de temp&#234;te restent fr&#233;quents, m&#234;me si le navire tient toujours la mer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &lt;i&gt;Ni &#233;litisme, ni populisme&lt;/i&gt; &#187;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par sa nature de lieu culturel atypique voire unique en son genre, ce n'est pas un mus&#233;e municipal puisqu'il ne poss&#232;de pas de collection (il n'en a ni les moyens, ni l'espace), il &#233;chappe aux crit&#232;res de l'administration. De ce fait ses orientations et ses choix ne sont pas toujours bien per&#231;us. Diff&#233;rente, la Halle l'est aussi par l'&#233;tat d'esprit qui l'anime, depuis ses d&#233;buts : selon sa directrice, cet espace s'est toujours refus&#233; &#224; cultiver un entre-soi n&#233;gatif et d&#233;l&#233;t&#232;re. Il s'agit bien plut&#244;t de s'ouvrir &#224; tous, d'offrir une id&#233;e &#233;mancipatrice de la culture, de mettre en avant les cr&#233;ateurs inaudibles et invisibles. Tout le contraire de ces expositions qui se veulent exhaustives et qui n'&#233;puisent finalement que les forces et la capacit&#233; visuelle du visiteur, qui photographie en aveugle et se rue ensuite sur les produits d&#233;riv&#233;s de la boutique. Pascal Hecker le formule tr&#232;s bien par la devise : &#171; &lt;i&gt;Ni &#233;litisme, ni populisme&lt;/i&gt; &#187; lorsqu'il &#233;voque la pertinence culturelle du lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, ces diff&#233;rences ont pu parfois susciter des tensions avec la Ville de Paris et sa direction aux affaires culturelles (DAC), notamment &#224; propos des finances. La subvention que la Ville accorde &#224; la Halle est en baisse constante. De 680 000 &#8364; il y a quinze ans, elle est pass&#233;e &#224; 380 000 &#8364; en 2023. Alors que tout co&#251;te sans cesse plus cher, assurances, &#233;nergie, masse salariale, transports, charges sociales, etc. &#171; &lt;i&gt;Il est logique que la subvention ne repr&#233;sente que 30% environ du budget de la Halle, plaide pourtant Violaine Trajan, adjointe &#224; la culture de la Mairie du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. Le reste doit venir de ses fonds propres, ainsi que du m&#233;c&#233;nat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Faire toujours plus, avec toujours moins&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si les recettes de la billetterie repr&#233;sentent une bonne part du budget du lieu, ce financement reste pr&#233;caire, puisque la Halle doit payer une quinzaine d'employ&#233;s, dont certains sont l&#224; depuis le d&#233;but de l'aventure. Une &#233;quipe tr&#232;s soud&#233;e, polyvalente, passionn&#233;e, qui travaille souvent dans des conditions difficiles et qui doit aussi proposer au minimum deux grandes expositions par an, ainsi que de multiples animations culturelles. Autrement dit, en faire toujours plus, avec toujours moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, la Ville souhaiterait que la Halle monte davantage d'expositions mais aussi qu'elle soit plus ancr&#233;e dans le quartier et l'arrondissement, qu'elle propose animations et ateliers aux enfants ; que le conseil d'administration se f&#233;minise et s'ouvre &#224; un ou deux repr&#233;sentants du quartier Montmartre ; qu'elle trouve de nouvelles sources de financement. Des souhaits l&#233;gitimes, voire souhaitables, mais rien n'est facile &#224; r&#233;aliser avec des moyens si limit&#233;s. Il n'y a plus d'animateurs dans l'&#233;quipe : licenci&#233;s depuis longtemps pour cause de coupes budg&#233;taires et les m&#233;c&#232;nes qui recherchent logiquement un maximum de visibilit&#233;, ne s'empressent pas autour de la Halle. On pourrait cependant envisager une subvention de la r&#233;gion Ile-de-France, d'o&#249; viennent de tr&#232;s nombreux visiteurs. Ou peut-&#234;tre des expos en co-production avec d'autres centres ou mus&#233;es d'art brut ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle convention&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Derni&#232;re source de tension et non la moindre : le b&#226;timent lui-m&#234;me. Ancien march&#233; de style Baltard, propri&#233;t&#233; de la Ville de Paris, il est fragile et exige un entretien r&#233;gulier qu'il ne re&#231;oit plus depuis les ann&#233;es 80. Sur ce point, Violaine Trajan n'a pu nous livrer de d&#233;tails pr&#233;cis : pas de calendrier ni de plan pluriannuel de travaux, pas de budget arr&#234;t&#233;, pas d'identification pr&#233;cise des chantiers &#224; pr&#233;voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucune d&#233;cision non plus concernant une &#233;ventuelle fermeture pour travaux (et le cas &#233;ch&#233;ant, une activit&#233; hors les murs). Or les besoins sont urgents, les employ&#233;s travaillent dans des conditions difficiles et parfois extr&#234;mes, la grande verri&#232;re ne les prot&#233;geant ni de la chaleur ni du froid. Rien n'a chang&#233; depuis notre article de 2023 et l'urgence se fait pressante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'an prochain, la Halle doit signer une nouvelle convention avec la Ville. Esp&#233;rons que les repr&#233;sentants de celle-ci seront bien conscients de la valeur unique de ce lieu fragile, dans un monde o&#249; la culture n'a que trop tendance &#224; devenir un simple bien de consommation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Jean-Claude N'Diaye&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Cabarets disparus, voyages dans l'au-del&#224;</title>
		<link>https://www.18dumois.info/cabarets-disparus-voyages-dans-l-au-dela.html</link>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le quartier Montmartre a connu une p&#233;riode compl&#232;tement folle, entre la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. T&#233;moins de la fantaisie, de l'imagination et de la libert&#233; de l'&#233;poque, trois cabarets invitaient les clients &#224; pousser les portes de l'au-del&#224;. Une provocation r&#233;prouv&#233;e qui attirera pourtant beaucoup de monde pendant plus de cinquante ans. &lt;br class='autobr' /&gt; Montmartre est le pays des cabarets, la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le temps de leur apog&#233;e et le boulevard de Clichy leur terrain de pr&#233;dilection. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-histoire-1469-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH96/le_ciel-80be8.png?1725102281' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le quartier Montmartre a connu une p&#233;riode compl&#232;tement folle, entre la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et le milieu du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;. T&#233;moins de la fantaisie, de l'imagination et de la libert&#233; de l'&#233;poque, trois cabarets invitaient les clients &#224; pousser les portes de l'au-del&#224;. Une provocation r&#233;prouv&#233;e qui attirera pourtant beaucoup de monde pendant plus de cinquante ans.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Montmartre est le pays des cabarets, la fin du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle le temps de leur apog&#233;e et le boulevard de Clichy leur terrain de pr&#233;dilection. Des deux c&#244;t&#233;s de cette art&#232;re qui ceinture la base de la Butte en quelques angles capricieux, d'est en ouest, ils vont s'&#233;panouir en &#233;tonnantes devantures qui riment souvent avec leur enseigne : le Chat noir, bien s&#251;r, mais aussi la Taverne du bagne, le Caveau des quat'z'arts, le Moulin Rouge, le Rat mort, la Taverne des truands... Les plus m&#233;taphysiques sont le cabaret du N&#233;ant et les cabarets &#171; jumeaux &#187; et mitoyens du Ciel et de l'Enfer. La place Blanche, o&#249; ils se dressaient, &#233;tait encore au moment de leur construction, le double lieu d'un vide et d'un massacre. Le vide avait &#233;t&#233; m&#233;nag&#233; par l'incendie, en 1789, du pavillon de l'octroi (dit &#171; la Barri&#232;re blanche &#187;) install&#233; au centre de la place ainsi que par la destruction, en 1869, du mur des Fermiers g&#233;n&#233;raux qui &#233;tait l'&#233;pine dorsale du boulevard de Clichy comme de tous les autres boulevards ceinturant Paris. Le massacre, lui, a eu lieu le 23 mai 1871, au plus fort de la semaine sanglante qui mit un point final &#224; la Commune. Cent-vingt femmes &#8211; souvent de Montmartre &#8211; ont d&#233;fendu la place contre les troupes des Versaillais mais sans succ&#232;s. Celles qui ne sont pas tomb&#233;es au combat ou qui n'ont pu s'enfuir, ont &#233;t&#233; sommairement ex&#233;cut&#233;es sur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le bord sud de cet espace, encore proche du terrain vague dans les ann&#233;es 1890, il y avait au coin de la rue Fontaine, un petit march&#233; couvert et le modeste H&#244;tel de la place Blanche. C&#244;t&#233; nord tr&#244;ne, depuis 1889, l'ancien bal de la Reine blanche devenu le cabaret du Moulin Rouge depuis son rachat par deux comp&#232;res tr&#232;s dou&#233;s pour les affaires, Joseph Oller et Charles Zidler.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Provocants d&#232;s la fa&#231;ade&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224;, &#224; l'emplacement du march&#233; d&#233;saffect&#233;, aux num&#233;ros 51 et 53 du boulevard de Clichy, qu'en 1896 un certain Dorville, magicien et illusionniste de son &#233;tat, &#233;rige ses deux cabarets jumeaux. Ce n'est pas un nouveau venu dans le quartier. Quelques ann&#233;es auparavant, il a d&#233;j&#224; ouvert, presque en face, au num&#233;ro 34, le cabaret du N&#233;ant, lieu aussi c&#233;l&#232;bre qu'&#233;tonnant sur lequel nous reviendrons. Pendant un temps, le Ciel et l'Enfer resteront s&#233;par&#233;s par l'&#233;troite entr&#233;e de l'H&#244;tel de la place Blanche, avant que la fa&#231;ade de l'Enfer, orn&#233;e d'une impressionnante gueule de L&#233;viathan, ne l'avale tout cru. Les fa&#231;ades des deux &#233;tablissements sont parmi les plus spectaculaires que l'on ait construites &#224; Paris, puisant dans tous les clich&#233;s possibles, inspir&#233;es autant de l'Art nouveau que du Grand Guignol ou des &#171; myst&#232;res &#187; m&#233;di&#233;vaux. Elles ont &#233;t&#233; abondamment photographi&#233;es, de sorte que nous pouvons aujourd'hui encore nous en faire une id&#233;e assez exacte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ouvert le premier, le Ciel &#233;tait la premi&#232;re destination que les croyants de l'&#233;poque visaient apr&#232;s leur mort. Pour y acc&#233;der, il fallait monter un long escalier menant d'abord dans une vaste salle vo&#251;t&#233;e d'ogives gothiques. Au son de l'orgue et de la harpe, des angelots battaient des ailes en vous aspergeant d'eau b&#233;nite ; Saint-Pierre, cl&#233; en main, vous accueillait sur le seuil. On d&#233;gustait dans des coupes sacr&#233;es du nectar et de l'ambroisie. Le d&#238;ner &#233;tait agr&#233;ment&#233; de tableaux vivants mi-humoristiques, mi-&#233;rotiques. Tous ces plaisirs pris, on montait un &#233;tage de plus pour acc&#233;der au v&#233;ritable Paradis, sous des stalactites d'or, dans un envol de s&#233;raphins et de houris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;n&#233;ralement, quand on &#233;tait client du Ciel, on finissait la soir&#233;e &#224; l'Enfer. Le divertissement y &#233;tait plus vari&#233;, plus piment&#233;, plus inattendu &#8211; chacun sait qu'au Paradis, on s'ennuie &#224; mourir. Les curieux se laissaient engloutir par la gueule du diable, passant entre ses crocs luisants et sa langue rouge. Un M&#233;phistoph&#233;l&#232;s de carnaval (souvent le ma&#238;tre des lieux, d&#251;ment d&#233;guis&#233;) les entra&#238;nait aussit&#244;t vers de multiples et saisissantes d&#233;couvertes : plafonds d&#233;cor&#233;s de corps tordus par les tenailles de l'enfer, chaudron o&#249; l'on faisait bouillir les damn&#233;s (souvent un client volontaire), diables arm&#233;s de fourches et mille tours de passe-passe. N'oublions pas que Dorville &#233;tait un illusionniste, tandis qu'Antonin Alexander &#8211; qui a repris la gestion des deux cabarets &#224; partir de 1898 &#8211; &#233;tait un acteur familier du Grand Guignol.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ange ou d&#233;mon ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par un curieux hasard, les fen&#234;tres d'Andr&#233; Breton, l&#233;gendaire locataire du 42 rue Fontaine, o&#249; il a v&#233;cu de 1921 jusqu'&#224; sa mort en 1966, donnaient directement sur les cabarets jumeaux. Les surr&#233;alistes, d&#232;s les ann&#233;es 20, se sont plut&#244;t rassembl&#233;s au Cyrano, magnifique caf&#233; Belle &#201;poque, bordant le c&#244;t&#233; nord de la place Blanche et contigu au Moulin Rouge (qui &#224; l'&#233;poque, &#233;tait encore entour&#233; d'un d&#233;cor m&#233;di&#233;val de clochetons et de tourelles). Mais il existe une photo de Man Ray repr&#233;sentant le groupe surr&#233;aliste rassembl&#233; au Ciel, aux pieds du cochon dor&#233; nomm&#233; Porcus, une des divinit&#233;s de l'endroit &#224; laquelle il convenait de rendre hommage. Autre effet d'&#233;cho int&#233;ressant, pour l'exposition internationale du surr&#233;alisme de janvier-f&#233;vrier 1938 &#224; la galerie des Beaux-Arts de Georges Wildenstein, Andr&#233; Breton con&#231;oit une salle &#171; sombre comme une grotte &#187; dont le plafond est enti&#232;rement recouvert de mille deux cents sacs de charbon accroch&#233;s l&#224;. Le tout semble inspir&#233; par la grande salle sombre du cabaret de l'Enfer et son plafond o&#249; se tordent en 3D les corps nus des damn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons aujourd'hui une id&#233;e pr&#233;cise du d&#233;cor int&#233;rieur des deux cabarets gr&#226;ce aux descriptions, comptes-rendus de journaux, articles critiques, affiches publicitaires, tableaux, gravures et photos. Mais il y a plus : un petit film y a &#233;t&#233; tourn&#233; en 1949, quelques mois avant la fermeture de ces &#233;tablissements, pour Christian Dior qui y a organis&#233; un d&#233;fil&#233; de haute couture sur le th&#232;me &#171; Ange ou d&#233;mon ? &#187;. On y voit de ravissants mannequins d&#233;ambuler entre les sculptures m&#233;di&#233;vales, tournoyer sous les vo&#251;tes gothiques, se pencher sur le chaudron, caresser le groin de Porcus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Du jus d'asticots et une sole pleureur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Fond&#233; lui aussi par Dorville vers 1892, au num&#233;ro 34 du boulevard, le cabaret du N&#233;ant n'&#233;tait pas en reste non plus. Car si sa fa&#231;ade n'&#233;tait pas &#233;tonnante, l'int&#233;rieur et les divertissements propos&#233;s r&#233;v&#232;lent eux une veine plus &#226;pre et plus satirique o&#249; l'on ne s'embarrasse pas particuli&#232;rement du bon go&#251;t. &#192; tel point que la presse s'en est &#233;mue et que Dorville a d&#251; se d&#233;fendre en publiant un communiqu&#233; apaisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s l'entr&#233;e, le visiteur est accueilli dans la &#171; salle d'intoxication &#187; par des serveurs habill&#233;s en croque-morts, dans un d&#233;cor fun&#232;bre o&#249; les tables sont des cercueils. Sous les lustres faits d'ossements humains, il d&#233;guste un verre de &#171; jus d'asticots &#187;. Puis, d&#251;ment mis en condition, il passe au caveau des tr&#233;pass&#233;s, longue salle aux vo&#251;tes basses o&#249; il est invit&#233; (s'il est volontaire !), au son d'une musique fun&#232;bre jou&#233;e &#224; l'orgue par un moine, &#224; s'installer sur sc&#232;ne, dans un cercueil plac&#233; verticalement. Par un ing&#233;nieux jeu de miroirs, le public qui le regarde voit peu &#224; peu sa chair se dissoudre et son squelette appara&#238;tre. On utilisait d'ailleurs le m&#234;me proc&#233;d&#233; un peu plus loin, avec cette fois une femme assise sur une chaise (autre spectatrice volontaire, la malheureuse !) et dont peu &#224; peu les v&#234;tements disparaissaient pour la laisser enti&#232;rement nue... La salle riait et la victime qui s'&#233;tait pr&#234;t&#233;e au jeu ne comprenait pas du tout ce qui se passait. Il y avait aussi des spectacles avec spectres et revenants (toujours assez &#233;grillards) que l'on d&#233;gustait avec le d&#238;ner. Sur la carte, la &#171; sole pleureur &#187; rivalisait avec la &#171; raie quiem &#187;, le &#171; ci-g&#238;t got r&#244;ti &#187; avec les &#171; macabroni &#187;, le &#171; corbillard de fruits &#187; ou encore les &#171; choux-pleurs &#187;. Il est pr&#233;cis&#233; que le &#171; posthume &#187; de ville est de rigueur, et que &#171; les invit&#233;s peuvent &#234;tre reconduits en voiture &#224; leur derni&#232;re demeure &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des fantasmes au serial killer&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La dur&#233;e de vie de ces trois cabarets est en soi remarquable. Pendant plus d'un demi-si&#232;cle, les Parisiens sont venus d&#233;couvrir, trembler, s'extasier, s'indigner des spectacles peut-&#234;tre un peu d&#233;suets qu'ils offraient apr&#232;s la Lib&#233;ration, alors que les multiples salles de cin&#233;ma du quartier en proposaient d'autrement impressionnants... Quoi qu'il en soit, ils ne disparaissent qu'&#224; la fin des ann&#233;es quarante, le N&#233;ant en premier, puis le Ciel et l'Enfer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &#224; la place du N&#233;ant, on trouve un &#171; hammam sauna libertin &#187; &#224; l'enseigne de Moon City, dont la devise est &#171; Au Palais des plaisirs, vos fantasmes sont rois &#187;. Quant &#224; eux, l'Enfer et le Ciel ont &#233;t&#233; en 1950 enti&#232;rement absorb&#233;s par le grand magasin Monoprix, dont l'entr&#233;e principale se situe exactement &#224; l'endroit o&#249; s'ouvrait la gueule du L&#233;viathan de l'Enfer. C'est tr&#232;s pr&#233;cis&#233;ment l&#224;, le 26 mars 1998, que Guy Georges, le c&#233;l&#232;bre &#171; tueur de l'Est parisien &#187;, coupable du viol et du meurtre de sept jeunes femmes, est reconnu par un policier. Interpell&#233;, il tentera de s'enfuir en traversant le magasin, mais finira par &#234;tre arr&#234;t&#233; au milieu du rayon parapharmacie, l&#224; m&#234;me o&#249; nagu&#232;re M&#233;phistoph&#233;l&#232;s recevait les visiteurs de l'Enfer par ce fun&#232;bre message de bienvenue : &#171; Entrez ! Et soyez damn&#233;s. &#187; &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Agence Rol / BNF&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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<item xml:lang="fr">
		<title>Kiosques, du porte-plumes au porte-pub</title>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;Si, &#224; notre grand regret, la presse ne fait plus recette pour les kiosques parisiens, leur pr&#233;sence embl&#233;matique pourrait offrir des services de proximit&#233;, favoriser les &#233;changes et le lien social. &lt;br class='autobr' /&gt; Le kiosque &#224; journaux est, comme la colonne Morris, un incontournable du paysage parisien depuis 1857, quand le baron Haussmann a inaugur&#233; sur les Grands Boulevards le tout premier. Un gracieux &#233;dicule con&#231;u par un homme qui s'y connaissait en mobilier urbain, l'architecte Gabriel Davioud. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-la-vie-du-18eme-1436-.html" rel="directory"&gt;La vie du 18e&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH98/kiosque_ng-ea15f.jpg?1711736709' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='98' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si, &#224; notre grand regret, la presse ne fait plus recette pour les kiosques parisiens, leur pr&#233;sence embl&#233;matique pourrait offrir des services de proximit&#233;, favoriser les &#233;changes et le lien social.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le kiosque &#224; journaux est, comme la colonne Morris, un incontournable du paysage parisien depuis 1857, quand le baron Haussmann a inaugur&#233; sur les Grands Boulevards le tout premier. Un gracieux &#233;dicule con&#231;u par un homme qui s'y connaissait en mobilier urbain, l'architecte Gabriel Davioud. Aujourd'hui &#224; Paris, contrairement &#224; ce que l'on pourrait penser, les kiosques sont plus nombreux que jamais : 340 pour toute la ville. Le 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement en compte dix-neuf. Un nombre qui peut para&#238;tre assez faible pour un arrondissement parmi les plus peupl&#233;s de la capitale. D'autant qu'ils ne sont m&#234;me plus dix-neuf aujourd'hui mais dix-huit, car le kiosque du m&#233;tro Barb&#232;s-Rochechouart a ferm&#233; apr&#232;s l'agression de son vendeur Samir Lebcher, en 2019 et vient d'&#234;tre d&#233;mont&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur les dix-huit restants, seuls douze vendent encore des journaux mais pas exclusivement, loin s'en faut (la presse ne repr&#233;sente que 60 &#224; 95% de leur chiffre d'affaires, selon les emplacements). Deux autres vendent des fruits et l&#233;gumes et un, rue du Poteau, a &#233;t&#233; transform&#233; en conciergerie par l'entreprise de services &#171; Lulu dans ma rue &#187;. Les trois derniers sont tout simplement ferm&#233;s, parfois depuis longtemps, comme celui qui se trouve dans la partie haute de la place de Clichy, d'autant plus inutile qu'il y en a deux autres un peu plus bas, &#224; moins de 200 m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rentabilit&#233; contre espace public&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le gestionnaire de tous ces kiosques &#224; Paris o&#249; le contrat pass&#233; avec la Ville court jusqu'en 2031 mais aussi partout en France, est depuis plus d'un si&#232;cle M&#233;diaKiosk, une entreprise de r&#233;gie publicitaire dont Jean-Claude Decaux est d&#233;sormais actionnaire tr&#232;s majoritaire. Elle se charge de tout : conception des nouveaux kiosques, fabrication, installation sur la voie publique (apr&#232;s concertation avec les autorit&#233;s municipales), maintenance, choix et formation des kiosquiers. Ces investissements peuvent para&#238;tre lourds, en fait ils rapportent beaucoup : depuis le d&#233;clin de la presse papier, la v&#233;ritable fonction r&#233;mun&#233;ratrice du kiosque est en effet celle de support publicitaire. Les tout derniers mod&#232;les ont d'ailleurs &#233;t&#233; con&#231;us express&#233;ment &#224; cette fin. On comprend mieux pourquoi les kiosques qui ont baiss&#233; le rideau restent en place : les annonces publicitaires s'y succ&#232;dent toujours et ne cessent pas d'&#234;tre rentables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant que responsable voirie, mobilit&#233;s douces, espace public, Antoine Dupont, adjoint EELV au maire du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, d&#233;plore cette situation : les kiosques doivent &#234;tre au service du citoyen. Lorsqu'ils deviennent de simples supports publicitaires ou des ersatz de boutiques de souvenirs pour touristes press&#233;s et peu regardants, ils encombrent inutilement la d&#233;ambulation des pi&#233;tons, confisquant ainsi l'espace public &#224; des fins lucratives, au m&#234;me titre que les terrasses abusives, les &#233;talages envahissants, les stationnements sauvages, etc.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour des kiosques utiles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces constats n'ont rien d'anodin : en effet, les prochaines mandatures seront confront&#233;es &#224; deux probl&#232;mes essentiels : la lutte contre les effets du r&#233;chauffement climatique en ville et la d&#233;fense de l'espace public. Il semble que les actuels responsables municipaux parisiens soient bien conscients de l'importance du premier enjeu et qu'ils agissent en cons&#233;quence : r&#233;duction de la circulation automobile, pi&#233;tonnisation, v&#233;g&#233;talisation &#224; grande &#233;chelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait en dire autant du second : l'espace public est constamment grignot&#233;, c&#233;d&#233;, mon&#233;tis&#233;, menac&#233;, selon une logique sournoise mais continue, sans que la Mairie s'en &#233;meuve outre mesure. Et pourtant, pour la ville de demain o&#249; il fera de plus en plus chaud et dont la population aura beaucoup vieilli, des rues &#171; marchables &#187;, aux espaces d&#233;gag&#233;s et aux larges trottoirs sont aussi indispensables qu'une bonne v&#233;g&#233;talisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les kiosques parisiens et donc ceux du 18&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt;, illustrent bien cette probl&#233;matique. Lorsqu'ils ne servent plus que de porte-panneaux publicitaires, il faudrait soit les d&#233;monter, soit les adapter &#224; d'autres fonctions pr&#233;sentant un int&#233;r&#234;t r&#233;el pour les habitants du quartier. Certes, on commence &#231;a et l&#224;, &#224; envisager pour eux une utilit&#233; plus pratique : vente de titres de transport, recharge de portables, relais colis&#8230; Mais il reste beaucoup &#224; faire. A quand les kiosques-fleuriste, les kiosques-bouquinerie, les kiosques-relais toilettes, les kiosques-consigne et bagagerie, etc ? Tant de projets pourraient ainsi voir le jour et par la m&#234;me occasion, tant de nouvelles possibilit&#233;s d'emploi et d'insertion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et &#224; quand, pour le quartier Montmartre, un kiosque destin&#233; &#224; l'information intelligente des touristes ? En effet, la Butte n'a plus d'office du tourisme depuis que le local de la rue Drevet a ferm&#233;, il y a d&#233;j&#224; longtemps. Par exemple, un ou plusieurs kiosques &#8211; accueillants car ouverts sur la rue &#8211; pourraient conseiller utilement les touristes, les sensibiliser au respect de l'environnement, de la propret&#233; et &#233;veiller leur curiosit&#233; pour d'autres visites que &#171; le caf&#233; d'Am&#233;lie Poulain &#187;, &#171; le Mur des je t'aime &#187; ou la place du Tertre&#8230; Id&#233;e &#224; suivre ? Souhaitons-le. Si la Mairie veut vraiment, comme elle l'assure, lutter contre le sur-tourisme, elle doit s'en donner les moyens. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Photo : Maxime Renaudet&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'age d'or du Bateau Lavoir</title>
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		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;La rue Ravignan demande du souffle et des mollets : c'est une des grimpettes les plus raides de la capitale. Le cheval de Napol&#233;on, dit-on, a d&#233;clar&#233; forfait, le jour o&#249; son ma&#238;tre venait visiter le t&#233;l&#233;graphe de Chappe, install&#233; sur l'&#233;glise Saint-Pierre. &lt;br class='autobr' /&gt; Et l'empereur a d&#251; finir l'ascension de la Butte &#224; pied. Heureusement, comme le cheval de Napol&#233;on, on peut s'arr&#234;ter &#224; mi-parcours pour souffler, l&#224; o&#249; la rue s'&#233;vase un peu pour former une placette, tr&#232;s pentue, elle aussi &#8212; mais il y (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://www.18dumois.info/-histoire-1392-.html" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH112/le_bateau-lavoir_13__rue_ravignan_lvm-565d1.jpg?1696267315' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='112' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La rue Ravignan demande du souffle et des mollets : c'est une des grimpettes les plus raides de la capitale. Le cheval de Napol&#233;on, dit-on, a d&#233;clar&#233; forfait, le jour o&#249; son ma&#238;tre venait visiter le t&#233;l&#233;graphe de Chappe, install&#233; sur l'&#233;glise Saint-Pierre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Et l'empereur a d&#251; finir l'ascension de la Butte &#224; pied. Heureusement, comme le cheval de Napol&#233;on, on peut s'arr&#234;ter &#224; mi-parcours pour souffler, l&#224; o&#249; la rue s'&#233;vase un peu pour former une placette, tr&#232;s pentue, elle aussi &#8212; mais il y a des bancs sous les marronniers. C'est, depuis 1911, la place &#201;mile-Goudeau, ainsi nomm&#233;e en hommage au po&#232;te fondateur du Club des Hydropathes. Nous nageons ici dans l'oxymore malicieux : un nomm&#233; &#171; Go&#251;t d'eau &#187; qui pr&#233;side un club de gens que l'eau rend malades ! En fait, nous sommes en plein dans le sujet, nous sommes arriv&#233;s au but. Car l&#224;, sur la gauche, au ras du trottoir, au num&#233;ro 13 de la rue, il y a une fa&#231;ade blanche, plate, sans fioritures, trou&#233;e de deux portes peintes en vert. C'est l&#224;. C'est le Bateau-Lavoir. Histoire d'eau, d&#233;cid&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette parcelle montmartroise a d'abord &#233;t&#233; un verger, appartenant aux Abbesses de Montmartre. Vendue comme bien national en 1792, elle a &#233;t&#233; occup&#233;e au d&#233;but du XIX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle par une guinguette tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e, &#224; l'enseigne du Poirier sans Pareil. Le poirier existait vraiment, au centre de la place, c'&#233;tait un arbre remarquable par son &#226;ge et ses proportions (probablement un dernier t&#233;moin du verger abbatial). H&#233;las, en 1830, ann&#233;e instable en politique comme en g&#233;ologie montmartroise, la guinguette, victime d'un affaissement du terrain, doit quitter les lieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle est remplac&#233;e trente ans plus tard par une manufacture de pianos, qui n'a pas prosp&#233;r&#233;, ni laiss&#233; de souvenir particulier. Mais vers 1890, son propri&#233;taire du moment, un nomm&#233; Maillard, a une id&#233;e de g&#233;nie : il fait diviser l'espace de la manufacture d&#233;saffect&#233;e en une vingtaine de petits ateliers qu'il va louer &#224; des artistes. &#192; peu de frais : des cloisons et des coursives en bois, un seul point d'eau, un seul &#171; lieu d'aisances &#187;. Le confort est minime, les loyers tr&#232;s modestes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La maison du trappeur devient le Bateau-Lavoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de la place, la fa&#231;ade est relativement soign&#233;e, les portes sont surmont&#233;es de ferronneries encore visibles aujourd'hui, qui dessinent d'&#233;l&#233;gants monogrammes en lettres majuscules, vraisemblablement les initiales des propri&#233;taires successifs, d'abord un certain HK sur lequel nous ne savons rien, et sur la porte d'&#224; c&#244;t&#233;, MFS (&#171; Et mes fesses &#187; ?), pour Maillard, Fran&#231;ois-S&#233;bastien &#8212; fine plaisanterie dans le go&#251;t montmartrois. Du c&#244;t&#233; de la pente, c'est tout autre chose : une sorte de clapier g&#233;ant de bois et de brique ; trois niveaux &#224; l'arri&#232;re, un seul niveau c&#244;t&#233; rue, en raison de la forte d&#233;clivit&#233; du terrain. Dans le quartier, on l'appelle &#171; la Maison du Trappeur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, les lieux sont occup&#233;s par le tout venant, ouvriers, artisans, petits m&#233;tiers de la rue (il y a m&#234;me un mara&#238;cher, qui y cultive asperges et artichauts), pr&#234;ts &#224; affronter les temp&#233;ratures extr&#234;mes (&#233;t&#233;s br&#251;lants, hivers glac&#233;s), la crasse, l'insalubrit&#233;. Puis, au d&#233;but des ann&#233;es 1890, un artiste y fait son apparition, attir&#233; &#224; Montmartre par le grand graveur Eug&#232;ne Del&#226;tre dont il fut un proche ami. Il s'appelle Maxime Maufra, il est Nantais, et a assid&#251;ment fr&#233;quent&#233; l'&#233;cole de Pont-Aven. Il attirera sur la Butte les peintres qu'il y a connus &#8212; Gauguin, Bernard, S&#233;rusier, Filiger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais tous ces Bretons s'envoleront vite vers d'autres horizons, et la maison du Trappeur ne prendra sa v&#233;ritable dimension, cosmopolite, et son nom historique de &#171; Bateau-Lavoir &#187; (que Max Jacob lui aurait donn&#233;, trouvant que le b&#226;timent ressemblait &#224; ces rafiots ancr&#233;s sur les quais de la Seine, o&#249; jusqu'aux ann&#233;es 1930, les femmes venaient faire d'&#233;puisantes lessives) qu'avec le nouveau si&#232;cle, et l'arriv&#233;e de nombreux contingents d'artistes venus d'ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Aussi bref qu'incandescent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Raconter l'histoire du Bateau-Lavoir, c'est toujours se heurter &#224; un fant&#244;me omnipr&#233;sent, voire encombrant, celui de Picasso. Que serait la notori&#233;t&#233; du lieu, en effet, si le peintre espagnol n'&#233;tait pas venu y vivre, et y peindre les Demoiselles d'Avignon, ce tableau que le marchand allemand Wilhelm Uhde qualifiait d' &#171; assyrien &#187; ? Picasso porte-drapeau de ce que l'on a appel&#233;, un peu pompeusement, la &#171; Villa M&#233;dicis de Montmartre &#187; ? Soit. Mais n'oublions jamais que le ph&#233;nom&#232;ne fut pluriel, et aussi bref qu'incandescent. L'histoire du Bateau-Lavoir ne dure vraiment qu'une douzaine d'ann&#233;es, et la premi&#232;re guerre mondiale le videra tr&#232;s largement de sa substance, au profit de Montparnasse et d'une autre cit&#233; d'artistes : La Ruche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers artistes &#224; s'installer, en rangs serr&#233;s, sont justement ceux de la colonie espagnole : les Casagemas, Canals, Pixot, Pallares, Gargallo, Sabartes, Sunyer, Juan Gris&#8230; Et aussi Paco Durrio, l'&#233;claireur, arriv&#233; d&#232;s 1888, grand ami de Gauguin (qui nous en laiss&#233; un si beau portrait, en guitariste). C'est dans son atelier du Bateau-Lavoir que s'installe Picasso en 1904. Il y reste jusqu'en 1909, ann&#233;e o&#249;, l'aisance venue, il part vivre plus bougeoisement boulevard de Clichy, tout en gardant un pied, c'est-&#224;-dire un atelier, au Bateau-Lavoir, jusqu'en 1912.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e &#224; Montmartre, Picasso, qui parle &#224; peine le fran&#231;ais, fr&#233;quente surtout les gens de son pays. Mais le Bateau-Lavoir est un lieu d'&#233;changes d'une extr&#234;me porosit&#233;, ne serait-ce que par son inconfort notoire : les cloisons entre ateliers (et donc entre les artistes et leurs &#339;uvres) ne sont gu&#232;re &#233;tanches. Et l'unique robinet o&#249; remplir sa cuvette joue un peu le r&#244;le de la fontaine au milieu de la place du village. Autour de lui se noueront des amiti&#233;s au long cours, entre peintres, sculpteurs, po&#232;tes, &#233;crivains&#8230; Max Jacob y distille g&#233;n&#233;reusement sa culture, son humour, son talent, tous immenses, et dont Picasso s'abreuve intens&#233;ment. C'est l&#224; aussi qu'il rencontre tous ceux qui, comme lui, r&#233;volutionnent l'art du XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : Modigliani, Matisse, Brancusi, Freundlich, Van Dongen et les fauves&#8230; Et le Douanier Rousseau, visiteur de passage, mais aussi de marque. En 1908, tous les artistes se cotisent pour organiser un grand banquet en son honneur. Cette soir&#233;e marque en quelque sorte l'apog&#233;e du Bateau-Lavoir, que Picasso quitte l'ann&#233;e suivante. Le Douanier, tr&#232;s &#233;mu, lui fait cette attendrissante confidence : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes les deux plus grands, toi dans le genre &#233;gyptien, moi dans le genre moderne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a plus : par le miracle d'une sorte de concentration verticale unique en son genre, on trouve au Bateau-Lavoir des &#233;crivains (Mac Orlan, Salmon, Dorgel&#232;s, Carco &#8230;), des po&#232;tes (Reverdy, Apollinaire, Max Jacob), un mod&#232;le d'exception (Fernande Olivier), des galeristes et des marchands (Vollard, Uhde, Kahnweiler, Sagot, Berthe Weil), des collectionneurs (les Stein, Gertrude et son fr&#232;re L&#233;o ; Olivier Sains&#232;re, Serguei Chtchoukine, Frank Haviland&#8230;), des journalistes, des critiques, des promeneurs, des curieux, des enfants ; plusieurs artistes vivent l&#224; en famille, des chiens, des chats, des souris blanches apprivois&#233;es &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous n'ont pas &#233;t&#233; l&#224; en m&#234;me temps, tous n'appartenaient pas &#224; la m&#234;me g&#233;n&#233;ration, ni &#224; la m&#234;me &#233;cole. Mais ensemble, ils ont fait na&#238;tre une sorte de parenth&#232;se enchant&#233;e. Car le Bateau-Lavoir est bien plus qu'un lieu : un ph&#233;nom&#232;ne, la br&#232;ve confluence d'artistes de tous pays et horizons, talentueux et passionn&#233;s. Chacun a laiss&#233; sa marque ; beaucoup ont v&#233;cu durement (pauvret&#233;, drogue, alcool, manque de reconnaissance), certains ont fini tragiquement : suicid&#233;s (Casagemas), vaincus par la tuberculose et l'alcool (Modigliani&#8230;), ou assassin&#233;s par les nazis (Max Jacob, Otto Freundlich). Ou alors, oubli&#233;s. Le Bateau-Lavoir les a tous accueillis, leur a permis de trouver leur voie. Aucun n'y est rest&#233; tr&#232;s longtemps. L'exceptionnel ne dure pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'entre-deux-guerres, le lieu se survit. Apr&#232;s la seconde guerre mondiale, il se vide peu &#224; peu. Dans un petit film conserv&#233; par l'INA, on voit Blaise Cendrars errer dans les couloirs d&#233;serts, cherchant le souvenir de Modigliani, frappant en vain &#224; la porte de son atelier&#8230; Triste fin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;En 1970, un incendie d&#233;vastateur&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle sera plus triste encore pour le site. D&#233;labr&#233;, voire dangereux, il est menac&#233; de destruction. Une proc&#233;dure de classement est engag&#233;e, mais le b&#226;timent et son terrain sont vendus aux ench&#232;res le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre 1969. La Ville de Paris l'emporte, au prix de 800.000 francs, arrachant ainsi le Bateau-Lavoir aux convoitises de multiples promoteurs. H&#233;las, le 12 mai 1970, un incendie met fin &#224; la belle aventure. Ne survivront que la fa&#231;ade sur la place, la maison bourgeoise &#224; l'angle, et les ateliers donnant sur la rue d'Orchampt.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et aujourd'hui, qu'est devenu le lieu ? Une sorte d'HLM, en verre et en b&#233;ton, due &#224; Claude Charpentier, a remplac&#233; &#224; la fin des ann&#233;es 1970 le grand clapier en bois des d&#233;buts. Vingt-cinq logements-ateliers d'artistes y ont &#233;t&#233; am&#233;nag&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; mes recherches, je n'ai pu d&#233;couvrir selon quels crit&#232;res ils &#233;taient attribu&#233;s, par qui, et pour combien de temps. &#192; titre d'exemple, le grand artiste hongrois Endre Rozsda a v&#233;cu l&#224; d&#232;s la reconstruction, en 1979, et jusqu'&#224; sa mort, vingt ans plus tard. Le lieu, nagu&#232;re si ouvert &#8211; il suffisait d'en pousser la porte pour d&#233;couvrir tout un monde &#8211; est aujourd'hui jalousement clos sur ses secrets, bien d&#233;fendu par des grilles et des codes d'acc&#232;s. Claude Charpentier proposait dans son projet de reconstruction de jumeler le Bateau-Lavoir et l'autre r&#233;sidence d'artistes de Montmartre, la Cit&#233; des Arts rue Norvins, deux espaces tout proches, reli&#233;s par l'&#233;troite venelle qui m&#232;ne de la rue Lepic &#224; la rue d'Orchampt. Belle id&#233;e ! &#192; suivre. &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La r&#233;volution fatale aux Abbesses</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>B&#233;atrice Dunner</dc:creator>



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&lt;p&gt;Si Abbesses est d&#233;sormais un quartier tr&#232;s pris&#233; de Paris, celles qui lui ont donn&#233; son nom ont disparu corps et &#226;mes apr&#232;s la R&#233;volution. Retour sur les derni&#232;res ann&#233;es d'existence des Dames de Montmartre. &lt;br class='autobr' /&gt; Il &#233;tait une fois l'abbaye de Montmartre, construite au XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tout en haut de la colline, en souvenir du martyre de saint Denis, puis compl&#233;t&#233;e au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; par l'abbaye d'&#171; En-Bas &#187;). Ses religieuses, dites &#171; les Dames &#187; ou &#171; les Abbesses &#187; ont r&#233;gn&#233; pendant pr&#232;s de sept si&#232;cles (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://www.18dumois.info/local/cache-vignettes/L150xH104/arton1424-edc25.jpg?1689759625' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='104' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si Abbesses est d&#233;sormais un quartier tr&#232;s pris&#233; de Paris, celles qui lui ont donn&#233; son nom ont disparu corps et &#226;mes apr&#232;s la R&#233;volution. Retour sur les derni&#232;res ann&#233;es d'existence des Dames de Montmartre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il &#233;tait une fois l'abbaye de Montmartre, construite au XII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tout en haut de la colline, en souvenir du martyre de saint Denis, puis compl&#233;t&#233;e au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; par l'abbaye d'&#171; En-Bas &#187;). Ses religieuses, dites &#171; les Dames &#187; ou &#171; les Abbesses &#187; ont r&#233;gn&#233; pendant pr&#232;s de sept si&#232;cles (de 1133 &#224; 1792) sur la Butte. Elles en &#233;taient le propri&#233;taire foncier quasi exclusif et exer&#231;aient sur les habitants du petit village de Montmartre des droits seigneuriaux tr&#232;s pesants en mati&#232;re fiscale, judiciaire et p&#233;nale, sans compter une influence religieuse de tous les instants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles ont disparu sans laisser de traces, si ce n'est dans l'&#233;glise Saint-Pierre, qui fut leur premi&#232;re chapelle abbatiale, et dans le nom des rues du quartier. Que s'est-il donc pass&#233; ? La date de cette disparition, cit&#233;e ci-dessus, donne aussit&#244;t la r&#233;ponse : la R&#233;volution. Telles qu'elles viennent d'&#234;tre d&#233;crites, en effet, les Abbesses repr&#233;sentaient une r&#233;alit&#233; que la R&#233;volution ne pouvait admettre, encore moins assimiler. Entre ces deux entit&#233;s r&#233;solument incompatibles, ce que l'on appelle parfois le sens de l'histoire &#233;tait du c&#244;t&#233; de la R&#233;volution. Les Abbesses ont donc disparu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les caisses sont vides&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au mois de juillet 1789, la communaut&#233; des b&#233;n&#233;dictines de Montmartre compte quelque 55 membres. Elle est gouvern&#233;e, depuis pr&#232;s de trente ans, par Marie-Louise de Montmorency-Laval, repr&#233;sentante de la plus ancienne noblesse de France. Par une co&#239;ncidence curieuse, un de ses anc&#234;tres directs, Mathieu I&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt; de Montmorency, avait &#233;pous&#233; en 1141 Ad&#233;la&#239;de de Savoie, veuve du roi de France Louis VI le Gros, et fondatrice en 1133 de&#8230; l'abbaye de Montmartre, o&#249; elle avait d'ailleurs &#233;t&#233; enterr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi &#224; Montmartre, en ce d&#233;but d'&#233;t&#233; 1789, de nombreuses pensionnaires, car l'une des fonctions (et l'un des moyens de subsistance) de l'abbaye est l'&#233;ducation des jeunes filles de bonne famille. Toutes ces femmes vivent dans l'abbaye d'&#171; En-Bas &#187;, sur des terrains compris entre ce qui est aujourd'hui la place des Abbesses, la rue de Steinkerque et la rue des Trois-Fr&#232;res au nord.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie des Dames de Montmartre n'est pas de tout repos, ni exempte de soucis, notamment financiers. Leurs caisses sont vides et quelques mois plus t&#244;t, en octobre 1788, un incendie a d&#233;truit une partie des b&#226;timents conventuels. Les r&#233;parations ont co&#251;t&#233; tr&#232;s cher et la communaut&#233; a d&#251; s'endetter. Les donateurs qui les soutiennent &#8211; la famille royale, les nobles, les riches bourgeois &#8211; sont moins nombreux et moins g&#233;n&#233;reux que par le pass&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hiver 1788-1789, en outre, a &#233;t&#233; comme les pr&#233;c&#233;dents implacable, et les gels tardifs, d&#233;vastateurs ; les r&#233;coltes seront mauvaises, une fois de plus. Les abbesses, qui d&#233;pendent largement du revenu de leurs immenses terres agricoles et de leurs vignobles, ont de plus en plus de difficult&#233;s &#224; faire rentrer leurs fermages.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ouverture d'un atelier de charit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais la population fran&#231;aise, et les Parisiens en particulier, souffrent bien davantage : la crise des subsistances est un fl&#233;au r&#233;current pendant toutes les derni&#232;res ann&#233;es de l'Ancien R&#233;gime. En cause l'insuffisance des r&#233;coltes qui entrave la circulation des c&#233;r&#233;ales dans tout le royaume et entra&#238;ne la sp&#233;culation, la flamb&#233;e des prix du pain et enfin la disette et les &#233;meutes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomie est en crise, l'&#201;tat proche de la banqueroute. Le ch&#244;mage est au plus haut. Depuis les ann&#233;es 1770 (et au XVII&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle d&#233;j&#224;), les autorit&#233;s essayent d'y rem&#233;dier en cr&#233;ant des &#171; ateliers de charit&#233; &#187;, autrement dit en occupant les indigents, pendant l'hiver (&#224; la belle saison, les travaux des champs prennent le relais), &#224; des chantiers d'utilit&#233; collective (entretien des b&#226;timents publics, des routes, des chemins, des for&#234;ts domaniales, etc.), pour lesquels ils sont (tr&#232;s faiblement) r&#233;mun&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juin 1789, on a donc ouvert &#224; Montmartre, comme en bien d'autres lieux, un atelier de charit&#233; pour les ch&#244;meurs, qu'ils viennent de Paris ou de province, accompagn&#233;s ou non de leur famille. Les travaux qu'on leur confie consistent en terrassements, entretien de la voirie et percement d'un nouveau chemin depuis Paris, qui deviendra la rue Lepic. Mais la pr&#233;sence de cette population (plus de vingt mille personnes) mis&#233;reuse, agit&#233;e, sous-aliment&#233;e, mal encadr&#233;e et insuffisamment occup&#233;e pose de nombreux probl&#232;mes de s&#233;curit&#233; aux Montmartrois &#8211; et &#224; l'abbaye en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car comment ne pas penser, quand on est pauvre et qu'on a faim, que cet imposant ensemble de b&#226;timents et de jardins, herm&#233;tiquement clos de murs, rec&#232;le d'immenses richesses, des ressources de toute sorte, bref, du pain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas tout. Dans la foule surexcit&#233;e (la Bastille vient d'&#234;tre prise, une Assembl&#233;e nationale s'est constitu&#233;e et si&#232;ge en permanence), les rumeurs circulent sans cesse, et tout devient possible, croyable, certain. Ainsi, dit-on, les religieuses cacheraient des soldats, des espions &#224; la solde de l'&#233;tranger, des armes pour attaquer le peuple ; et des stocks de farine pour sp&#233;culer sur les prix.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;&#201;mergence d'un monde nouveau&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;motion est si vive que le 23 juillet, plusieurs milliers de Parisiens montent &#224; Montmartre et se regroupent devant l'abbaye avec la foule affam&#233;e de l'atelier de charit&#233;. On est &#224; deux doigts de l'&#233;meute quand quelques repr&#233;sentants de l'H&#244;tel de Ville, d&#233;p&#234;ch&#233;s sur les lieux, r&#233;ussissent momentan&#233;ment &#224; ramener le calme, en proposant une perquisition de l'abbaye : sans r&#233;sultat (pas un soldat, pas d'armes, pas de stocks cach&#233;s de farine). Les Parisiens l&#232;vent le camp et redescendent en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les pauvres de l'atelier, eux, sont toujours l&#224;, et leurs demandes aux religieuses (de pain, d'argent pour en acheter) se font de plus en plus mena&#231;antes. De guerre lasse, le 23 ao&#251;t, on finit par le fermer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus de mendiants aux portes de l'abbaye, donc. Mais dans les mois qui suivent, l'&#233;mergence de tout un monde nouveau, avec ses r&#232;gles et ses obligations, auxquelles les religieuses tenteront tant bien que mal de s'adapter. La rapide d&#233;sagr&#233;gation de la communaut&#233; se d&#233;cline en dates serr&#233;es. 2 novembre 1789 : nationalisation des biens du clerg&#233; (autrement dit, tous les biens de l'&#201;glise sont mis &#224; la disposition de l'&#201;tat, qui en contrepartie s'engage &#224; salarier les religieux, r&#233;guliers comme s&#233;culiers). 13 f&#233;vrier 1790, suppression par l'Assembl&#233;e nationale constituante de tous les ordres religieux et interdiction de prononcer des v&#339;ux. Juin 1790, inventaire des biens de l'abbaye de Montmartre (&#233;tabli par le maire de la commune et les repr&#233;sentants municipaux). 6 avril 1792, interdiction de porter le costume religieux. 4 ao&#251;t 1792, ordre d'&#233;vacuation de tous les couvents. 19 ao&#251;t 1792 : les b&#233;n&#233;dictines quittent Montmartre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Foudroyante acc&#233;l&#233;ration de l'histoire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t, l'abbaye est m&#233;thodiquement vid&#233;e de tout son mobilier et de ses &#339;uvres d'art : peu de choses, au demeurant. L'inventaire &#233;tabli en juin 1790 &#233;tait d'ailleurs &#233;tonnamment modeste pour un couvent aussi ancien et aussi riche. Pour plusieurs historiens de Montmartre, l'affaire est entendue : l'abbesse a eu tout loisir, d&#232;s le d&#233;but des troubles, de mettre en lieu s&#251;r les principales richesses accumul&#233;es par la communaut&#233; au cours des si&#232;cles. O&#249; se cache aujourd'hui le tr&#233;sor de l'abbaye ? Il n'a jamais &#233;t&#233; retrouv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ces trois ann&#233;es, les religieuses auront essay&#233; de suivre tant bien que mal cette foudroyante acc&#233;l&#233;ration de l'histoire. Les lettres ou les documents administratifs conserv&#233;s t&#233;moignent de leur bonne volont&#233; autant que de leur effarement. On y sent leurs efforts pour se conformer aux usages, voire au vocabulaire des temps nouveaux. C'est avec la plus grande docilit&#233; qu'elles r&#232;glent leurs imp&#244;ts, acceptent les confiscations, pr&#234;tent serment &#171; &#224; la nation, &#224; la loi de l'&#233;galit&#233; et de la libert&#233; &#187; et jurent de toujours reconna&#238;tre &#171; l'unit&#233; et l'indivisibilit&#233; de la R&#233;publique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En pure perte. M&#234;me dispers&#233;es apr&#232;s la fermeture de leur couvent &#8211; certaines sont rentr&#233;es dans leur famille, quelques autres ont reconstitu&#233; un semblant de vie communautaire autour de l'abbesse (dite Marie Laval) &#224; &#171; Franciade &#187; (le nom r&#233;volutionnaire de Saint-Denis, Montmartre est pour sa part devenu &#171; Mont-Marat &#187; ) &#8211; les Dames de Montmartre n'ont pas de place dans le nouveau paysage politique et social, et tout dialogue est impossible. Il n'est donc gu&#232;re surprenant que le 9 mai 1794, sur d&#233;nonciation, l'abbesse soit arr&#234;t&#233;e ; pas surprenant non plus qu'elle ait totalement cess&#233; de parler : &#224; quoi bon, d&#233;sormais ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fin des abbesses&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Elle a 71 ans, elle est sourde, quasiment aveugle et tient &#224; peine debout. Emprisonn&#233;e &#224; Saint-Lazare, elle sera transf&#233;r&#233;e &#224; la fin du mois de juillet (le 5 thermidor) &#224; la Conciergerie, autant dire l'antichambre de la mort. Elle y sera jug&#233;e par les soins de Fouquier-Tinville, l'accusateur public du Tribunal r&#233;volutionnaire, et, sans surprise, condamn&#233;e &#224; mort et guillotin&#233;e le lendemain, le 24 juillet 1794, place de la Nation. Ses restes sont jet&#233;s dans la fosse commune du cimeti&#232;re de Picpus, tout proche, o&#249; une plaque est aujourd'hui appos&#233;e en sa m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'abbaye, o&#249; avant elle ont v&#233;cu trente g&#233;n&#233;rations de religieuses, dispara&#238;tra tout aussi brutalement. Trois jours apr&#232;s l'arrestation de l'abbesse, l'ensemble du domaine des b&#233;n&#233;dictines sur la Butte est vendu aux ench&#232;res, en plusieurs lots (&#224; l'exclusion de Saint-Pierre, devenue &#233;glise paroissiale). Et aussit&#244;t c'est la d&#233;molition de tous les b&#226;timents, la r&#233;cup&#233;ration de leurs mat&#233;riaux, puis l'exploitation intensive du gypse sur l'ensemble des terrains, qui se poursuivra jusque dans les ann&#233;es 1840.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que commencera &#224; s'&#233;difier, sur ce site d'o&#249; tout souvenir a &#233;t&#233; effac&#233;, l'actuel quartier&#8230; des Abbesses, tel que nous le connaissons aujourd'hui. Laissons la m&#233;lancolique conclusion de cette histoire &#224; Paul Lesourd, auteur en 1936 de La Butte sacr&#233;e : Montmartre, des origines au XX&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle : &#171; &lt;i&gt;Seuls quelques noms de rues grav&#233;s sur des plaques &#233;maill&#233;es rappellent, abstraitement, au passant qu'ici, jadis, il y eut des &#8220;abbesses&#8221; et que l&#224;, autrefois, furent honor&#233;s des &#8220;martyrs&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; &#8226;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;Illustration : L'Abbaye d'En-Bas, par Israel Silvestre, vers 1660.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
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